La vidéo dans les médias : piège ou planche de salut ?

Chaque minute, 400 heures de vidéos apparaissent sur la plateforme Youtube, soit 210 milliards d’heures par an. Un taux de croissance exponentiel, porté par une demande toujours plus vertigineuse de la part des internautes. Si l’attrait pour l’image en mouvement est bien palpable, quelles sont les implications de cette tendance de fond pour le secteur des médias ?

En décembre dernier, le Huffpost américain, mu par l’essor de la vidéo en ligne, a remplacé les images statiques par des GIF, en guise de produit d’appel pour ses vidéos. Ce changement en apparence anodin a pourtant incité les lecteurs à cliquer plus souvent sur les articles ainsi illustrés : en à peine trois mois, le nombre de vidéos visionnées par des utilisateurs uniques a augmenté de 27%. Mark Zuckerberg, lors de la conférence annuelle des développeurs, en avril dernier, a à son tour assumé la primauté à la vidéo : « [La vidéo] est devenue plus centrale que le texte : l’écran de visionnage doit donc prendre plus de place que l’espace dédié à l’écrit, et ce sur toutes nos applications ». Le corollaire est le lancement de Watch, espace dédié à des programmes vidéo exclusifs. Dans le sillage de cette idée, une nouvelle expression consacrée est apparue dans le secteur des médias, « Pivot to video ». Ce terme marketing, utilisé plus de 14 000 fois cet été sur les réseaux, désigne le passage du texte à l’image en mouvement, de l’écrit à la caméra. Une mode qui est même devenue un motif de plaisanterie, comme l’illustre le tweet de cette journaliste de Skynews, Molly Goodfellow. (« Comment avouer à mon meilleur ami que je souhaite que notre relation pivote vers la vidéo ? »)

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Aux Etats-Unis, le premier journal à avoir pris ce virage fut, l’an dernier, Mashable, qui décida de se séparer d’une partie de ses rédacteurs pour engager des spécialistes de la vidéo. Un mouvement qui fit, en quelques mois, un grand nombre d’émules pour atteindre un pic cet été : MTV News puis Sport Illustrated, Fox Sports, Vocative, Mic et, enfin, Vice, comptent désormais remplacer une partie de leurs « writers ». Objectif affiché : devenir les « leaders du vidéo-journalisme »…. en mettant au placard les journalistes de presse écrite. Au sein des rédactions, certaines voix (voir cet article, par exemple) se sont élevées contre ces pratiques, voyant derrière ce repositionnement une bonne raison de réduire des équipes de rédacteurs jugées trop nombreuses. Ce graphique, qui recense les licenciements liés directement aux nouvelles stratégies orientées vidéo, parle de lui-même.

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SOURCE : Digiday

Mais la stratégie du « Pivot video » constitue-t-elle réellement la planche de salut des médias à la recherche de business models pérennes et de plus en plus dépendants des réseaux sociaux ?

On serait tenté de répondre par l’affirmative car, de fait, certaines histoires font rêver. C’est le cas de « Brut », lancé en France en novembre 2016 par le producteur Renaud Le Van Kim et le co-créateur de Studio Bagel, Guillaume Lacroix. En moins d’un an, ce tout nouveau média dépasse les 100 millions de vues avec ses formats vidéos courtes, diffusées  sur Facebook et autres YouTube, et s’exporte aux Etats-Unis en embauchant sur place une équipe de 15 personnes. Dans la même mouvance, Keli Network s’est donné comme mission de créer une nouvelle génération de médias. L’idée centrale est de créer des médias thématiques 100% vidéo, diffusé exclusivement sur les réseaux sociaux. Pour l’instant quatre marques ont été lancés sur des sujets dont les internautes sont friands : jeux vidéo (Gamology), football (OhMyGoal), beauté (Beauty Studio) et innovation (Genius Club). Selon Michael Philippe, co-fondateur de cette société, cette démarche est au coeur d’une triple révolution : l’explosion du mobile comme support, la consommation sur les réseaux sociaux et l’explosion de la vidéo. Keli Network a d’ores et déjà levé 2 millions d’euros auprès de fonds comme Partech, OneRagTime, de business angels et de Broadway Vidéo Ventures (producteur connu de Jimmy Fallon). « Nous avons saisi l’opportunité dès qu’elle s’est présentée : dès qu’il y a une disruption, les premiers à prendre la place deviennent souvent des leaders. A l’époque du SEO, Aufeminin.com ou Doctissimo.fr avaient pris la balle au vol et n’ont, depuis, jamais perdu leur statut. C’est le même phénomène que l’on observe aujourd’hui avec la vidéo sur les plateformes sociales ». Keli Network a ainsi enregistre 1,9 milliard de vues sur le seul mois d’aout 2017.

A première vue, le marché de la vidéo est bien une vraie poule aux oeufs d’or pour médias et publicitaires : selon eMarketer, l’investissement dans la publicité vidéo a atteint 10 milliards de dollars l’an dernier aux Etats-Unis. Et les projections du même institut sont très favorables : ce marché devrait dépasser les 18 milliards en 2020, au point que les agences de publicité américaines consacrent aujourd’hui plus de la moitié de leur budget à ce type de format.

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Source: eMarketer

A cette croissance s’ajoute une dépendance toujours plus prégnante des médias aux plateformes sociales. Ces dernières, qui ne se cachent plus d’encourager les contenus vidéos en les promouvant sur le fil des internautes, ont une force de frappe telle qu’il s’agit, pour les médias, d’y être plus présents que jamais.

Mais attention : si tous ces indicateurs semblent converger, la réalité est pourtant beaucoup plus nuancée.

D’après ComScore, les médias qui ont « pivoté » à l’été 2017 ont vu leur audience chuter en moyenne de 60% au mois d’août par rapport à août 2016. Ainsi, Mic est-il passé de 17,5 millions de visiteurs à 6,6 millions (août 2016-août 2017) et l’interview exclusive d’Hillary Clinton revenant sur la dernière campagne présidentielle n’a enregistré que 26 000 vues sur Facebook. Comment expliquer un tel naufrage ?

Contrairement aux idées reçues, les jeunes générations sont plus friandes de textes que d’images animées quand il s’agit d’informations, comme le prouve cette étude récente  du Pew Research Center. Les 30-49 ans privilégient la lecture d’articles (40%) au visionnage (39%) tandis que les 18-29 sont lecteurs à 42% (contre 38%). Contrairement à l’hypothèse faite par certains médias, l’augmentation du nombre de vidéos publiées sur internet ne relève pas d’une demande nouvelle visant le secteur des médias, en tous cas pas pour le domaine de l’information pure et dure. L’étude de Reuters Institute, le Digital News Report, corrobore cette idée : « malgré l’exposition croissante aux vidéos d’information, les préférences des internautes ont peu changé ces dernières années. 71% d’entre eux lisent des articles et 14% aiment de façon indifférente le texte ou la vidéo ». Joshua Benson, directeur du Nieman Lab, résume bien la situation : « L’idée juste selon laquelle les gens aiment les vidéos ne signifie pas qu’ils aiment les vidéos d’information ».

