Teaser: Rencontre avec… Aurelie Jean, star française de la tech

Happy to share le nouveau numéro des Confettis avec mon interview – si bien illustrée par Flora Gressard- de la fabuleuse Aurélie JEAN, PhD !!  Si ce n’est pas fait, abonnez-vous au magazine, c’est juste ici: https://lnkd.in/dm93Pwr

 

Communication et médias aux Etats-Unis : les sites incontournables

C’est après l’audition de Mark Zuckerberg au Sénat américain que j’ai souhaité comparer les différentes analyses faites par la blogosphère et les médias US. Si beaucoup se sont amusés de la pâleur du teint de Mark, de son coaching pour sembler plus humble ou du rehausseur dont il a bénéficié, peu d’observateurs ont réellement étayé l’analyse de ce qui était en train de se jouer sous nos yeux : la place des réseaux sociaux, leur définition, leur responsabilité politique et éthique.

A cette occasion, j’ai parcouru la blogosphère afin de sélectionner les meilleurs sites en ligne qui suivent au plus près l’actualité des médias et les évolutions dans le secteur de la communication aux Etats-Unis.

Voici ma short-list :

  1. Stratechery : Les années passent et il reste LE blog incontournable. Doté d’une énorme capacité d’analyse, parfaitement objectif et souvent intelligemment prospectif, l’auteur, Ben Thompson, pour ne pas le nommer, va au bout d’un travail de recherche très conséquent. Ce qu’il m’a appris ? Principalement à appréhender les écueils des médias classiques qui tentent de composer avec l’émergence des réseaux sociaux. Longue vie à ce blog souvent suivi par start-uppers et VC.
  2. Digiday: Crucial si l’on veut suivre en temps réel l’actu de la tech, de la communication, du marketing et des médias. Des articles à foison, des analyses originales et des propos d’insiders, tel est le pari que relève tous les jours Digiday.
  3. Nieman Journalism Lab : Hébergé au sein de la prestigieuse Nieman Foundation of Journalism de Harvard, cet organisme a pour vocation de dessiner les contours du journalisme de demain. On y trouve, pêle-mêle, les innovations des médias classiques pour contrer ou accompagner la montée des réseaux sociaux, le positionnement de ces derniers face aux polémiques récurrentes et les fameux rapports sur la profession de journaliste de la fondation éponyme. Le plus : ce centre de recherche est constructif et, surtout, optimiste pour le journalisme de demain !

Mais aussi…

  • CREATIVITE Ancien journaliste chez Fast Company, Newsweek, Forbes et LifeHacker, Paul Jarvis mêle habilement créativité et business dans sa newsletter publiée tous les dimanches. Un bon moyen de se tenir au courant des dernières tendances en marketing, communication et start-ups.
  • VENTURE CAPITALISTS ET TECH Benedict Evans Depuis 2013, Benedict Evans diffuse une newsletter hebdomadaire à ses 65000 abonnés. Cet investisseur chez Andreessen Horowitz sélectionne dans l’actualité les sujets les plus marquants autour de la tech et du Capital Innovation. On salue toujours son recul et son sens de l’anticipation sur les sujets de demain.
  • REFLEXION Azheem Azar Ce journaliste anglais, ancien du FT, creuse chaque semaine deux ou trois grands sujets qui touchent à la fois à l’économie, à la société et à la technologie. De l’Intelligence Artificielle à la block-chain en passant par la politique américaine, l’angle est toujours très ouvert et cherche à susciter la réflexion et la discussion.

 

 

Portrait d’entrepreneur aux US: Laetitia Gazel-Anthoine, CEO de Connecthings

Cet article a été publié dans le numero 3 de la revue Les Confettis.

Laetitia Gazel-Anthoine réussit le tour de force dont rêvent certaines: fonder et diriger une start-up en pleine expansion, être mère de quatre enfants et s’expatrier aux Etats-Unis. Avec son entreprise très tech, Connecthings, elle contribue à l’émergence des Smart Cities de demain en mettant en relation réseaux urbains et les téléphones mobiles individuels pour améliorer notre quotidien. Nous l’avons rencontrée à New York, où elle habite désormais.

Laetitia, revenons sur votre parcours: qu’est ce qui vous a conduit à devenir l’entrepreneur que vous êtes aujourd’hui?

Jeune, j’étais bonne élève avec une prédilection pour les mathématiques. Dans ma famille, nous sommes nombreux -six enfants- et nous comptons beaucoup d’ingénieurs. Etre une femme ou un homme n’est pas un sujet problématique dans ma famille, il n’y avait aucune différenciation. J’ai donc fait une clase préparatoire et ai intégré Supelec. J’ai également le besoin de prendre mes propres décisions avec, en prime, une forte envie de créer. Après avoir travaillé pour Nortel Matra pendant quatre ans puis en tant que consultante pour Orange pendant huit ans, j’ai lancé en 2007 Connecthings, ma start-up, avec le désir de construire autour d’une idée originale qui me tenait à coeur.

Qu’est ce qui vous a donné l’idée de créer cette entreprise?

En 2007, à l’heure de Second Life, je me suis intéresssée aux liens entre le monde du numérique et le monde physique. Bien qu’il y a un vrai engouement pour l’e-commerce, la plupart des achats continuent de se faire dans la vie réelle. L’idée de faire le pont entre ces deux mondes me paraît cruciale. En parallèle, le modèle de JC Decaux m’a paru très inspirant: il offre un service aux villes en échange d’espaces de publicité. Connecthings est le fruit d’une longue réflexion autour de ces observations: nous fournissons aux villes des informations sur les mouvements des habitants via des balises installées dans des endroits ciblés (gares, arrêts de bus…) et aux habitants des informations sur ce qui les entoure et notamment la disponibilité temps réel des transports urbain. Elles peuvent ainsi améliorer leurs réseaux de transports et accroître leur attractivité auprès des habitants et visiteurs. En contrepartie, les villes nous laissent louer ces balises pour d’autres applications mobiles. C’est un véritable succès puisque nous avons équipé, en tout, 62 villes et nous comptons près de 40 employés à New York, Paris, Barcelone, Berlin, Milan et Rio de Janeiro.

Justement, il y a un an, vous avez fait le choix de quitter Paris pour New York avec votre famille: pourquoi avoir décidé de vous expatrier et comment votre famille a-t-elle vécu cette expérience?

Avec nos quatre enfants -qui ont entre 16 et 4 ans-, mon mari et moi avons fait le choix d’une nouvelle vie, différente de celle que nous connaissions à Paris. Mon conjoint a certes laissé un poste qu’il aimait en France mais c’est pour mieux amorcer cette nouvelle étape positive outre-Atlantique. Pour mon entreprise, c’est une phase très importante pour accélérer son développement et lever des fonds. Après un an aux Etats-Unis, le quotidien se passe très bien: je travaille beaucoup mais je consacre mes week-ends à ma famille. Mes enfants vivent bien cette situation: en tant qu’entrepreneur, je suis certes moins disponible que certains parents –surtout ici, où les parents d’élèves sont très impliqués dans les activités scolaires et extra-scolaires- mais je leur transmets une énergie positive, celle de l’aventure entrepreneuriale. Enfin, je pense que cette expatriation est une occasion unique pour eux de découvrir une autre culture, une autre façon de vivre et une autre langue. Ce n’est que du positif, au fond.

A votre avis, quelles sont les qualités dont il faut disposer quand on est une ou un entrepreneur?

Les qualités essentielles sont la détermination pour avancer, la vision   qui donne le cap et l’écoute pour s’adapter. Avec ces qualités et de l’ambition, on doit réussir à faire une tres belle entreprise.

