Tendance : les médias se réinventent pour les digital natives

Cet article a été publié dans le numéro 1 de la revue Les Confettis

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« Le mobile est devenu une extension de notre propre corps. » Derrière ce cliché, se cache toutefois une réalité sociologique et, plus largement, une vérité économique. Le secteur des medias est sans doute celui qui, le premier, a su tirer les conséquences de ce nouvel accès à l’information, devenu presque « naturel »…. Découvrons ensemble les nouvelles tendances.

Vous vous sentez désorienté au milieu de la multitude des nouvelles radios, TV, journaux online pointus et ultra spécialisés qui voient le jour au quotidien ? En soi, rien de plus normal: 8200 sites d’information en ligne et 39 000 journalistes cohabitent aujourd’hui sur le seul territoire américain – et presqu’autant en Europe ! A l’autre bout de la chaîne de l’information, notre mobile –ou notre tablette- nous offre l’embarras du choix, tant pour la consultation (sédentaire, nomade, en réalité augmentée ou virtuelle) que pour la forme (texte, audio ou vidéo) … Une offre pléthorique, qui peut générer une certaine tendance à la fainéantise. Selon les statistiques, nous ne passons jamais plus de 4 minutes à découvrir un article ! Tout l’intérêt de cette digitalisation à outrance est de pousser les médias traditionnels à toujours plus de créativité et d’innovation, pour le plus grand bonheur des digital natives.

Ces grands pionniers de l’info…

En 2014, aux Etats-Unis, le journaliste radio Alex Blumberg a pressenti le potentiel du nouvel usage du mobile, immodéré et polymorphe. En lançant son propre groupe de média dédié aux podcasts, Gimletmedia, il a fait d’une pierre deux coups. De l’invention du concept à la levée de 6 millions de dollars, cet entrepreneur a tout enregistré : ses discussions avec son associé, ses pitchs devant les fonds, les interrogations et… les moments de doutes qu’il confie à sa femme ! De ce contenu, il a tiré une série passionnante, éditée en podcasts sous le nom de Start-upUn carton d’audience aux US, qui a entraîné derrière lui toute une génération de journalistes. Aujourd’hui, le podcast se développe en effet à vitesse grand V outre-Atlantique. Sa vocation ? Devenir une source d’inspiration inépuisable, variée et nomade pour l’auditeur. De la popculture (www.thenerdist.com) à l’info économique éclectique (www.freakonomics.com), en passant par la compréhension de tout ce qui nous entoure (www.stuffyoushouldknow.com), le podcast marche sur les platebandes de la radio, au risque, à brève échéance, de lui faire réellement de l’ombre.

Mais l’ambition des médias ne s’arrête pas là. La digitalisation propose un nouveau segment au potentiel inouï : celui de la réalité virtuelle. Porté par le secteur des jeux vidéo, le marché du casque, qui transforme votre smartphone en « porte » vers un autre monde, atteint d’ores et déjà 700 millions de dollars. Certains y voient déjà le vecteur d’un nouveau type de journalisme prometteur, « en immersion ». Déjà, le Wall Street journal propose de se promener sur la courbe du Dow Jones, de voyager virtuellement à l’autre bout du monde pour y rencontrer des réfugiés ou de suivre en direct les JO de Rio cet été. 600 000 abonnés ont déjà téléchargé l’application du grand journal américain consacré à la réalité virtuelle. Le webdocumentaire prend aujourd’hui une importance inédite, au point que certains se demandent si cette tendance ne va pas être une véritable planche de salut pour journalisme et les médias.

 Quand l’information classique se réinvente…

 Néanmoins, la montée en puissance de ces nouveaux modes de consultation n’entame pas la puissance du journalisme écrit, loin de là. L’information brute, type dépêche de presse, étant accessible gratuitement, en temps réel, les médias écrits se doivent d’offrir de nouvelles plus-values. La première stratégie consiste à creuser les sujets et à développer des expertises. Une tendance que les blogs ont explorée au début des années 2010 et qui, aujourd’hui, a donné naissance à des plateformes dédiées aux tribunes et à l’investigation. Pionnier en la matière, le géant Medium, réseau de partage éditorial largement plébiscité aux Etats-Unis, véhicule une profusion d’expertises via de longs éditoriaux ou des textes techniques.

D’autres journalistes proposent, dans un format plus structuré, les newsletters comme antidote à l’infobésité. Ces formats courts, éditorialisés, s’affirment cette année comme la tendance de pointe. Leur objectif ? Sélectionner l’actu selon une ligne éditoriale propre pour offrir une « vision » incarnée et subjective du monde qui nous entoure. On peut ainsi s’abonner à des newsletters « cousues-mains » de grands journalistes américains (Ann Friedman du LA Times http://tinyletter.com/annfriedman ou Jamelle Bouie de Slate http://tinyletter.com/jbouie) ou de stars engagées, dans le sillage de Lena Dunham (http://www.lennyletter.com).