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Quels contenus cherchent donc les internautes quand ils regardent des vidéos ? Une étude récente menée par Buzz Summo sur un échantillon de 100 millions de vidéos postées sur Facebook a démontré que les thèmes qui génèrent le plus d’engagement sur les réseaux sont : la cuisine, la mode et les animaux…. la politique arrivant, par exemple, dans la partie basse du classement.

buzsumoA cela s’ajoute, pour les médias faisant le choix de la vidéo, un problème d’équilibre financier profond. D’une part, la monétisation de la vidéo sur les plateformes sociales reste à ce stade très limitée : il ne faut pas oublier que Google et Facebook s’octroient aujourd’hui 99% des revenus publicitaires digitaux (rapport IAB). Il devient difficile pour les médias qui publient sur les réseaux sociaux de savoir ce que rapporte réellement leurs contenus à ces derniers en termes publicitaires… sachant que les statistiques des plateformes sociales restent très opaques pour tout le monde. Facebook dit, par exemple, toucher plus de jeunes Américains qu’il n’en existe réellement ! D’autre part, pivoter vers la vidéo n’est pas sans engendrer des coûts supplémentaires cachés pour les médias : quand on publie un contenu, il faut s’acquitter de sommes conséquentes pour qu’il soit diffusé largement. Certains médias, comme le Chicago Tribune, voient que les articles et vidéos sont de moins en moins regardés sur Facebook alors même que le nombre de followers du journal augmente. La faute à un algorithme particulier et à l’avalanche d’informations qui déferle sur les réseaux. Enfin, les médias doivent aussi investir dans du matériel adéquat et embaucher des spécialistes de la vidéo pour obtenir des produits de qualité… ce qui n’est pas moins onéreux qu’une solide rédaction de journalistes rédacteurs.

Pivoter vers la vidéo semble donc être un doux mirage auquel ont cru beaucoup de médias. Mais n’y a-t-il que des perdants dans cette bataille ? Loin de là : les purs players vidéos tirent aujourd’hui leur épingle du jeu. Démarrant à petite échelle, ils constituent progressivement leurs équipes avec des coûts fixes qui n’augmentent ensuite qu’en fonction de la demande et proposent des contenus qualitatifs pour toucher un public cible bien défini. C’est le cas de Brut, cité en début d’article, mais aussi de Konbini, qui ont bien su trouver leurs créneaux. Ce pur player de la vidéo dit « utiliser le levier de la pop-culture, c’est-à-dire traiter des sujets du quotidien pour susciter la discussion », selon les mots d’un de ses responsables. En publiant deux à trois vidéos par jour, Konbini s’est forgé une connaissance approfondie des 18-34 ans et de leurs attentes en termes d’information. Le groupe ne cherche pas la quantité de vues mais un réel engagement chez ses lecteurs.

Dans ce cadre, ces nouveaux médias s’appuient en général sur un business model simple : ils vendent du brand content sous forme de films aux marques et aux agences de communication pour financer, en parallèle, les vidéos plus « sérieuses » et indépendantes. Comme on le sait, avec Tasty, Buzzfeed a ouvert la voie à un nouveau type de médias qui créé lui-même son pôle publicitaire pour contourner la fuite des revenus publicitaires sur les réseaux sociaux. Aux confins de l’info et du loisir, l’infotainment a donc des ailes qui poussent…. ce qui peut, évidemment, susciter la critique : « Buzzfeed et Vice ont fait du mal à la profession de journaliste en faisant planer le doute sur l’impartialité de l’info et des messages véhiculés dans les vidéos. Il est pourtant aisé d’afficher clairement si le film est sponsorisé ou non. C’est notre choix depuis nos débuts et c’est ce qui fait aussi notre notoriété », explique un professionnel des medias.

« Il est aujourd’hui impossible de créer une boîte de médias qui se passerait des réseaux sociaux car toutes les audiences y sont présentes. Néanmoins, il ne faut pas oublier que ces plateformes ont besoin des éditeurs car elles vivent en partie de nos contenus », explique Michael Philippe. C’est bien sur ce constat que doivent s’appuyer les médias sans pour autant renier leur ADN au risque de s’effondrer. La vidéo peut sauver une partie des médias, ceux qui sont jeunes, agiles et dont le business model reste flexible. Pour les autres, le « pivot to video » n’est pas la meilleure idée qui soit.

Rencontre avec… Edward Roussel, Chief Innovation Officer du groupe Dow Jones

Edward Roussel est Chief Innovation Officer au sein du groupe de médias Dow Jones, un poste à forts enjeux dans une industrie toujours en pleine mutation face aux nouveaux usages. Entretien.

Anna : Qu’est ce qu’un Directeur de l’innovation dans le secteur des médias ?

Edward : Le rôle du Chief Innovation Officer au sein des médias varie d’un groupe à l’autre sa fonction est toujours de regarder vers le futur. Les médias se préoccupent en grande partie de faire vivre leur marque et  leur héritage, que ce soit un héritage papier mais aussi digital -cela fait maintenant 25 ans que le web existe-. Le Chief Innovation Officer, lui, est constamment en train d’adapter le média aux innovations dans le web mais, surtout aujourd’hui, sur le mobile qui bénéficie de l’explosion des applis, sur systèmes Android et IOS. Un nouveau risque est, en effet, apparu pour notre secteur : celui de ne plus faire partie des nouvelles technologies ou d’être dépassé par ces dernières. Dans les médias, l’innovation est un thème transversal crucial : il nous appartient de structurer des solutions pour le futur, de déterminer quels sont les risques majeurs de disruption mais aussi les opportunités technologiques. Par exemple, chez Dow Jones, au moment du développement de la Réalité Virtuelle, nous avons examiné en détail cette innovation et essayé de déterminer si elle était un changement majeur de paradigme pour l’information. Enfin, nous avons travaillé pour l’intégrer en adéquation avec notre marque. Etre un bon CIO, ce n’est pas seulement faire de la veille : il faut également proposer et mettre en oeuvre des solutions très concrètes.

Quelles sont les dernières évolutions connues par les médias ces dernières années ?

A mon avis, il y a eu deux grands changements de paradigme. Tout d’abord, le passage du Print au Digital. Ce dernier représente aujourd’hui plus de 50 % des revenus du groupe Dow Jones. En parallèle, un nouveau business model lié au mobile apparaît, fondé sur les abonnements digitaux et, de moins en moins, sur la publicité. Ces deux évolutions, qui marchent main dans la main nous demandent d’avoir une approche très pragmatique. Pour donner un exemple concret : le Wall Street Journal, qui fait partie de notre groupe, souhaite toucher et fidéliser les jeunes lecteurs, ceux qui sont actuellement au Collège (i.e. premier cycle universitaire). Aux Etats-Unis, ils sont 20 millions dont 4 millions étudiant dans le domaine de l’économie et du business. On développe ainsi des apps qui leur parlent, adaptés à leur génération et à leurs usages. Au WSJ par exemple, je me charge de trouver des accords avec des grandes entreprises technologiques. Mon rôle est de connecter le cœur de notre activité des médias, qui consiste à délivrer de l’information, aux nouvelles technologies. Cette année, l’arrivée du Samsung 8 et l’Iphone 8 vont avoir un impact et je dois nous y préparer.