Quels sont les freins pour les femmes dans cet univers très masculin qu’est le milieu entrepreneurial de la tech?

Théoriquement, il n’existe aucun frein pour les femmes dans ce secteur. Pour autant, les chiffres prouvent que très peu de femmes évoluent dans la tech . Il faut leur donner envie d’aller vers des carrières tech qui offrent un énorme potentiel de créativité et ouvrent à de très nombreux métiers, de la recherche à la programmation et du Marketing et aux Ventes. Il faut aussi montrer des entrepreneurs femmes qui ont réussi de belles entreprises. Concernant l’équilibre vie personnelle et professionnelle, qui est souvent un sujet au moment de se lancer, la France a des atouts enormes notamment par rapport aux Etats Unis qui minimisent les risques : l’école et la santé sont gratuits, la vie y est moins chère. De mon point de vue, rien ne doit retenir une femme d’entreprendre et encore moins en France!

Quelles sont les femmes qui vous inspirent?

Sophie de Condorcet pour son esprit

Elisabeth Badinter pour ses prises de position

La veuve Cliquot, une grande entrepreneur

Si vous faisiez un bilan aujourd’hui, quelle serait votre plus grande fierté?

Tout d’abord, je suis très fière d’avoir monté une super équipe pour bâtir ensemble Connecthings ! Ma deuxième source de satisfaction est d’aider d’autres femmes entrepreneurs en France et aux US au travers de la Women Initiative Foundation, une fondation fondée par d’anciens élèves de Stanford et présidée par Martine Liautaud. Nous y développons actuellement un programme de mentoring transatlantique US – Europe pour accélérer le développement international d’entreprises fondées par des femmes. Ce programme est totalement gratuit. Les entrepreneurs américaines se développant sur le marché européen recoivent l’appui d’un mentor francais, à Paris et les entreprises francaises se développant aux Etats Unis recoivent l’appui d’un mentor américain à NY ou SF. C’est un très grand bonheur de participer et d’aider d’autres entrepreneurs.

Propos recueillis par Anna Casal

La vidéo dans les médias : piège ou planche de salut ?

Chaque minute, 400 heures de vidéos apparaissent sur la plateforme Youtube, soit 210 milliards d’heures par an. Un taux de croissance exponentiel, porté par une demande toujours plus vertigineuse de la part des internautes. Si l’attrait pour l’image en mouvement est bien palpable, quelles sont les implications de cette tendance de fond pour le secteur des médias ?

En décembre dernier, le Huffpost américain, mu par l’essor de la vidéo en ligne, a remplacé les images statiques par des GIF, en guise de produit d’appel pour ses vidéos. Ce changement en apparence anodin a pourtant incité les lecteurs à cliquer plus souvent sur les articles ainsi illustrés : en à peine trois mois, le nombre de vidéos visionnées par des utilisateurs uniques a augmenté de 27%. Mark Zuckerberg, lors de la conférence annuelle des développeurs, en avril dernier, a à son tour assumé la primauté à la vidéo : « [La vidéo] est devenue plus centrale que le texte : l’écran de visionnage doit donc prendre plus de place que l’espace dédié à l’écrit, et ce sur toutes nos applications ». Le corollaire est le lancement de Watch, espace dédié à des programmes vidéo exclusifs. Dans le sillage de cette idée, une nouvelle expression consacrée est apparue dans le secteur des médias, « Pivot to video ». Ce terme marketing, utilisé plus de 14 000 fois cet été sur les réseaux, désigne le passage du texte à l’image en mouvement, de l’écrit à la caméra. Une mode qui est même devenue un motif de plaisanterie, comme l’illustre le tweet de cette journaliste de Skynews, Molly Goodfellow. (« Comment avouer à mon meilleur ami que je souhaite que notre relation pivote vers la vidéo ? »)

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Aux Etats-Unis, le premier journal à avoir pris ce virage fut, l’an dernier, Mashable, qui décida de se séparer d’une partie de ses rédacteurs pour engager des spécialistes de la vidéo. Un mouvement qui fit, en quelques mois, un grand nombre d’émules pour atteindre un pic cet été : MTV News puis Sport Illustrated, Fox Sports, Vocative, Mic et, enfin, Vice, comptent désormais remplacer une partie de leurs « writers ». Objectif affiché : devenir les « leaders du vidéo-journalisme »…. en mettant au placard les journalistes de presse écrite. Au sein des rédactions, certaines voix (voir cet article, par exemple) se sont élevées contre ces pratiques, voyant derrière ce repositionnement une bonne raison de réduire des équipes de rédacteurs jugées trop nombreuses. Ce graphique, qui recense les licenciements liés directement aux nouvelles stratégies orientées vidéo, parle de lui-même.

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SOURCE : Digiday

Mais la stratégie du « Pivot video » constitue-t-elle réellement la planche de salut des médias à la recherche de business models pérennes et de plus en plus dépendants des réseaux sociaux ?

On serait tenté de répondre par l’affirmative car, de fait, certaines histoires font rêver. C’est le cas de « Brut », lancé en France en novembre 2016 par le producteur Renaud Le Van Kim et le co-créateur de Studio Bagel, Guillaume Lacroix. En moins d’un an, ce tout nouveau média dépasse les 100 millions de vues avec ses formats vidéos courtes, diffusées  sur Facebook et autres YouTube, et s’exporte aux Etats-Unis en embauchant sur place une équipe de 15 personnes. Dans la même mouvance, Keli Network s’est donné comme mission de créer une nouvelle génération de médias. L’idée centrale est de créer des médias thématiques 100% vidéo, diffusé exclusivement sur les réseaux sociaux. Pour l’instant quatre marques ont été lancés sur des sujets dont les internautes sont friands : jeux vidéo (Gamology), football (OhMyGoal), beauté (Beauty Studio) et innovation (Genius Club). Selon Michael Philippe, co-fondateur de cette société, cette démarche est au coeur d’une triple révolution : l’explosion du mobile comme support, la consommation sur les réseaux sociaux et l’explosion de la vidéo. Keli Network a d’ores et déjà levé 2 millions d’euros auprès de fonds comme Partech, OneRagTime, de business angels et de Broadway Vidéo Ventures (producteur connu de Jimmy Fallon). « Nous avons saisi l’opportunité dès qu’elle s’est présentée : dès qu’il y a une disruption, les premiers à prendre la place deviennent souvent des leaders. A l’époque du SEO, Aufeminin.com ou Doctissimo.fr avaient pris la balle au vol et n’ont, depuis, jamais perdu leur statut. C’est le même phénomène que l’on observe aujourd’hui avec la vidéo sur les plateformes sociales ». Keli Network a ainsi enregistre 1,9 milliard de vues sur le seul mois d’aout 2017.

A première vue, le marché de la vidéo est bien une vraie poule aux oeufs d’or pour médias et publicitaires : selon eMarketer, l’investissement dans la publicité vidéo a atteint 10 milliards de dollars l’an dernier aux Etats-Unis. Et les projections du même institut sont très favorables : ce marché devrait dépasser les 18 milliards en 2020, au point que les agences de publicité américaines consacrent aujourd’hui plus de la moitié de leur budget à ce type de format.

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Source: eMarketer

A cette croissance s’ajoute une dépendance toujours plus prégnante des médias aux plateformes sociales. Ces dernières, qui ne se cachent plus d’encourager les contenus vidéos en les promouvant sur le fil des internautes, ont une force de frappe telle qu’il s’agit, pour les médias, d’y être plus présents que jamais.

