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Portrait d’entrepreneur aux US: Laetitia Gazel-Anthoine, CEO de Connecthings

Cet article a été publié dans le numero 3 de la revue Les Confettis.

Laetitia Gazel-Anthoine réussit le tour de force dont rêvent certaines: fonder et diriger une start-up en pleine expansion, être mère de quatre enfants et s’expatrier aux Etats-Unis. Avec son entreprise très tech, Connecthings, elle contribue à l’émergence des Smart Cities de demain en mettant en relation réseaux urbains et les téléphones mobiles individuels pour améliorer notre quotidien. Nous l’avons rencontrée à New York, où elle habite désormais.

Laetitia, revenons sur votre parcours: qu’est ce qui vous a conduit à devenir l’entrepreneur que vous êtes aujourd’hui?

Jeune, j’étais bonne élève avec une prédilection pour les mathématiques. Dans ma famille, nous sommes nombreux -six enfants- et nous comptons beaucoup d’ingénieurs. Etre une femme ou un homme n’est pas un sujet problématique dans ma famille, il n’y avait aucune différenciation. J’ai donc fait une clase préparatoire et ai intégré Supelec. J’ai également le besoin de prendre mes propres décisions avec, en prime, une forte envie de créer. Après avoir travaillé pour Nortel Matra pendant quatre ans puis en tant que consultante pour Orange pendant huit ans, j’ai lancé en 2007 Connecthings, ma start-up, avec le désir de construire autour d’une idée originale qui me tenait à coeur.

Qu’est ce qui vous a donné l’idée de créer cette entreprise?

En 2007, à l’heure de Second Life, je me suis intéresssée aux liens entre le monde du numérique et le monde physique. Bien qu’il y a un vrai engouement pour l’e-commerce, la plupart des achats continuent de se faire dans la vie réelle. L’idée de faire le pont entre ces deux mondes me paraît cruciale. En parallèle, le modèle de JC Decaux m’a paru très inspirant: il offre un service aux villes en échange d’espaces de publicité. Connecthings est le fruit d’une longue réflexion autour de ces observations: nous fournissons aux villes des informations sur les mouvements des habitants via des balises installées dans des endroits ciblés (gares, arrêts de bus…) et aux habitants des informations sur ce qui les entoure et notamment la disponibilité temps réel des transports urbain. Elles peuvent ainsi améliorer leurs réseaux de transports et accroître leur attractivité auprès des habitants et visiteurs. En contrepartie, les villes nous laissent louer ces balises pour d’autres applications mobiles. C’est un véritable succès puisque nous avons équipé, en tout, 62 villes et nous comptons près de 40 employés à New York, Paris, Barcelone, Berlin, Milan et Rio de Janeiro.

Justement, il y a un an, vous avez fait le choix de quitter Paris pour New York avec votre famille: pourquoi avoir décidé de vous expatrier et comment votre famille a-t-elle vécu cette expérience?

Avec nos quatre enfants -qui ont entre 16 et 4 ans-, mon mari et moi avons fait le choix d’une nouvelle vie, différente de celle que nous connaissions à Paris. Mon conjoint a certes laissé un poste qu’il aimait en France mais c’est pour mieux amorcer cette nouvelle étape positive outre-Atlantique. Pour mon entreprise, c’est une phase très importante pour accélérer son développement et lever des fonds. Après un an aux Etats-Unis, le quotidien se passe très bien: je travaille beaucoup mais je consacre mes week-ends à ma famille. Mes enfants vivent bien cette situation: en tant qu’entrepreneur, je suis certes moins disponible que certains parents –surtout ici, où les parents d’élèves sont très impliqués dans les activités scolaires et extra-scolaires- mais je leur transmets une énergie positive, celle de l’aventure entrepreneuriale. Enfin, je pense que cette expatriation est une occasion unique pour eux de découvrir une autre culture, une autre façon de vivre et une autre langue. Ce n’est que du positif, au fond.

A votre avis, quelles sont les qualités dont il faut disposer quand on est une ou un entrepreneur?

Les qualités essentielles sont la détermination pour avancer, la vision   qui donne le cap et l’écoute pour s’adapter. Avec ces qualités et de l’ambition, on doit réussir à faire une tres belle entreprise.

Quels sont les freins pour les femmes dans cet univers très masculin qu’est le milieu entrepreneurial de la tech?

Théoriquement, il n’existe aucun frein pour les femmes dans ce secteur. Pour autant, les chiffres prouvent que très peu de femmes évoluent dans la tech . Il faut leur donner envie d’aller vers des carrières tech qui offrent un énorme potentiel de créativité et ouvrent à de très nombreux métiers, de la recherche à la programmation et du Marketing et aux Ventes. Il faut aussi montrer des entrepreneurs femmes qui ont réussi de belles entreprises. Concernant l’équilibre vie personnelle et professionnelle, qui est souvent un sujet au moment de se lancer, la France a des atouts enormes notamment par rapport aux Etats Unis qui minimisent les risques : l’école et la santé sont gratuits, la vie y est moins chère. De mon point de vue, rien ne doit retenir une femme d’entreprendre et encore moins en France!

Quelles sont les femmes qui vous inspirent?

Sophie de Condorcet pour son esprit

Elisabeth Badinter pour ses prises de position

La veuve Cliquot, une grande entrepreneur

Si vous faisiez un bilan aujourd’hui, quelle serait votre plus grande fierté?

Tout d’abord, je suis très fière d’avoir monté une super équipe pour bâtir ensemble Connecthings ! Ma deuxième source de satisfaction est d’aider d’autres femmes entrepreneurs en France et aux US au travers de la Women Initiative Foundation, une fondation fondée par d’anciens élèves de Stanford et présidée par Martine Liautaud. Nous y développons actuellement un programme de mentoring transatlantique US – Europe pour accélérer le développement international d’entreprises fondées par des femmes. Ce programme est totalement gratuit. Les entrepreneurs américaines se développant sur le marché européen recoivent l’appui d’un mentor francais, à Paris et les entreprises francaises se développant aux Etats Unis recoivent l’appui d’un mentor américain à NY ou SF. C’est un très grand bonheur de participer et d’aider d’autres entrepreneurs.

Propos recueillis par Anna Casal