Vous qui connaissez bien les médias français, quelles différences voyez-vous avec les médias américains en termes d’innovation ?

De mon point de vue, les médias français se concentrent encore trop sur la partie digitale dédiée à la consultation par ordinateur. Or, nous sommes déjà passés dans l’ère d’après : celle du mobile. Les médias français prennent un réel risque de rester derrière en termes d’innovation. Ici, aux Etats-Unis, les médias tentent de répondre à la question centrale en 2017: comment construire une expérience personnalisée et unique sur écran mobile ? On essaye de se focaliser sur le « comment ». L’avantage, c’est qu’ici, on n’a pas peur d’essayer ni de se tromper ou même d’échouer : c’est un terrain vierge qui s’offre à nous et nous devons obligatoirement prendre des risques en innovant.

Un autre frein est la peur française de ne pas avoir de business model préalable. Or, de nos jours, en matière d innovation, c’est en avançant que l’on construit un business model. L’innovation nous entraîne en territoire inconnu, on ne peut prévoir la technologie qui va émerger demain. Et innover n’est pas toujours une grande prise de risque financière : on sait que le marketing pour les nouveaux produits éditoriaux ne coûte pas cher si l’on utilise les réseaux sociaux. Il y a un seulement un investissement de départ puis on procède par test en demandant à l‘utilisateur de se prononcer. Les dirigeants des grands groupes de médias ne demandent plus d’avoir un revenu dès le lancement d’un nouveau format ou d’¡une nouvelle app mais se focalisent sur le retour des utilisateurs pour adapter le produit et offrir une expérience intéressante. Par exemple, au Wall Street journal, nous nous associons avec Google pour innover dans la réalité augmentée. C’est un chantier tout neuf, nous ne savons pas où il nous conduira précisément mais nous tentons l’expérience!

Quels seraient vos conseils aux médias français ?

La France devrait, à mon avis, miser sur la force de ses grandes marques. Des groupes comme Libération, Le Figaro ou Le Monde portent des noms qui ont une résonance forte, historique : il suffirait de les rafraîchir, de les faire vivre et vibrer. Regardez tout ce que l’on observe sur le mobile : le niveau d’innovation est extrêmement élevé. Regardez, par exemple, Instagram : ce groupe a créé quelque chose de simple et néanmoins innovant en misant sur une pratique ancienne, la photographie. Les marques françaises doivent faire levier sur tous ces nouveaux usages permis par le mobile sans oublier leur histoire. Je suis convaincu que l’on peut être fidèle à une marque tout en la faisant évoluer.

Les plateformes, comme Facebook, sont aujourd’hui montrées du doigt car elles profitent des contenus des médias pour vendre des espaces de publicité. S’agit-il d’un problème réel pour vous ?

Je ne dirais pas que ces plateformes posent un problème central : elles sont à la fois un risque et une opportunité pour les médias traditionnels. Même si Facebook et Google ont un monopole sur les revenus publicitaires digitaux, ils conduisent aussi les utilisateurs et de nouvelles audiences sur nos sites. D’ailleurs, les plateformes, en diffusant des fake news, qui sont en soi un problème majeur, représentent une opportunité: les gens reviennent sur les sites d’infos pour avoir une garantie de qualité. Lors du premier trimestre 2017, nous avons gagne 300 000 abonnés digitaux en croissance nette au WSJ. Aujourd’hui, le WSJ se focalise sur les abonnements. Notre objectif principal est d’appréhender le mobile qui est une énorme opportunité pour nous de construire une expérience unique pour le lecteur.

Tendance : les médias se réinventent pour les digital natives

Cet article a été publié dans le numéro 1 de la revue Les Confettis

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« Le mobile est devenu une extension de notre propre corps. » Derrière ce cliché, se cache toutefois une réalité sociologique et, plus largement, une vérité économique. Le secteur des medias est sans doute celui qui, le premier, a su tirer les conséquences de ce nouvel accès à l’information, devenu presque « naturel »…. Découvrons ensemble les nouvelles tendances.

Vous vous sentez désorienté au milieu de la multitude des nouvelles radios, TV, journaux online pointus et ultra spécialisés qui voient le jour au quotidien ? En soi, rien de plus normal: 8200 sites d’information en ligne et 39 000 journalistes cohabitent aujourd’hui sur le seul territoire américain – et presqu’autant en Europe ! A l’autre bout de la chaîne de l’information, notre mobile –ou notre tablette- nous offre l’embarras du choix, tant pour la consultation (sédentaire, nomade, en réalité augmentée ou virtuelle) que pour la forme (texte, audio ou vidéo) … Une offre pléthorique, qui peut générer une certaine tendance à la fainéantise. Selon les statistiques, nous ne passons jamais plus de 4 minutes à découvrir un article ! Tout l’intérêt de cette digitalisation à outrance est de pousser les médias traditionnels à toujours plus de créativité et d’innovation, pour le plus grand bonheur des digital natives.

Ces grands pionniers de l’info…

En 2014, aux Etats-Unis, le journaliste radio Alex Blumberg a pressenti le potentiel du nouvel usage du mobile, immodéré et polymorphe. En lançant son propre groupe de média dédié aux podcasts, Gimletmedia, il a fait d’une pierre deux coups. De l’invention du concept à la levée de 6 millions de dollars, cet entrepreneur a tout enregistré : ses discussions avec son associé, ses pitchs devant les fonds, les interrogations et… les moments de doutes qu’il confie à sa femme ! De ce contenu, il a tiré une série passionnante, éditée en podcasts sous le nom de Start-upUn carton d’audience aux US, qui a entraîné derrière lui toute une génération de journalistes. Aujourd’hui, le podcast se développe en effet à vitesse grand V outre-Atlantique. Sa vocation ? Devenir une source d’inspiration inépuisable, variée et nomade pour l’auditeur. De la popculture (www.thenerdist.com) à l’info économique éclectique (www.freakonomics.com), en passant par la compréhension de tout ce qui nous entoure (www.stuffyoushouldknow.com), le podcast marche sur les platebandes de la radio, au risque, à brève échéance, de lui faire réellement de l’ombre.