Mais attention : si tous ces indicateurs semblent converger, la réalité est pourtant beaucoup plus nuancée.

D’après ComScore, les médias qui ont « pivoté » à l’été 2017 ont vu leur audience chuter en moyenne de 60% au mois d’août par rapport à août 2016. Ainsi, Mic est-il passé de 17,5 millions de visiteurs à 6,6 millions (août 2016-août 2017) et l’interview exclusive d’Hillary Clinton revenant sur la dernière campagne présidentielle n’a enregistré que 26 000 vues sur Facebook. Comment expliquer un tel naufrage ?

Contrairement aux idées reçues, les jeunes générations sont plus friandes de textes que d’images animées quand il s’agit d’informations, comme le prouve cette étude récente  du Pew Research Center. Les 30-49 ans privilégient la lecture d’articles (40%) au visionnage (39%) tandis que les 18-29 sont lecteurs à 42% (contre 38%). Contrairement à l’hypothèse faite par certains médias, l’augmentation du nombre de vidéos publiées sur internet ne relève pas d’une demande nouvelle visant le secteur des médias, en tous cas pas pour le domaine de l’information pure et dure. L’étude de Reuters Institute, le Digital News Report, corrobore cette idée : « malgré l’exposition croissante aux vidéos d’information, les préférences des internautes ont peu changé ces dernières années. 71% d’entre eux lisent des articles et 14% aiment de façon indifférente le texte ou la vidéo ». Joshua Benson, directeur du Nieman Lab, résume bien la situation : « L’idée juste selon laquelle les gens aiment les vidéos ne signifie pas qu’ils aiment les vidéos d’information ».

pew research center

Quels contenus cherchent donc les internautes quand ils regardent des vidéos ? Une étude récente menée par Buzz Summo sur un échantillon de 100 millions de vidéos postées sur Facebook a démontré que les thèmes qui génèrent le plus d’engagement sur les réseaux sont : la cuisine, la mode et les animaux…. la politique arrivant, par exemple, dans la partie basse du classement.

buzsumoA cela s’ajoute, pour les médias faisant le choix de la vidéo, un problème d’équilibre financier profond. D’une part, la monétisation de la vidéo sur les plateformes sociales reste à ce stade très limitée : il ne faut pas oublier que Google et Facebook s’octroient aujourd’hui 99% des revenus publicitaires digitaux (rapport IAB). Il devient difficile pour les médias qui publient sur les réseaux sociaux de savoir ce que rapporte réellement leurs contenus à ces derniers en termes publicitaires… sachant que les statistiques des plateformes sociales restent très opaques pour tout le monde. Facebook dit, par exemple, toucher plus de jeunes Américains qu’il n’en existe réellement ! D’autre part, pivoter vers la vidéo n’est pas sans engendrer des coûts supplémentaires cachés pour les médias : quand on publie un contenu, il faut s’acquitter de sommes conséquentes pour qu’il soit diffusé largement. Certains médias, comme le Chicago Tribune, voient que les articles et vidéos sont de moins en moins regardés sur Facebook alors même que le nombre de followers du journal augmente. La faute à un algorithme particulier et à l’avalanche d’informations qui déferle sur les réseaux. Enfin, les médias doivent aussi investir dans du matériel adéquat et embaucher des spécialistes de la vidéo pour obtenir des produits de qualité… ce qui n’est pas moins onéreux qu’une solide rédaction de journalistes rédacteurs.

Pivoter vers la vidéo semble donc être un doux mirage auquel ont cru beaucoup de médias. Mais n’y a-t-il que des perdants dans cette bataille ? Loin de là : les purs players vidéos tirent aujourd’hui leur épingle du jeu. Démarrant à petite échelle, ils constituent progressivement leurs équipes avec des coûts fixes qui n’augmentent ensuite qu’en fonction de la demande et proposent des contenus qualitatifs pour toucher un public cible bien défini. C’est le cas de Brut, cité en début d’article, mais aussi de Konbini, qui ont bien su trouver leurs créneaux. Ce pur player de la vidéo dit « utiliser le levier de la pop-culture, c’est-à-dire traiter des sujets du quotidien pour susciter la discussion », selon les mots d’un de ses responsables. En publiant deux à trois vidéos par jour, Konbini s’est forgé une connaissance approfondie des 18-34 ans et de leurs attentes en termes d’information. Le groupe ne cherche pas la quantité de vues mais un réel engagement chez ses lecteurs.

Dans ce cadre, ces nouveaux médias s’appuient en général sur un business model simple : ils vendent du brand content sous forme de films aux marques et aux agences de communication pour financer, en parallèle, les vidéos plus « sérieuses » et indépendantes. Comme on le sait, avec Tasty, Buzzfeed a ouvert la voie à un nouveau type de médias qui créé lui-même son pôle publicitaire pour contourner la fuite des revenus publicitaires sur les réseaux sociaux. Aux confins de l’info et du loisir, l’infotainment a donc des ailes qui poussent…. ce qui peut, évidemment, susciter la critique : « Buzzfeed et Vice ont fait du mal à la profession de journaliste en faisant planer le doute sur l’impartialité de l’info et des messages véhiculés dans les vidéos. Il est pourtant aisé d’afficher clairement si le film est sponsorisé ou non. C’est notre choix depuis nos débuts et c’est ce qui fait aussi notre notoriété », explique un professionnel des medias.

« Il est aujourd’hui impossible de créer une boîte de médias qui se passerait des réseaux sociaux car toutes les audiences y sont présentes. Néanmoins, il ne faut pas oublier que ces plateformes ont besoin des éditeurs car elles vivent en partie de nos contenus », explique Michael Philippe. C’est bien sur ce constat que doivent s’appuyer les médias sans pour autant renier leur ADN au risque de s’effondrer. La vidéo peut sauver une partie des médias, ceux qui sont jeunes, agiles et dont le business model reste flexible. Pour les autres, le « pivot to video » n’est pas la meilleure idée qui soit.

La troisième vague du journalisme aux US : les médias à la recherche du business model idéal

« Facebook est plus qu’une entreprise technologique, c’est une plateforme d’information » : cette phrase de Mark Zuckerberg, prononcée fin 2016, sonne comme un aveu et modifie radicalement la position officielle que ce dirigeant avait soutenue jusque-là. Les réseaux sociaux ont, en un court laps de temps, remplacé les médias en publiant de l’information gratuite, à même de toucher un public infiniment plus vaste que celui des médias traditionnels.. Au fil du temps, Google, Twitter, Facebook et consorts sont devenus de vrais « publishers » qui compilent et diffusent des articles, remettant par là même en cause les Business Models des médias américains classiques. Face à ce constat définitif et irréversible, les journaux US se sont vus contraints d’entrer dans « la troisième vague du journalisme » et ont été mis en demeure de concevoir rapidement de nouvelles voies de monétisation.

Clap de fin pour les Business Models des années 2000

Le dernier rapport du TowCenter for Journalism de Columbia, publié en mars 2017, évoque pour la première fois l’expression « troisième vague du journalisme », une notion qui fait référence à l’évolution rapide des pratiques médiatiques. Comme cela a souvent été observé, d’un modèle traditionnel, les médias sont progressivement passés à la digitalisation dès 1994 et l’avènement du web, plus largement diffusé à la fin des années 1990. Lors de cette phase –dite « deuxième phase du journalisme »- la préoccupation majeure des journaux était de transposer leur activité historique matérielle sur internet, sans pour autant remettre en cause leur business model traditionnel.