Mais l’ambition des médias ne s’arrête pas là. La digitalisation propose un nouveau segment au potentiel inouï : celui de la réalité virtuelle. Porté par le secteur des jeux vidéo, le marché du casque, qui transforme votre smartphone en « porte » vers un autre monde, atteint d’ores et déjà 700 millions de dollars. Certains y voient déjà le vecteur d’un nouveau type de journalisme prometteur, « en immersion ». Déjà, le Wall Street journal propose de se promener sur la courbe du Dow Jones, de voyager virtuellement à l’autre bout du monde pour y rencontrer des réfugiés ou de suivre en direct les JO de Rio cet été. 600 000 abonnés ont déjà téléchargé l’application du grand journal américain consacré à la réalité virtuelle. Le webdocumentaire prend aujourd’hui une importance inédite, au point que certains se demandent si cette tendance ne va pas être une véritable planche de salut pour journalisme et les médias.

 Quand l’information classique se réinvente…

 Néanmoins, la montée en puissance de ces nouveaux modes de consultation n’entame pas la puissance du journalisme écrit, loin de là. L’information brute, type dépêche de presse, étant accessible gratuitement, en temps réel, les médias écrits se doivent d’offrir de nouvelles plus-values. La première stratégie consiste à creuser les sujets et à développer des expertises. Une tendance que les blogs ont explorée au début des années 2010 et qui, aujourd’hui, a donné naissance à des plateformes dédiées aux tribunes et à l’investigation. Pionnier en la matière, le géant Medium, réseau de partage éditorial largement plébiscité aux Etats-Unis, véhicule une profusion d’expertises via de longs éditoriaux ou des textes techniques.

D’autres journalistes proposent, dans un format plus structuré, les newsletters comme antidote à l’infobésité. Ces formats courts, éditorialisés, s’affirment cette année comme la tendance de pointe. Leur objectif ? Sélectionner l’actu selon une ligne éditoriale propre pour offrir une « vision » incarnée et subjective du monde qui nous entoure. On peut ainsi s’abonner à des newsletters « cousues-mains » de grands journalistes américains (Ann Friedman du LA Times http://tinyletter.com/annfriedman ou Jamelle Bouie de Slate http://tinyletter.com/jbouie) ou de stars engagées, dans le sillage de Lena Dunham (http://www.lennyletter.com).

Reste un créneau que les médias écrits et les marques commencent à découvrir : celui de la conversation via des applis. Le succès de Slack, Whatsapp, Facebook Messenger, QQ Mobile ou We Chat inspire. En parallèle de l’émergence de cet univers conversationnel (chat, messageries et push-to-talk), certains groupes de presse imaginent un nouveau type de journalisme qui engage, en live, des conversations entre experts et lecteurs. De grands médias, comme le Wall Street journal ou le Huffington Post s’y sont déjà essayés…. avant l’apparition récente de pure players. Début février, l’appli Quartz a ainsi vu le jour en proposant d’envoyer des informations tout au long de la journée sous forme de courts textes, GIF ou courtes vidéos. La grande nouveauté est d’apporter davantage d’interactivité, en proposant au lecteur d’engager un dialogue et de recevoir plus de précisions sur tel ou tel événement… une appli qui inspire les grands médias désireux de se rapprocher encore du lecteur.

A travers la diversité de ces exemples, on perçoit que nous sommes aujourd’hui à l’aube d’une nouvelle ère de l’information. Plutôt que de déplorer la digitalisation et l’utilisation massive des mobiles ou tablettes, il faut désormais y voir, pour le secteur des médias, une opportunité unique de se réinventer, de créer, d’innover et de proposer au lecteur une nouvelle forme d’accès à la connaissance, toujours plus personnalisée.

Trois conseils des Confettis pour ne pas sombrer dans l’infobésité:

– Constituez votre propre fil d’actu médiatique sur les sujets qui vous passionnent (www.feedly.com)

– Sélectionnez tous les blogs d’experts et d’analyses qui traitent de vos sujets de prédilection (www.medium.com)

– Pour désencombrer votre boîte mail, sélectionnez une newsletter qui, chaque jour, condense l’actualité (http://timetosignoff.fr, http://nextdraft.com ou http://theskimm.com)

Le WIN forum New-York ou comment dépasser les clichés sur les femmes dans l’innovation

Extension new-yorkaise de la Journée de la femme digitale, le Women in Innovation Forum NY a tenu toutes ses promesses, pour sa première édition. L’évènement, conçu et organise par Catherine Barba (@cathbarba) -papesse du web que l’on ne présente plus dans le milieu de la tech- propose une approche très américaine et résolument moderne des problématiques féminines dans l’écosystème des start-ups outre-Atlantique.

Placée sous le signe de l’optimisme et tournée vers le futur, la conférence a réuni cinq panels de femmes de premier plan autour de questions savamment formulées et de thèmes audacieux qui évitent l’écueil des cliches sur les femmes : Quand est-ce qu’une femme créera le prochain Google ? Femmes, prenez place à la table de l’innovation ou encore Devez-vous dire aux investisseurs que vous êtes une femme ? Un public composé de 550 start-uppeurs, investisseurs et aspirants entrepreneurs, assistait à ce débat passionnant.

Débutant par quelques statistiques peu reluisantes sur la place accordée aux femmes dans ce domaine, on apprend néanmoins qu’une évolution -positive- est en cours. Aujourd’hui, seuls 7% des associes dans les 100 premiers fonds de VC sont des femmes, le double d’il y a trois ans. Du côté des entrepreneurs, 18% des start-ups sont fondées par des femmes contre 9% en 2009. De plus, au sein de cet écosystème, on apprend que les femmes ont une moindre propension à faire appel à l’aide des fonds. Les femmes lancent des entreprises avec, en moyenne, 50% d’argent en moins que les hommes. Seul 3,6% des entrepreneuses sont soutenues par des fonds de capital innovation contre 14% des entrepreneurs.

VC is a boys’ club

Pour celles qui envisagent une levée de fonds, les intervenantes, toutes actives dans le domaine de la tech outre-Atlantique, n’ont pas hésité à donner des conseils très pratiques. De fait, le monde des VC est principalement constitue d’hommes qui ont une inclination naturelle à aider des entrepreneurs de leur sexe, même si la tendance évolue positivement selon Techcrunch (voir graphique ci-dessus).

 

Présenter un pitch quand on est une femme est un défi et demande un effort d’adaptation à cet auditoire spécifique. Tout d’abord, il faut se sentir légitime. Les statistiques montrent ainsi que les femmes ont toujours tendance à s’excuser en début de réunion (la présentation ne fonctionne pas, on a deux minutes de retard, on met du temps à s’installer), ce qui nous place en position de faiblesse d’emblée. Il ne faut pas non plus hésiter à aller pitcher seule, ce que les investisseurs apprécient toujours, et à répondre soi-même aux questions des VC, même les plus compliquées, en reconnaissant toujours que ce sont de bonnes questions. Répondre directement et sans détours, aller droit au but. Avoir le cran de conduire la réunion de bout en bout et ne pas paniquer quand les choses ne prennent pas la direction que l’on avait espéré.