En effet, les médias ont longtemps fonctionné de la façon suivante : contenu et publicité (rectangles jaune et vert dans le schéma ci-dessous) étaient intégrés à un support (journal, télévision, radio…) puis distribués au public. Les médias dominaient de bout en bout cette chaîne.

Source : Straterchery

Lors de cette phase de digitalisation, les médias ont été convaincus que seul le support de consultation serait modifié et que le web serait un nouveau vecteur d’information, au même titre que la télévision ou la radio l’avaient été à une autre époque. Lors de cette phase, de nouveaux médias entièrement digitaux ont émergé, du Huffington Post à Buzzfeed, bénéficiant d’un accès accru à l’internet haut débit et à la démocratisation rapide du web.

Cependant, après ce passage au digital, les trois principales sources de revenus des médias se sont progressivement taries. « La première d’entre elles sont les petites annonces, dont la consultation est plus aisée sur le web grâce aux filtres, qui ont progressivement été soustraites aux journaux par des sites spécialisés comme Craiglist (l’équivalent de notre Bon Coin). C’est l’exemple-type de l’effet internet sur un secteur classique de l’économie : le premier domino à s’effondrer sur une longue chaîne. Ce changement de paradigme a ôté aux médias des revenus mais surtouti une part de leur audience… après, ce fut au tour des rubriques spécialisées puis des tribunes (pillées par les blogs) », explique Paul Strachman, investisseur chez ISAI et spécialiste de la tech. En parallèle, Google a capté le marché de la publicité. Enfin, la troisième source de revenus, les abonnements, a rencontré de grandes difficultés à résister au tout-gratuit. Face à cette évolution rapide, les grands médias ont cherché, à tâtons au départ, un nouveau modèle de développement, sans parvenir à revenir au niveau de revenus antérieur l’apparition du web.

Source : Straterchery

Ben Thompson, analyste et auteur du blog Straterchery, parle de « unbundling » (dégroupage, ndlr) pour décrire le phénomène : les médias ne dominent plus que la partie « Contenu » de la chaîne dont on parlait plus tôt.

Ce manque à gagner des entreprises de médias explique notamment la dégradation des conditions de travail des journalistes et les coupes claires dans les effectifs des grandes rédactions. Depuis l’avènement du web, le nombre d’employés a commencé à décliner au sein, notamment, de la presse écrite américaine.

Pour le grand public, la remise en cause du modèle intégré des médias traditionnels revêt nombre d’aspects positifs : enfin, on a accès, sans débourser un centime, à des sources d’informations multiples et de qualité… avec certaines limites. « La démocratisation d’internet a mis les internautes et les journalistes au même niveau : les premiers pouvaient, commenter, répondre, questionner, interpeler les auteurs d’articles, voire les rédactions de grands médias. Encore plus important, ce phénomène a créée une croyance parmis ces internautes que « mon ignorance vaut autant que leur savoir », avec une dégradation de la considération portée aux medias en genéral et au rôle de journaliste en particulier », explique Pierre Putois, responsable du bureau new-yorkais de Fabernovel. D’un point de vue social, le citoyen retrouvait un rôle actif au sein du système de l’information, de la démocratie, il pouvait organiser des mouvements citoyens ou faire entendre sa voix… tout en portant atteinte au rôle traditionnel des journalistes.

Selon les chercheurs de Columbia, l’ère de l’open web a atteint ses limites au moment où les consultations d’information via les smartphones et le web mobile privé ont pris la place des ordinateurs, soit à la fin des années 2000. Cette modification des usages a accéléré la montée en puissance d’une poignée de géants qui dominent aujourd’hui internet. « Lors des deux dernières années, la fusion des contenus d’information et des plateformes comme Facebook, Twitter, Snapchat et Google s’est fortement accélérée », expliquent les chercheurs du Tow Center. Dans l’histoire, aucun média n’a jamais bénéficié de l’audience de ces quelques acteurs. En 2016, eux seuls, ils concentrent 65% des recettes de publicité sur la toile, laissant les sites des médias classiques très loin derrière eux. Une tendance qui tend à s’accélérer puisque Facebook et Google s’arrogent aujourd’hui 90% de la croissance des revenus publicitaires. « L’influence de ces grandes sociétés sur les échanges d’informations est souvent gérée par des systèmes socio-techniques cachés et sous-tendue par des intérêts privés et non publics », note le rapport du Tow Center.

Des pistes pour de nouveaux Business Models

Face à cette évolution, les médias cherchent une porte de sortie. Comme le souligne Shane Smith, dirigeant et fondateur de Vice, interrogé par les chercheurs de Columbia : « En publiant sur les plateformes, vous donnez les clés de votre destin à un inconnu. Mais si vous n’êtes pas présent sur ces réseaux sociaux, dans ce cas, vous êtes morts, mais si vous y êtes distribués, alors vous ne gagnez plus d’argent (…) voilà le plus grand défi à relever pour les médias ».

 Dans le monde, certains médias continuent à miser sur leur site web, mais sont confrontés à d’autres écueils : les frontières entre la publicité et le contenu éditorial s’estompent progressivement. Les publicités « native », (ces « faux » articles à sensation que l’on trouve souvent en fin de page), « polluent » les grandes pages des médias et peuvent décrédibilisr leur contenu.

Aux Etats-Unis, dont les évolutions dans le domaine des médias et de la communication précèdent parfois celles du reste du monde, la remise en question de ce modèle est particulièrement profonde. Pierre Putois, qui dirige le bureau Fabernovel à New-York et aide les entreprises internationales à réussir leur transition vers le digital, en faisant interagir les médias français avec leurs homologues américains, note : « Après la perte d’une génération entière qui a cessé d’acheter les journaux de leurs parents, les médias américains ont compris qu’il fallait travailler cette audience en deux temps : séduire d’abord et fidéliser, voire faire payer ensuite.».

Ici, les médias essaient donc de trouver un Business Model idéal en lançant des projets qui durent quelques semaines, dans une perspective expérimentale très pragmatique pour toucher ces lecteurs potentiels. Les journaux produisent donc des contenus « natifs », c’est-à-dire dédiés aux réseaux sociaux et des contenus postés sur les réseaux, mais qui renvoient à leur page web (dit « networked content »). Ce « mix produit », comme on l’appellerait en marketing, varie selon les médias. Par exemple, quand le New York Times produit 16% de « native content » dédié uniquement aux plateformes (données de la semaine du 6 février 2017), Huffington Post en produit jusqu’à 66% sur la même période. Quel intérêt de délivrer du contenu sur les réseaux uniquement ? On assiste aujourd’hui au balbutiement de la monétisation. Ainsi, Facebook propose de partager avec les médias une partie des recettes publicitaires liées aux contenus des Facebook Instant Articles. De son côté, Snapchat négocie également avec les médias – même si cette pratique est très récente et se fait encore au cas par cas.

Toutefois, la dépendance aux médias sociaux n’est pas la panacée car elle comporte un certain nombre de risques. D’une part, les engagements financiers pour produire des contenus sur-mesure dédiés aux réseaux sociaux sont conséquents et engendrent des revenus directs et indirects difficiles à mesurer. A cela s’ajoute l’impossibilité de vérifier les données de trafic fournies par la plateforme et les revenus qui en découlent. Certains médias, comme Buzzfeed ou NowThis News, qui n’existent que grâce aux partenariats avec Facebook et consorts sont vulnérables, car ils dépendent entièrement de la stratégie des grands réseaux sociaux. Passer au digital, oui, mais pour les grands médias, on préfère conserver et préserver une marque forte, du New York Times au Washington Post, en cas de nouveau changement de paradigme.