De par leur éducation, les femmes ont enfin tendance à vouloir effacer leur personnalité pour ne pas embarrasser leur interlocuteur. Une conception passéiste du comportement attendu des femmes que Kathryn Finney (voir bio ci-dessous) a élégamment balaye du revers de la main. Comme elle le dit si bien : « si vous ne vous mettez pas en avant dans toute votre singularité, la personne qui est en face de vous n’osera pas non plus se dévoiler… ce qui finira par être stérile et inconfortable pour tout le monde ».

On notera que le thème de la solidarité entre femmes est revenu à plusieurs reprises lors de cette journée dans le but de faire évoluer une industrie de Capital Innovation vers plus de diversité.

Comment entreprendre ?

Toutes les role-models présentes à la conférence nous apprennent qu’il ne faut pas confondre arrogance et confiance en soi. S’affirmer et croire en son idée est la clé de la réussite pour convaincre, qu’on soit un homme ou une femme. La présentation de quelques success stories (de videdressing.com à Ruby Receptionnists) par des entrepreneuses en constitue la preuve concrète. Ce qui est frappant, dans l’ensemble de ces parcours, est toujours l’originalité des parcours et le démarrage a toute petite échelle de projets très personnels au départ.

L’auteur Kelly Hoey a su conclure sur une tonalité encourageante pour toutes celles qui envisagent l’aventure entrepreunariale. Parmi ses conseils, on retient particulièrement la formule suivante :

Build your expertise : sachez vous spécialiser et trouver en vous ce qui vous différencie. Cultivez cette expertise pour en faire une force.

Build your network : sachez vous entourer IRL et sur les réseaux sociaux par ceux qui pourront vous aider. L’entreprenariat peut démarrer par des échanges de services et l’écoute de conseils de la part de ceux qui ont réussi.

Build your bank account: l’argent est le nerf de la guerre, il ne faut pas l’oublier.

Bref, comment ne pas avoir envie d’entreprendre face à l’enthousiasme contagieux de Catherine Barba et de ses invites ? Le WIN forum NY a largement réussi son pari, celui de créer une communauté de start-uppeuses prêtes à croquer l’avenir à pleines dents. Et ensemble !

Le top 5 phrases entendues au Win Forum NYC 2016 :

  • « On ne rend service a personne quand on efface sa propre personnalité »
  • « Les femmes, en tant que consommatrices, ont un poids plus important que les hommes dans l’économie. Il faut qu’elles réalisent enfin qu’elles détiennent un vrai pouvoir »
  • « Les filles, ne commencez jamais une réunion en vous excusant »
  • « Tout repose sur l’intention qui est la vôtre, si vous n’insistez pas, les choses n’arriveront pas d’elles même »
  • « Rêvez beaucoup, rêvez en grand mais commencez par créer de petites victoires »

Le top 3 des intervenants à suivre sur Twitter :

Kathryn Finney (@kathrynfinney) : fondatrice de Digitalundivided, elle a reçu de nombreuses récompenses pour son soutien à la diversité dans le monde de la tech aux Etats-Unis. Son fil twitter est une source inépuisable de conseils aux femmes qui souhaitent entreprendre. Elle poste également de nombreuses études et statistiques sur la féminisation (naissante) de l’industrie.

Kelly Hoey (@jkhoey) : Ancienne avocate convertie à la tech, Kelly est aujourd’hui auteur, journaliste, investisseur, pod-casteuse (BroadMic). Ces multiples casquettes et sa longue expérience au sein de l’écosystème américain des start-ups lui permettent aujourd’hui de dispenser de bons conseils aux femmes qui veulent entreprendre. Si vous voulez connaitre tous les secret pour construire un réseau professionnel, il faut attendre la sortie de son prochain livre Build your dream network (prévu pour 2017)… ou la suivre sur Twitter !

Jenny Fielding (@jefielding) : Managing director de Techstars, fonds et accélérateur pour start-ups, Jenny conseille les entrepreneurs et les oriente vers les bons interlocuteurs (conseils, fonds, mentors). Sensible aux projets des femmes, elle poste des articles de fonds et des portraits de start-ups sur son fil. A suivre pour creuser des sujets très divers mais toujours très tech.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le top 10 des VC américains à suivre sur les réseaux sociaux

  • Marc Andreessen (@pmarca) Fondateur de Netscape, créateur de Mosaic, Marc Andreessen utilise les réseaux sociaux comme une extension de la vraie vie. Naviguer sur son fil twitter, c’est purement et simplement entrer dans les méandres de la pensée d’un pro de l’innovation.
  • Mark Suster (@msuster et msuster) Pionnier et leader de la communication sur les réseaux sociaux, Mark Suster déploie des trésors d’inventivité pour promouvoir le monde des entrepreneurs et le milieu de la tech. Un exemple à suivre.
  • Rich Miner (@richminer) Dirigeant de Google Ventures sur la côte Est, Rich Miner est à la pointe de l’information et toujours le premier à tweeter les breaking news. Idéal pour suivre en temps réel la tech outre-Atlantique.
  • Chris Sacca (csacca: VC reconnu de la Sillicon Valley, Chris Sacca fait un usage régulier de Snapchat avec son associé de Lowercase Capital, Matt Mazzeo (mmazzeo). Leur idée? Partager leur aventure quotidienne de VC.
  • Fred Wilson (www.avc.com) Avec un post par jour, le blog de Fred Wilson est riche en informations pour les VC comme pour les entrepreneurs. De vidéos en notes en passant par des comptes rendus de conversations, il fédère une large communauté.
  • Shervin Pishevar (@shervin) Un des premiers investisseurs de Uber ou Airbandb, superstar outre-Atlantique, il nous renseigne sur l’industrie des start-ups et du capital innovation. Plutôt que nous assommer de conseils en tous genres, il choisit approche transverse pour aborder l’innovation.
  • David Biesel (GenuineVC) Investisseur chez Nextview, le blog de David aborde des sujets très concrets qui permettent aux entrepreneurs de réussir. Une mine de conseils pratiques.
  • Paul Flanagan (@pcflanagan) Fondateur de Sigma Prime Ventures et VC depuis vingt ans, son approche est très financière et technique. Spécialiste de la modélisation financière, il renvoie souvent sur le blog du fonds qui recèle une mine d’infos pour les start-uppers.
  • Christine Herron (@christine) En suivant Christine, investisseur chez Intel Capital, vous rentrerez dans le quotidien d’un investisseur. Son approche, personnelle (elle y mêle vie perso et pro) et rafraîchissante, rend cette industrie humaine, voire joyeuse. Parfois.

Etats-Unis : quand les VC réinventent leur communication

Nourris à l’innovation et à la créativité des jeunes pousses qu’ils soutiennent, les fonds de capital innovation américains multiplient les façons de communiquer et usent de canaux inédits pour toucher leur audience. Dans un milieu où la compétition est féroce et les acteurs de plus en plus nombreux et puissants – 12,1 milliards investis dans des start-ups au seul premier trimestre 2016-, les Venture Capitalists n’hésitent plus à se réinventer pour se faire connaître et, surtout, pour faire vivre leur écosystème.

Twitter, l’incontournable

Dans cette bataille, Twitter est, sans surprise, le réseau privilégié des Business Angels et des VC.
A l’image de Jason Calacanis (@jason) avec 266.000 abonnés et pionnier en la matière, ces influenceurs d’un nouveau genre ne se contentent pas de promouvoir leurs investissements : ils distillent des conseils et des encouragements à destination des jeunes entrepreneurs. Sur Twitter, les investisseurs dévoilent souvent les dernières avancées en matière de technologie et, par dessus tout, leurs applications pratiques, souvent plus parlantes. Plus que telle ou telle start-up, ils aiment à souligner l’émergence d’une tendance de fond en laquelle ils croient… et/ou dans laquelle ils souhaiteraient investir. La méthode consiste principalement à retweeter des vidéos ou des articles d’experts.
Parmi ces twittos influenceurs venus du monde du Capital Innovation, on remarque notamment le travail de Mark Andreessen (voir notre top ci-dessous), fondateur de Netscape devenu VC en Californie. Avec plus de vingt tweets par jour, il a inventé avec son fonds a16z le concept de tweetstorm dédié à son industrie. En une dizaine (parfois plus) de tweets bien calibrés, il développe un argumentaire sur une sujet pointu. De la mort du PC au Cycle de l’innovation, les sujets évoqués font réagir toute la communauté du Capital Innovation outre-Atlantique. On retrouve sur le site du fonds la compilation de tous ses messages.

Snapchat, Periscope et podcasts : les nouvelles tendances

D’autres VC vont beaucoup, beaucoup plus loin pour faire vivre l’écosystème de l’innovation. Lier le fond et la forme est le leitmotiv de Mark Suster, LE VC américain qui communique le plus. A côté d’un fil Twitter qui rassemble plus de 246.000 abonnés, ce quadra est devenu le pape de Snapchat. Dans un récent article, le sérial entrepreneur devenu investisseur chez Upfront Venture va même jusqu’à expliquer comment et pourquoi cette plateforme peut être utile dans le secteur du Capital Innovation. Ses deux arguments ? Il ne faut pas se plaindre de ne pas être entendu par la communauté des 20-30 ans quand on ne s’adresse pas directement à elle. Par ailleurs, si on s’intéresse à la tech et à ses consommateurs, il n’y a pas de meilleur réseau. Sur son compte Snapchat, Mark Suster s’amuse à lancer régulièrement des « Snapstorms », séries de petites vidéos dans lesquelles il creuse un sujet, comme dernièrement celui des applis mobiles, et qui sont accessible pendant un temps limité. Chaque vidéo est courte, simple et facilement assimilable par l’internaute. En parallèle, le réseau social Periscope tire lui aussi son épingle du jeu en diffusant en live les grandes conférences ou démos technologiques. Toutefois, les VC se contentent de l’utiliser comme un complément de Twitter uniquement.

Mais l’autre grande nouveauté dans la communication des VC aux Etats-Unis est l’utilisation grandissante des podcasts. En 2014, le journaliste radio Alex Blumberg a souhaité lancer son propre groupe de média dédié aux podcasts. De l’invention du concept à la levée de 6 millions de dollars, cet entrepreneur a tout enregistré : ses discussions avec son associé, ses pitch devant les fonds, les interrogations et les moments de doutes quand il se confie à sa femme… mais également les discussions des investisseurs entre eux. De tous ces éléments, il a tiré une série sous forme de podcasts sous le nom de Start-upLe programme, qui en est aujourd’hui à sa troisième saison, est un carton d’audience, une référence dans le monde du Capital Innovation… et a inspiré un grand nombre de VC.  C’est ainsi que le fonds a16z, par exemple, a fondé sa propre série sous format audio (voir ici) pour aborder les dernières tendances de la tech, discuter du métier d’investisseur et évoquer les conseils utiles aux entrepreneurs. Le programme de podcast The Twenty Minute VC donne aussi la parole au monde du Capital Innovation sous forme d’interviews en évoquant leurs critères, leurs carrières et leurs problématiques financières.

Du fond, rien que du fond

Comme dans toutes les industries, il y a les faiseurs, les hâbleurs et ceux qui travaillent vraiment sur le fond. Une stratégie de communication ne va pas sans une étude approfondie des sujets. A ce titre, le géant Medium, réseau de partage éditorial, est largement plébiscité par les VC outre-Atlantique. Ces derniers y abordent en profondeur leur expertise via de longs éditoriaux ou textes techniques. Souvent de façon thématique, ils aiment y dévoiler leur savoir, quitte à tweeter un lien vers leur article. D’autres poursuivent l’écriture de leur blog, comme un véritable travail d’investigation qui dure souvent depuis des années. Voici quelques exemples intéressants : Mark Suster (toujours lui !), Tom Tunguz du fonds  Redpoint, Fred Wilson, légende vivante pour les start-uppeurs américains ou encore Andrew Chen.

Revenir à l’essentiel, c’est aussi ce que tentent de faire les fonds autour de dîners thématiques afin d’échanger IRL leur savoir avec une audience sélectionnée. A New-York, on ne compte plus le nombre d’événements de ce type qui réunissent investisseurs, start-uppeurs, journalistes et chercheurs. Un VC me confiait dernièrement : « nous ne voulons pas attendre que les médias s’emparent d’un sujet pour promouvoir nos expertises. Organiser un dîner ne coûte pas cher, c’est enrichissant pour tous les participants et cela fait découvrir une technologie ou une tendance de pointe à un public varié et hétérogène. Ce genre d’événement nous permet d’agir de façon proactive et de guider la curiosité du public ».

Finalement, c’est peut-être là que se cache le secret d’une communication réussie pour un VC : que ce soit par des moyens traditionnels, les réseaux sociaux ou des rencontres, il s’agit prendre le lead sur les sujets d’actualité et les imposer sur la place publique.

Qui est mieux placé qu’un fonds de capital innovation pour savoir ce qui est disruptif, connaître les tendances de demain et les nouvelles technologies ? Faire de son métier, de son savoir et de son positionnement naturel une force dans sa communication est certainement la clé.
Pour terminer, je remercie @Paul Strachman, investisseur chez ISAI (@ISAI_fr) qui connaît le milieu des VC américains comme sa poche et a su me guider dans cette recherche des nouvelles tendances !

Qu’est ce que le Twitterstorm?

Phénomène propre au réseau social Twitter, un twitterstorm s’amorce lorsqu’un individu publie une information inédite ou controversée suivie d’un hashtag créé ad-hoc. Le sujet est alors repris et référencé de la même façon par les twittos. Quand le phénomène prend de l’ampleur et provoque une vague d’intérêt, le sujet apparaît dans les « Twitter trendings » ou Tendances (vous savez, en haut à gauche de l’écran).

Certains se sont même amusés à créer des catégories de twitterstorm. C’est le cas de Precise, une agence anglaise.