« Pour l’instant, personne n’a trouvé la formule magique, conclut Pierre Putois. Certains, pourtant, se prennent à imaginer un modèle complètement nouveau, où les médias pourraient créer leur plateforme commune, à l’image de Spotify pour la musique : un portail payant qui donnerait accès à l’information et proposerait des articles complémentaires –provenant de médias divers- à l’internaute, avec une approche thématique transverse ».

 

Une autre option, que certains grands médias américains étudient déjà, serait de développer une offre liée au fact-checking de l’information disponible. Alors que le consommateur de médias tend vers un scepticisme toujours plus important à l’égard des médias classiques, parfois entretenu par un discours politique très critique à leur égard, proposer une « garantie de vérité » pourrait également s’avérer efficace et constituer une nouvelle source de revenus. En effet, derrière le renouvellement profond et contraint des business models médiatiques outre-Atlantique, se jouent des enjeux politiques fondamentaux, notamment autour de la place de l’information dans nos démocraties.

NDLR: Cet article est aussi paru sur le site de Kablé Communication: http://www.kable-communication.com/fr/2017/04/19/medias-reseaux-sociaux-le-nouveau-businessmodel/

 

 

 

 

 

S’informer : quels médias suivre en 2017 ?

L’élection américaine ainsi que le Brexit ont contribué à l’affaiblissement de la confiance des lecteurs envers les médias traditionnels et les sondages qu’ils diffusent. Face à ce désengagement progressif des audiences, l’année 2017 a vu s’accélérer l’émergence des médias et des prescripteurs d’opinion sur les réseaux sociaux et, plus largement, sur le web. Pour s’orienter dans cette profusion de sources d’informations, nous avons procédé à une sélection soigneuse des médias à suivre en 2017 pour les fonds, les start-uppers et leurs communicants… et pour tous ceux qui veulent voir l’actualité sous un autre angle.

Podcasts

  • APPRENTISSAGE Start-up Stories : Andrew Warner a interviewé 1300 fois des entrepreneurs à succès sur des sujets aussi divers et concrets que « Comment revendre sa société ? » ou « Comment établir des partenariats avec des grandes marques ? ». Destinés aux entrepreneurs qui se sentent souvent seuls dans leur aventure entrepreunariale, ces podcasts au ton enjoué vous donnent des astuces pour faire de votre entreprise une licorne.
  • INSPIRATION The Tim Ferris Show : Avec plus de 100 millions de téléchargements sur iTunes, il s’agit du podcast le plus en vogue outre-Atlantique. A chaque épisode, Tim Ferris, Business Angel et auteur à succès, rencontre une célébrité (sportive, politique, entreprenariale…) pour définir ce qui l’a conduite au succès. A la clé, des histoires uniques mais universelles.
  • ECONOMIE Planet Money fait de l’économie un thème passionnant et parfois même drôle. Chaque épisode explique les rouages de cette grande machine qui fait tourner le monde. De la déconstruction de la politique économique d’Obama au parallèle entre Wall Street et Las Vegas, on ne sait par quel épisode commencer.
  • VISUEL Tout les podcasts ne sont pas fait que de sons : The Foundation propose des cours gratuits pour entrepreneurs avec, à l’appui, des vidéos. Didactiques, ces émissions retracent des parcours hors-normes (Ex : L’histoire d’un employé de Tesla qui monte son entreprise et démissionne) et prodigue de précieux conseils (Quels sont les secrets des étudiants qui réussissent ?).
  • MEDIAS A l’heure du tout informatif, de la post-vérité et des « faits alternatifs », On the Media est un podcast intelligent qui s’interroge sur les médias, leurs objectifs et leur évolution. Via des thèmes aussi divers que « Comment Trump change-t-il les règles du jeu du journalisme ? » ou  « L’art de poser des questions », ces émissions donnent la parole à de grands spécialiste de la communication qui affichent des points de vue pointus et souvent hors des sentiers battus.

Newsletters

  • FRENCHIE La plateforme de financement SmartAngels produit une newsletter hebdomadaire qui compile les dernières actus des start-ups. La sélection d’articles issus de la presse tech française est intelligente et voit au-delà des frontières de notre Hexagone.
  • START UP Temps forts de l’année pour faire parler de vous, annonce d’une levée de fonds, cette deuxième newsletter française dispense des conseils à l’endroit des petites entreprises et start-ups qui désirent communiquer de façon efficace. Suivez vite Outjo!
  • CREATIVITE Ancien journaliste chez Fast Company, Newsweek, Forbes et LifeHacker, Paul Jarvis mêle habilement créativité et business dans sa newsletter publiée tous les dimanches. Un bon moyen de se tenir au courant des dernières tendances en marketing, communication et start-ups.
  • VENTURE CAPITALISTS ET TECH Benedict Evans Depuis 2013, Benedict Evans diffuse une newsletter hebdomadaire à ses 65000 abonnés. Cet investisseurs chez Andreessen Horowitz sélectionne dans l’actualité les sujets les plus marquants autour de la tech et du Capital Innovation. On salue toujours son recul et son sens de l’anticipation sur les sujets de demain.
  • REFLEXION Azheem Azar Ce journaliste anglais, ancien du FT, creuse chaque semaine deux ou trois grands sujets qui touchent à la fois à l’économie, à la société et à la technologie. De l’Intelligence Artificielle à la block-chain en passant par la politique américaine, l’angle est toujours très ouvert et cherche à susciter la réflexion et la discussion.
  • STRATEGIE Basé à Taiwan, Ben Thompson, ancien de Microsoft et Apple, s’intéresse à toutes les stratégies qui touchent à la tech via des articles très documentés sur les sujets du moment. Suivez sa newsletter sans hésiter si vous voulez approfondir votre réflexion sur les nouvelles technologies.

 

Et encore…

  • INCONTOURNABLE On ne la présente plus, tellement son fil twitter est suivi : l’insider Emmanuelle Leneuf nous informe chaque matin de l’actu de la tech et des start-ups partout dans le monde. Une sélection intelligente et souvent percutante. Abonnez-vous vite au @FlashTweet!
  • BLOG Brad Feld, VC early stage et entrepreneur, partage ses réflexions d’après les expériences qu’il fait dans sa vie personnelle. On le suit dans ses voyages et on navigue au gré de ses rencontres: http://www.feld.com

Découverte du club French Founders version New York

Créé il y a deux ans à peine, le très sélectif club French Founders se définit comme « le club business, next-generation des dirigeants et fondateurs francophones – partout dans le monde ». Dans les faits, il se démarque par la qualité de son contenu et de son audience lors de ses événements. L’une des dernières conférences en date : la rencontre d’une douzaine de start-ups françaises triées sur le volet et de fonds d’horizons divers, lors d’une soirée spéciale à New-York.

Loin de se positionner comme les traditionnels clubs pour expatriés qui veulent simplement se constituer un réseau ou comme une association de promotion des start-ups aux US, French Founders rassemble, anime et fédère activement une communauté française issue de secteurs divers et d’entreprises de toutes tailles. Actuellement, ce club de cadres et dirigeants regroupe plus de 1700 membres sur 3 continents (Amérique, Europe et Asie) avec, comme objectif affiché d’apporter à chacun des membres une attention et un traitement personnalisé pour favoriser le développement des business français dans le monde.