  • Le twitterstorm parfait: Commence sur Twitter, est repris dans les médias traditionnels et atteint ainsi une audience très large, au-delà du réseau social.
  • Le “Storm in a cup”: le sujet génère peu d’intérêt sur le réseau social mais est tout de même repris dans la presse. Un phénomène qui intervient quand les médias cherchent à anticiper une tendance avant son apparition véritable.
  • Le “Twitter-only storm”: c’est le buzz qui commence et s’achève sur Twitter sans jamais en sortir et qui touche un groupe spécifique d’internautes.

Politique américaine et média sociaux : 140 caractères suffisent-il à gagner une élection ?

Si Barack Obama avait ouvert la voie en 2008, puis en 2012, avec des campagnes très novatrices sur internet, jamais, par le passé, des candidats à une élection présidentielle n’ont fait un usage aussi intensif des réseaux sociaux. Cet engagement sur Twitter, Facebook, Snapchat, Intagram et consorts suffit-il à gagner, sinon une élection, du moins de nouvelles voix ? Rien n’est moins sûr. Par ailleurs, quelles leçons les marques peuvent-elles tirer de cette course digitale à la Maison Blanche ?

Un nouveau vecteur de communication incontournable
Les réseaux sociaux constituent un outil puissant, qui rivalise désormais avec les vecteurs de communication traditionnels comme les meetings, les émissions de télévision ou les conférences de presse. Leur avantage ? Celui de pouvoir adresser un message personnalisé à tous, de façon directe et instantanée. Les candidats américains à la Maison Blanche ont saisi cette opportunité de communication et se sont tous lancés dans une course effrénée au follower. A tel point que les chiffres en deviennent vertigineux, chez les démocrates comme chez les républicains, et ce, sur l’ensemble des réseaux sociaux.  A titre d’exemple, Hillary Clinton et Donald Trump, les deux candidats les plus « digitaux » de cette élection, comptabilisent à eux seuls plus de 14 millions de followers sur les réseaux sociaux, l’équivalent de la population des Pays-Bas. De nombreux médias ont compilé les chiffres, comme CNBC ou intermarkets.net ci-dessous :

Des stratégies adaptées à chaque type de campagne
Toutefois, si on les examine dans le détail, les stratégies des candidats sur les réseaux sociaux sont bien différenciées. Tout d’abord, les politiques ne privilégient pas tous les mêmes plateformes. Certes, Twitter reste un moyen incontournable, pour toucher la Génération Y notamment. Mais certains ont décidé d’élargir le spectre. C’est le cas, par exemple d’Hillary Clinton, qui possède depuis près d’un an et demi un compte Snapchat, le réseau des 18-25 ans, ou de Jeb Bush, qui a annoncé sa candidature sur ce même réseau, ce qui fut une première historique. De son côté, Bernie Sanders, la coqueluche des jeunes américains, a vu grandir de nouvelles communautés sur Instagram baptisées #babesforbernie et #feelthebern. A noter : ces deux hashtags ont été créés de toutes pièces par les internautes eux-mêmes, sont devenus viraux en quelques jours et persistent depuis des mois. Le dernier a été utilisé près de 500 000 fois sur Instagram !

Une différentiation qui explique en grande partie les disparités d’engagement sur chacune des plateformes. Comme le montre le tableau suivant, qui s’efforce de noter la notoriété positive plutôt que le nombre absolu de followers, chaque candidat a su trouver une résonance sur un réseau social spécifique et ainsi créer son audience.

Source : Engagementlabs

Mais ce n’est pas tout : le type de contenu des messages lui-même diffère d’un candidat à l’autre. En y prêtant attention, les posts d’Hillary Clinton sont assez impersonnels et peuvent parfois manquer de spontanéité, donnant alors l’impression d’avoir été rédigés à l’avance dans le cadre d’une stratégie de campagne prédéfinie. Cet usage des réseaux sociaux lui est notamment reproché par les critiques qui soulignent le caractère « froid » et « éloigné de la population » de sa personnalité. Hillary Clinton tente toutefois régulièrement de s’adapter, notamment lorsqu’elle communique en espagnol pour toucher les communautés latinos. D’autres, comme Bernie Sanders, rebondissent souvent sur des polémiques ou sujets chauds abordés par les médias. Enfin, Donald Trump n’hésite pas à accroître encore sa visibilité médiatique via des tweets très subversifs, voire agressifs. Ses posts sont alors très souvent repris dans la presse américaine et internationale. Certains médias, comme le New York Times, s’amusent déjà cartographier les gens, lieux et sociétés qu’il a déjà insultés sur Twitter.

Voilà un extrait des critiques adressées à Barack Obama via Twitter :
“Weak & ineffective”“all talk & no action”“terrible”“I did much better on 60 Minutes last week than President Obama did tonight”“he is just so bad!”“has a horrible attitude”“Is our president insane?”“spends so much time speaking of the so-called Carbon footprint, and yet he flies all the way to Hawaii on a massive old 747”“perhaps the worst president in U.S. history!”“hollowing out our military” ; “incompetent leader”.

Il est enfin très significatif de noter que les candidats intéragissent rarement entre eux via les réseaux sociaux. Si Donald Trump a, par exemple, dernièrement interpelé Fox News ou le Pape via des messages sur Facebook, il twitte rarement pour obtenir une réponse de la part des principaux intéressés. Du côté des démocrates, Hillary Clinton et Bernie Sanders se répondent rarement de façon frontale mais se permettent d’évoquer les mêmes sujets, exposant chacun leur point de vue en parallèle.

Un exemple ici :

Les limites des réseaux sociaux : une audience limitée et un risque réel de dérapage 
Mais faire une campagne en 140 caractères sans sombrer dans le communautarisme, le manichéisme ou la caricature relève du défi.  Tout d’abord, il ne faut pas oublier que l’audience des réseaux sociaux reste limitée à un type de population. Les plus de 55 ans, nombreux aux Etats-Unis, constituent une population très difficile à toucher sur ces plateformes, comme le montre ci-dessous le graphique sur la démographie actuelle des utilisateurs des réseaux sociaux :

Source : Business Insider

Par ailleurs, on sait qu’internet exige des messages courts et forts pour interpeler les audiences quizappent rapidement d’un sujet à l’autre. Le mot d’ordre est donc de frapper juste et au bon moment. Un exercice périlleux qui a conduit à de nombreux dérapages. Un des derniers en date : un tweet de Jeb Bush, quelque jours à peine avant son éviction de la course à la Maison Blanche, avec une arme à feu gravée « Government Jeb Bush » et accompagné de la légende « America » a fait bondir les internautes.

Pendant cette course 2016 à la Maison Blanche, rares sont les politiques américains qui, à vouloir trop « forcer le trait » ne s’en sont pas mordus les doigts, comme l’explique la spécialiste des médias Nicole Larrauri. C’est le cas d’Hillary Clinton qui a essuyé une vague de critiques après avoir lancé un sondage sur Twitter sur un ton trop « jeune » au goût des internautes.