Parmi les 200 événements organisés chaque année par French Founders, la soirée Start-up to VC participe pleinement de ce principe d’efficacité et de service sur-mesure. Deux fois par an, un jury -composé de fonds et de business angels accompagnés par French Founders sélectionnent ainsi une poignée de start-ups fondées par des entrepreneurs français exclusivement. Ces derniers peuvent, à cette occasion, rencontrer des investisseurs potentiels pour présenter leur projet, leurs business model et leurs ambitions. C’est l’occasion d’échanges et de prises de contacts dans la perspective, à plus long terme, de levées de fonds.

Le 15 novembre dernier, 14 jeunes entreprises françaises ont eu la chance non négligeable de discuter longtemps avec des investisseurs locaux – ce qui, comme vous le savez, n’est pas chose aisée car les fonds à New-York, sont très sollicités et les jeunes entreprises nombreuses. Quatre start-ups tirées de cette sélection étaient invitées à se présenter en public, devant l’assemblée des invités composée principalement de membres de l’écosystème new-yorkais, soit 20 investisseurs US et 10 fonds français des start-uppers en devenir ainsi qu’Anne-Claire Legendre, Consule Générale de France. Une visibilité inédite pour certains start-uppers ! Les quatre jeunes pousses mises en lumière ce jour-là devant l’audience provenaient d’horizons très divers, tant en termes de secteurs que de provenances géographiques (Boston, San Francisco, NYC, Shanghai…). Les fondateur de Cobalt (créateur d’avions privés du futur), Try the World (les fameuses box de produits gourmets), Allure Systems (concepteur de mannequins en VR pour les marques de vêtements) et  Biomodex (créateur d’organes 3D pour l’entraînement des chirurgiens) ont pu transmettre leurs visions et ambitions. La deuxième partie de la soirée était, elle, consacrée à des rencontres en tête-à tête et en privé entre les entreprises sélectionnées et le pool d’investisseurs.

J’étais aux premières loges, puisque French Founders m’avait proposé d’être Maître de Cérémonie pour cet événement, diffusé en direct sur Facebook. Je peux donc témoigner aujourd’hui de l’efficacité du club : start-uppers désireux de communiquer des deux côtés de l’Atlantique m’ont demandé de leur présenter mon activité de RP pour les fonds et les start-ups aux US.

Pour terminer, voici quelques pistes d’associations et d’institutions qui peuvent vous ouvrir de nouveaux réseaux lors de votre implantation aux Etats-Unis :

  • French Founders est un club qui sélectionne ses membres et leur propose un accueil sur-mesure en les mettant en relation et en attirant leur attention sur les événements pertinents pour eux. Les membres du réseau sont actifs et de haut niveau.
  • La French-American chamber of commerce propose des espaces de co-working, des forums thématiques et sectoriels et des soirées festives pour animer son réseau.
  • Le programme Impact USA  de Bpifrance permet à 18 start-ups sélectionnées de partir pour les US (San Francisco et NYC) avec, comme objectif, de « réaliser en 10 semaines ce qui leur aurait pris un an ». Les jeunes entrepreneurs sont coachés et accompagnés de très près par des experts dans tous les domaines.
  • Business France est souvent la première porte à laquelle frappent les start-uppers. C’est un bon moyen d’approcher le marché américain et d’en connaître les contours globaux avec une approche très institutionnelle.
  • Le Consulat de France à New-York a également lancé des soirées de pitch pour start-uppers français, sous l’impulsion de la nouvelle Consule Générale de France, Anne-Claire Legendre qui compte mettre l’innovation française au coeur de sa communication.

Le côté obscur d’une start-up: critique littéraire de Disrupted et ITW de l’auteur

Tirer à boulets rouges sur le monde des start-ups semble être un leitmotiv chez plusieurs auteurs américains en 2016. Après avoir glorifié le monde des jeunes pousses de la tech et de l’innovation, certains revoient aujourd’hui leur jugement, surtout quand leur expérience personnelle diffère l’image d’Epinal que la Valley s’efforce de nous vendre. C’est le cas du best-seller autobiographique de Dan Lyons, Disrupted

Sorti au printemps dernier et savoureusement sous-titré « ma mésaventure dans le bulle des start-ups », l’ouvrage retrace le parcours (réel) de son auteur. Quinquagénaire féru de nouvelles technologies, journaliste de longue date chez Newsweek et Forbes, Dan doit affronter un chômage inattendu et se reconvertir au plus vite pour faire vivre sa famille.

Rapidement embauché, en 2013, par deux trentenaires caricaturaux chez Hubspot, un créateur de logiciels marketing, le narrateur plonge du jour au lendemain dans l’univers cruel de cette start-up située à Boston. Dans un récit cocasse qui confine à l’absurde (on retrouve des dialogues dignes de Beckett), voire à la démence (Kafka n’est pas loin), on se rend compte que le goût pour l’innovation a pris le pas sur la voix de la raison au sein de cette jeune entreprise qui a levé 100 millions de dollars auprès de VC.

Avec une culture d’entreprise qui se veut innovante et qui pousse le jeunisme à l’extrême, la start-up Hubspot fait de ses employés de véritables adeptes qui mangent, vivent, dorment Hubspot et doivent vouer un véritable culte aux deux patrons fondateurs. Des chiens se baladent librement dans les couloirs et les collaborateurs, qui travaillent assis sur des ballons, tous vêtus en orange, la couleur officielle de la société, se pâment devant « le mur des bonbons » de l’open-space.

Cette satyre pointe les dérives du tout « marketing » et de ces CEO qui se prennent pour des gourous : de l’ours en peluche qui préside toutes les réunions en tant que représentant du consommateur au mantra « 1+1=3 », qui guide toutes les décisions marketing, l’entreprise semble marcher sur la tête. Ce récit savoureux fait aussi la part belle aux sociolectes de l’entreprenariat : si on est assez « disruptif », on peut par exemple « créer le buzz » (go viral) et « faire sauter l’internet » (blow up the Internet). L’auteur nous fait vivre de près sa descente progressive aux enfers, de sa mise au placard à l’écriture de ce livre cathartique.

– – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – INTERVIEW DE DAN LYONS – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –

Alors qu’en est-il réellement ? Est-ce là une critique globale de la Silicon Valley et de ses jeunes pousses ? Dan Lyons, l’auteur, étant par définition un homme connecté, désormais scénariste pour la série Silicon Valley de HBO, nous avons pris contact avec lui via Twitter. Car oui, aux Etats-Unis, les auteurs sont sur Twitter et ils y sont même très actifs. Dan a donc répondu à ces interrogations !

Anna Casal : Avec le recul, pensez-vous que votre expérience chez Hubspot ait été positive ?

Dan Lyons : Cette expérience était profondément désastreuse. J’étais si mal et si triste à l’époque où j’étais employé là-bas… De toute ma vie d’adulte, je n’ai jamais été aussi désespéré que lors de mon passage chez Hubspot. Ceci dit, j’y ai appris ce qui m’a permis d’écrire Disrupted !

A.C : Pensez-vous que toutes les start-ups ressemblent à Hubspot en termes de management ou de culture d’entreprise ?

D.L : Non, toutes les start-ups ne sont pas aussi dingues que l’est Hubspot. En réalité, les deux fondateurs de cette société essayaient de diriger une entreprise expérimentale. Ils ne voulaient pas seulement produire et développer un logiciel mais également réinventer la façon dont on dirige une entreprise. Hubspot était une sorte de laboratoire expérimental où ils pouvaient tester des théories de management sur des vrais êtres humains.

A.C : Est-ce que des fonds de capital risque (VC) ou des start-ups ont réagi à votre livre et comment ? 

D.L : 100% des emails que je reçois de mes lecteurs, VC et start-ups compris, sont positifs ! C’est assez étonnant, en fait. Même sept mois après la sortie du livre, je reçois encore des lettres de lecteurs qui me remercient car ils ont vécu eux-mêmes ce genre d’expériences traumatisantes !

Pour suivre Dan Lyons : abonnez-vous à son fil @realdanlyons et ou visitez son site (http://www.realdanlyons.com)

 – – – – – – – – – – – – – – LES PHRASES CULTES  – « Disrupted » de Dan Lyons – – – – – – – – – – – – – –

« J’aime beaucoup cette idée mais elle n’est pas assez 1+1=3 »
« Je suis la manager d’une équipe d’une personne. Et par une, elle entendait elle-même. Elle dirigeait donc le département des « relations influenceurs » (..). Un jour, pour Halloween, elle donna un discours lors d’une conférence, déguisée en sorcière, avec des chaussures brillantes, un balai à la main et un grand chapeau noir. Elle posta des photos d’elle-même ce jour-là sur Twitter »

« Le texte de la petite annonce pour un(e) responsable RP était édifiant : Vous pensez pouvoir nous faire faire la couverture de Time Magazine ? (…) La personne qui aurait pu postuler pour ce job (de RP) était, par définition, quelqu’un qui avait très peu d’expérience. Tout comme la personne qui avait écrit cette petite annonce »
« Vous êtes la première génération à accepter de travailler pour des bonbons gratuits. Ma génération n’aurait jamais cédé. Nous voulions être rémunérés en argent véritable.  Vous comprenez ? Non, ils ne comprenaient pas. »
« Je suis arrivé chez Hubspot avec des idées grandioses sur le journalisme d’entreprise. Au lieu de ça, à 52 ans, j’écris des articles idiots à longueur de journée, un cran en dessous des descriptifs de catalogues de vêtements »

Start-ups françaises : la prudence s’impose pour communiquer avec succès aux Etats-Unis

Les grandes success stories des frenchies aux US font rêver médias et entrepreneurs en France. Neolane, racheté à prix d’or par Adobe, ou, plus récemment, Sticky Ads, repris par le géant américain ComCast, nous font croire à un avenir prometteur pour les jeunes entreprises sur le Nouveau Continent.
Pourtant, un sondage auprès de start-uppers français présents aux Etats-Unis nous enseigne que le premier défi -et pas des moindres- est d’acquérir une notoriété locale.
Dans les faits, il s’agit sans doute de la tâche la plus complexe pour une entreprise étrangère. Différences culturelles fondamentales, pléthore de petites entreprises techs, myriade de médias dont les modèles déconcertent parfois : autant d’obstacles de taille à surmonter. Après m’être entretenue avec plusieurs entrepreneurs, j’ai dressé une liste pratique des DO et DON’T des RP outre-Atlantique, à destination de ceux qui veulent réussir à vivre leur rêve américain.

DON´T :

  • Se précipiter. L’écosystème des start-ups américaines est très différent de l’environnement français. Ici, aux Etats-Unis, les jeunes entreprises sont très nombreuses, hyperactives et très créatives dans leur communication. Comme le résumait un start-upper récemment débarqué : « le marché des start-ups est très bruyant aux US. Faire entendre sa voix est un vrai défi, il faut savoir prendre du recul sur cet écosystème ». Or, nombreux sont les entrepreneurs qui se jettent à corps perdu dans la communication et les RP avant même d’avoir fait un état des lieux de leur marché. En parallèle, les journalistes ont ici d’autres attentes, fondées sur des relations privilégiées de long terme. Prendre son temps permet de construire des liens avec les médias, de  tester ses messages et de bien identifier les canaux qui permettent de faire la différence.
  • Arriver en terrain conquis. « En France, quand on est un entrepreneur à succès, on est un superman. Quand on arrive aux US, on est au pays des supermen, on est comme tout le monde… certains égos en souffrent beaucoup », me confiait un start-uppeur installé à New-York depuis plusieurs années. Les entrepreneurs se comptent par centaines de milliers aux Etats-Unis. Un nom célèbre dans la tech ou des succès passés en France ne suffisent donc pas à se différencier de la masse des entrepreneurs locaux.  Un autre start-upper me confiait : « en arrivant ici, il faut considérer que l’on repart à zéro en termes de communication et de notoriété. Il faut être prêt à refaire le même chemin que dans l’Hexagone ».

 

  • Faire aveuglément confiance aux agences de RP. Nombreuses sont les mésaventures d’entrepreneurs français qui m’ont été rapportées. L’un d’entre eux affirmait même que le start-uppeur français est le « bon client » par excellence pour les agences locales. Elles sont, en général, nombreuses à vous appeler et savent afficher une image de spécialiste des RP dans la tech. Méfiance : avant de s’engager, mieux vaut se renseigner sur les résultats réels de ces agences et contacter leurs anciens clients. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les tarifs sont élevés, même pour les petites entreprises… et ne garantissent en aucun cas les résultats. Ainsi un entrepreneur m’a-t-il confié avoir dépensé plus de 12 000 euros par mois pendant un an… pour n’obtenir aucun article ! Le coût d’entrée est très élevé : réfléchissez à deux fois avant de signer.

 

DO :

  • Avant de communiquer, repenser son positionnement. Parmi les grandes légendes des RP outre-Atlantique, il y a l’appli Slack (logiciel de chat) dont les fondateurs ont très vite été soutenus par les médias. Dans un article de Business Insider, ils dévoilent leur stratégie de communication fondée sur le concept de « Big Idea ». Cette dernière est une vision du monde différente, novatrice et propre à une entreprise. La grande idée de Slack est de dire que cette appli universelle dote le client d’une organisation collaborative pourvoyeuse de croissance. En la déclinant en éléments de story-telling simples, clairs et novateurs (« Slack va tuer l’email »,  « Slack est le prochain Microsoft »), Slack a très rapidement suscité l’intérêt des médias.  A noter : cette start-up n’a pas eu de budget marketing jusqu’en 2015… mais une excellente couverture médiatique ! Cet exemple illustre la prise de recul nécessaire à des entreprises qui veulent communiquer de façon efficace et économique.  Pensez d’abord à formuler une « Big Idea » pour ensuite la décliner sur ce marché spécifique.
  • Retravailler ses messages  pour ce marché spécifique. « De par leur histoire et leur culture, les Américains ne reçoivent pas les messages de la même façon », indique Hervé Brunet, CEO de Sticky Ads. Si l’on ne peut pas dresser ici la liste exhaustive des différences de perception, voici néanmoins quelques idées pour adapter sa communication: « Ici, par exemple, il faut décrire le produit de façon très concrète, en soutenant chaque argument par des éléments factuels mesurables », explique Hervé Brunet. Le fact checking est, en effet, une habitude pour les médias mais également pour les journalistes. Afficher ce que votre entreprise apporte concrètement à ses clients est essentiel: il faut toujours chiffrer les gains, les bénéfices ou les économies que permettent votre produit. Un VC habitué à accompagner les start-ups françaises outre-Atlantique précisait : « ici, on est plus terre-à-terre qu’en France, on vend des produits dans ce qu’ils ont de plus matériel, on est loin du concept ».  Toujours sur la forme des messages, il faut être concis et avoir une catchline forte et différenciante.
  • Adopter une vision de long terme. Soignez vos relations avec les médias et envisagez-les sur le long terme. Aux Etats-Unis, il est aisé de contacter les journalistes directement par mail ou sur Twitter et d’engager la conversation. Cela vous permettra de préparer le terrain pour le jour où vous aurez une annonce à faire. Par ailleurs, ne ciblez pas tout de suite les grandes publications. Ici, tout le monde rêve d’un article dans Techcrunch, qui signe la consécration ultime de la jeune entreprise US. Cette idée reçue est à prendre avec des pincettes. Il est bien plus utile, pour multiplier les chances d’obtenir une couverture médiatique, de se constituer un réseau limité de journalistes au sein de multiples publications de moindre ampleur..