Un manque d’authenticité a également été reproché à Marco Rubio pour son Tweet sur le dernier film de rap Straight Outta Compton, faisant éclore un nombre incalculable de trolls.

Enfin, sur les réseaux sociaux, être suivi ou cité, ne signifie pas être apprécié. Voici, par exemple, un nuage des mots-clés associés le plus souvent à Donald Trump, candidat qui domine la campagne sur Internet, au sein de l’ensemble des réseaux sociaux :

Quelles sont les leçons les marques peuvent-elles tirer ?

Inscrire une campagne sur les réseaux sociaux c’est donc aussi la possibilité de se décrédibiliser à moyen terme… Le jeu en vaut-il réellement la chandelle ? La corrélation entre usage des réseaux sociaux et gains de nouveaux électeurs est un sujet qui passionne. Plus d’un millier d’études a été répertorié à ce jour. Dans le rapport « Social media use and participation: a meta-analysis of current research », deux statisticiens ont analysé 36 enquêtes pour en conclure qu’il n’y avait pas de corrélation entre la prise de parole sur les réseaux sociaux et l’engagement citoyen. Les messages à caractère politique tendent à encourager la participation pour les élections mais le font au même titre que les moyens traditionnels comme les pétitions, les appels au vote ou les manifestations. De plus, à ce jour, aucune étude n’a pu prouver que les médias sociaux pouvaient modifier la préférence d’un électeur pour tel ou tel candidat. Twitter, Facebook, Snapchat ou Instagram permettraient donc d’exister, de mobiliser une base électorale mais ne serviraient pas à s’en constituer une.

On peut considérer cette campagne présidentielle comme un essai de stratégie de marque à grande échelle. Cette expérience prouve, en premier lieu, que les internautes sont à la recherche d’une certaine authenticité de la part de ceux qui prennent la parole sur les réseaux sociaux. Avoir un contact direct et personnalisé avec les candidats, comme avec les marques, est un gage de réussite. Mais cette exposition au public est aussi un exercice risqué et difficile qui peut faire perdre autant qu’il peut faire gagner. Avant tout, ces réseaux permettent de consolider une communauté préexistante, de mettre en relations des électeurs, ou des consommateurs, géographiquement éloignés. Concevoir une stratégie de communication sur les réseaux sociaux est nécessaire mais loin d’être suffisant… les candidats malheureux à cette élection, quel que soit leur nombre de followers l’ont déjà compris.

Anna Casal – @ci_casal

La journée de la femme aux Etats-Unis est–elle un non-évènement ?

Selon toute apparence, la journée internationale de la femme est un jour presque comme un autre aux Etats-Unis. Peu de manifestations, voire aucune, n’ont lieu le 8 mars pour inciter à l’égalité des sexes.

Un paradoxe, pourtant, quand on sait que ce pays n’est arrivé que 28ème, perdant ainsi 8 places en un an,  dans le classement des pays les plus égalitaires, publié par le Forum Economique Mondial en 2015. Quant au rapport publié chaque année par le Women’s Policy Research(IWPR), il n’est guère plus glorieux : en 2015, pour un dollar gagné par un homme, une femme gagne 78 cents aux Etats-Unis et 74 cents dans les foyers qui incluent un enfant mineur.

L’institut rapporte ainsi qu’au rythme actuel de la progression des salaires, il faudra attendre 2058 pour que les femmes gagnent autant que les hommes, et ce à qualification et travail égaux. Selon ses calculs, l’égalité des salaires hommes-femmes aux Etats-Unis réduirait de moitié la pauvreté au niveau national.

Ces inégalités divergent toutefois au sein même du territoire américain, note l’institut. Ainsi, dans les états du sud, au sein des classes sociales les plus pauvres, l’écart de salaire homme-femme est plus important chez les plus de 50 ans et chez les travailleurs les moins qualifiés. Autre fait étonnant d’un point de vue d’Européen: les Américaines ne bénéficient pas de droit de congé maternité rémunéré, même si certaines grandes entreprises comme Google ou Facebook commencent à leur accorder quelques semaines de congés payés à l’occasion de la naissance d’un enfant.

Il y a pourtant quelques nuances à apporter : malgré cet état de fait, la majorité des Américains admettent aujourd’hui que les entreprises dirigées par les femmes sont plus profitables que celles dirigées par des hommes.

De plus, en termes d’éducation, le fameux « gender gap » est de plus en plus réduit aux Etats-Unis. On apprend ainsi dans le rapport de Women’s Policy Research qu’il y a plus de femmes que d’hommes diplômées du « College » (équivalent des études post-bac) au sein de la génération Y.

Or, aux Etats-Unis, plus que partout ailleurs, il existe de grandes figures féminines médiatisées qui sont devenues de véritables sources d’inspirations pour les femmes américaines : de Melinda Gates en passant par Hillary Clinton ou Mary Barra, elles encouragent les jeunes générations à avoir des ambitions équivalentes à celles des hommes. Certaines pointures du monde de l’entreprise, comme Sheryl Sandberg, numéro deux de Facebook, ont même choisi de devenir des porte-drapeaux de la cause. Avec le lancement de son mouvement Lean In, Sheryl interroge les réflexes qui nous ont été inculqués ou transmis et jouent en faveur des hommes dans le monde professionnel. Par exemple, elle note dans son livre éponyme (« En avant toutes » pour la traduction française) que les femmes ont tendance à s’excuser beaucoup plus que les hommes dans le domaine professionnel, se mettant ainsi en position d’infériorité. Mieux, Lean In dédie une partie de son site aux hommes sous le hashtag #leanintogether, en tentant notamment de sensibiliser les pères de famille.

C’est avant tout à travers ce genre d’initiatives, toujours menées par de grandes figures féminines, que se livre un combat pour la reconnaissance des femmes outre-Atlantique.  L’approche de Sheryl a ceci de typiquement américain qu’elle est créative, globale et passe par des vecteurs de communication complémentaires (site internet, fils sur les réseaux sociaux, création de communautés dans les grandes villes, diffusion de vidéos…). Cette approche très « marketée » du combat des femmes est avant tout une approche de long terme dont le point de départ est la société civile. Elle est américaine par excellence.

Pas de journée de la femme aux Etats-Unis, donc : cela signifie-t-il que l’on ne se soucie pas du « deuxième sexe » ? Bien au contraire, sur le territoire américain, le combat féministe est un combat de fond avant tout. Lorsque j’ai posé la question à des femmes américaines actives, elles m’ont unanimement répondu : dire qu’il y a un jour pour les femmes, signifie que le reste de l’année serait dédié aux hommes. L’une d’entre elles m’a rappelé, en ce sens, que le combat contre les discriminations de toutes sortes –race, sexe, orientation sexuelle, genre- était le principal combat d’une société américaine qui continue de croire en son rêve fondateur : celui d’un melting-pot où chacun est libre et accepté tel qu’il est.