Vous l’aurez compris, l’aventure américaine est pleine de surprises. Il faut savoir s’y préparer en amont et apprendre de ses erreurs au fil du temps. Pour conclure, voici un verbatim qualitatif, tiré d’échanges avec des entrepreneurs français installés aux Etats-Unis :

  • Pour obtenir une couverture médiatique à coup sûr, il faut soit être soutenu par un VC connu, soit signer avec un grand client local soit, enfin, recruter une star US dans votre domaine 
  • Les Etats-Unis sont aussi le cimetière de start-ups françaises
  • Avant de se lancer, il faut savoir quelle histoire on veut raconter et si elle fait sens pour des Américains
  • Il n’y a pas de chemin idéal en RP ici mais beaucoup de chemins à éviter à tout prix
  • S’installer aux Etats-Unis, c’est ré-apprendre l’humilité pour un entrepreneur

Anna Casal – @ci_anna

Start-uppers : comment approcher un VC américain ?

Plus de 72 milliards de dollars : tel est, pour 2015, le montant investi outre-Atlantique dans les start-ups. Pour la seule ville de New-York, les fonds de capital innovation ont mis sur la table 7 milliards de dollars –  record historique -, dont 293 millions uniquement en seed-money(rapport AlleyWatch).

Ces chiffres impressionnants constituent aujourd’hui une opportunité unique pour les starts-ups françaises attirées par le Capital Risque US. Aux Etats-Unis, l’investissement moyen d’un fonds est de 1,3 million de dollars pour la seed money, un fantasme pour tout start-upper. D’autant que la liste des heureuses 6683 start-up élues chaque année outre-Atlantique reste très ouverte aux projets étrangers, à condition de savoir à qui s’adresser et de disposer des clés pour le meilleur « pitch » !

Avant tout, il faut pouvoir détecter les nouvelles tendances du secteur du Capital Risque. Si ce dernier, en nombre de fonds impliqués, est en expansion aux Etats-Unis (cf. graphique ci-dessous), attirant notamment des fonds français comme ISAI, les starts-ups intéressées doivent bien prendre en compte une évolution significative de ses contours.

Nombre de nouveaux fonds aux Etats-Unis / an
Source : PitchBook

  • Ciblez les fonds de petite et moyenne taille : selon l’analyse annuelle de Cambridge Associates, on observe un mouvement de  déconcentration des acteurs du domaine du capital risque. Quand, il y a encore quelques années, seuls quelques grands fonds se taillaient la part du lion, émergent aujourd’hui de nouvelles entités, plus petites, plus spécialisées et plus proches de l’opérationnel (« hands-on »), qui tirent leur épingle du jeu. Ces nouveaux fonds adoptent une stratégie de différenciation et poussent loin leurs recherches d’investissements, notamment en early-stage. Entre 2000 et 2015, la part des fonds de moins de 500 millions de dollars représente en moyenne 46% des gains de l’industrie du venture.
  • Ouvrez-vous à de nouveaux horizons: aux Etats-Unis comme en France, les entreprises elles-mêmes n’hésitent plus à investir dans les start-up, souvent pour capter de nouvelles technologies. Dans le sillage de l’open-innovation, de nombreux incubateurs et accélérateurs voient le jour…en drainant des millions. Une étude récente du MIT démontre que la création d’un accélérateur dans une région américaine entraine un accroissement de 104% de la présence de Business Angels et de 1830% du volume investi en dollars par des fonds ou des corporates dans l’aire géographique concernée. Sachez cibler le bon type de fonds -corporate ou non- et une localisation pertinente : il existe de très nombreuses opportunités en dehors de la Silicon Valley.
  • Comment entrer en contact avec le fonds qui vous fera grandir ? Oubliez les bases de données ou les emails envoyés spontanément aux Capital-risqueurs. Aux Etats-Unis, le monde des starts-ups et des fonds est si vaste qu’il faut personnaliser son approche pour se démarquer. Selon Meritage Fund, qui s’est penché sur la question, la meilleure façon d’y arriver est d’être présenté au fonds par votre avocat, votre banquier ou, mieux, par un entrepreneur qui a été financé par votre cible. Pour trouver l’intermédiaire idoine, les réseaux sociaux sont précieux : contactez ces « successful entrepreneurs » via Twitter ou LinkedIn pour leur proposer un RDV et exposer votre stratégie. Il y a quelques années, ils étaient dans votre situation : personne n’est mieux placé qu’eux pour vous comprendre et vous écouter! Dans tous les cas,  briefez toujours en amont votre intermédiaire en lui fournissant un document clair et synthétique comprenant la description de votre activité, de son potentiel développement et les raisons d’y investir.

Une fois intégrées ces évolutions du secteur du Venture Capitalism, à vous de prendre la parole et de « pitcher ». Que recherchent les fonds de capital innovation américains ? Comment communiquer avec un VC ? Internet recèle de nombreux exemples de pitchs réussis (http://bestpitchdecks.com) dont on peut aisément s’inspirer. Or, s’il existe bien entendu une prime à l’originalité, certaines bases sont incontournables pour espérer réussir l’exercice.

  • Personnalisez votre discours : racontez une histoire dans laquelle votre entreprise, son marché cible et l’intervention du fonds ont des rôles clairs et cohérents. Pour ce faire, inspirez vous de l’historique des investissements du fonds à qui vous vous adressez. Mieux, ayez en tête la biographie de votre interlocuteur qui, selon son parcours, sera plus sensible à telle ou telle technologie.
  • Parlez principalement du marché : « We are attracted to hugely disruptive companies », tel est le leitmotiv de Marlon Nichols, investisseur chez Intel Capital, comme celui de la plupart de ses confrères. En d’autres termes, il s’agit d’expliquer en quoi vous proposez une rupture qui va engendrer l’émergence d’un marché alternatif au marché traditionnel. En la matière, Uber reste le modèle absolu du genre. A vous de souligner votre bonne connaissance du marché existant, de quantifier le nouveau marché le plus précisément possible et d’exposer votre business model.
  • Pensez à la théorie des deux M : votre vision du Marché et de ses évolutions tendancielles doit être doublée d’une présentation pertinente du Management de votre projet.Plus la société est jeune, plusle « pitch » s’approche d’un entretien d’embauche : mettez en valeur votre propre parcours professionnel, les projets que vous avez déjà réalisés et la complémentarité des profils au sein de l’équipe dirigeante.
  • Enfin, cultivez votre relation de long terme avec le fonds : envoyez régulièrement de vos nouvelles, partagez vos succès et les différentes étapes du développement de votre société. Meritage Fundsconseille également de proposer au fonds de rencontrer d’autres sociétés du même secteur en portefeuille pour partager et faire évaluer votre technologie ou votre produit.

Le Capital innovation américain s’intéresse de plus en plus aux pépites situées à l’international, qui constituent désormais 50% du total des revenus de ce secteur (étude Cambridge Associates). Les frenchies, dans la mouvance de la Frenchtech notamment, sont aujourd’hui en excellente position, en termes de réputation, pour profiter pleinement de cet intérêt croissant aux Etats-Unis. « The american dream can come true », pour peu que l’on sache s’en donner les moyens !

Anna Casal