Reste un créneau que les médias écrits et les marques commencent à découvrir : celui de la conversation via des applis. Le succès de Slack, Whatsapp, Facebook Messenger, QQ Mobile ou We Chat inspire. En parallèle de l’émergence de cet univers conversationnel (chat, messageries et push-to-talk), certains groupes de presse imaginent un nouveau type de journalisme qui engage, en live, des conversations entre experts et lecteurs. De grands médias, comme le Wall Street journal ou le Huffington Post s’y sont déjà essayés…. avant l’apparition récente de pure players. Début février, l’appli Quartz a ainsi vu le jour en proposant d’envoyer des informations tout au long de la journée sous forme de courts textes, GIF ou courtes vidéos. La grande nouveauté est d’apporter davantage d’interactivité, en proposant au lecteur d’engager un dialogue et de recevoir plus de précisions sur tel ou tel événement… une appli qui inspire les grands médias désireux de se rapprocher encore du lecteur.

A travers la diversité de ces exemples, on perçoit que nous sommes aujourd’hui à l’aube d’une nouvelle ère de l’information. Plutôt que de déplorer la digitalisation et l’utilisation massive des mobiles ou tablettes, il faut désormais y voir, pour le secteur des médias, une opportunité unique de se réinventer, de créer, d’innover et de proposer au lecteur une nouvelle forme d’accès à la connaissance, toujours plus personnalisée.

Trois conseils des Confettis pour ne pas sombrer dans l’infobésité:

– Constituez votre propre fil d’actu médiatique sur les sujets qui vous passionnent (www.feedly.com)

– Sélectionnez tous les blogs d’experts et d’analyses qui traitent de vos sujets de prédilection (www.medium.com)

– Pour désencombrer votre boîte mail, sélectionnez une newsletter qui, chaque jour, condense l’actualité (http://timetosignoff.fr, http://nextdraft.com ou http://theskimm.com)

Stratégies de communication politique: le débat Clinton Trump riche d’enseignements

C’est avec une grande attention que les Américains ont regardé le débat télévisé opposant Hillary Clinton et Donald Trump, les deux candidats en lice pour la Maison Blanche. A moins de deux mois de l’élection, on parle, dans New-York, d’un duel qui dictera, pour les prochaines années, le cours de l’histoire américaine,  mondiale peut-être. Les Américains ne sont pas les seuls à s’y intéresser de près : tous les étrangers vivant aux Etats-Unis se sentent concernés par une campagne qui s’interroge sur l’immigration et le mythe d’une Amérique – terre d’accueil.

Certes, on attendait des coups bas dans cette campagne, la plus éprouvante de toute l’histoire. Mais, au fond, personne ne savait vraiment quelle tournure prendrait cette discussion entre la première femme candidate à la présidence souvent taxée de technocrate et un magnat de l’immobilier très médiatique qui, de fait, n’a aucune expérience dans le domaine politique. Enfin, grande nouveauté en 2016, le débat était accessible en direct gratuitement dans le monde entier via les médias, les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête.

En professionnel de la communication et des médias, le candidat républicain, porté par des sondages de plus en plus favorables lors des dernières semaines, a fait monter la pression d’un cran à quelques heures du débat. Habilement, il a laissé se répandre la rumeur qu’il allait inviter au débat la maîtresse présumée de Bill Clinton, Gennifer Flowers, avant de se raviser un jour avant le duel. Une façon de déstabiliser la préparation de la candidate démocrate qui s’est consacrée à cette éventualité pendant plusieurs heures. Quelques minutes avant le débat, l’équipe Trump a lancé un filtre Snapchat “Donald J. Trump vs. Crooked Hillary” pour décrédibiliser la candidate tandis que l’équipe d’Hillary bombardait les réseaux sociaux de messages et vidéos anti-Trump.

Fact checks en temps réel 

Plus largement, à l’heure du live et du streaming, les médias sont confrontés à un défi de taille : il faut aujourd’hui pouvoir décrypter la campagne et les arguments des uns et des autres et ce en temps réel, à la seconde près. Le NY Times, comme d’autres, a ainsi crée une cellule de fact-checkers, chacun spécialiste d’un domaine, pour rétablir la vérité et vérifier les informations. En direct, les discours sont confrontés à des preuves tangibles sur cet espace dédié. Précisément, une grande partie de la soirée a été consacrée notamment au soutien de Trump à la guerre en Irak, un fait que le candidat nie en bloc.

Si, dans un premier temps, Trump a largement mené la danse en imposant ses thèmes de campagne (dont notamment celui des traités commerciaux), Clinton a repris le dessus progressivement, sortant doucement de sa position de bonne élève appliquée qui lui vaut bon nombre de critiques. Sur les réseaux sociaux, un débat parallèle avait lieu. L’équipe de campagne démocrate suivait le duel et publiait en temps réel des documents, vidéos, voire photos pour soutenir le discours d’Hillary. Ainsi, quand elle est revenue sur ses origines, une photo de son père est apparue sur Twitter en quelques secondes à peine.

Cette réactivité du staff de campagne soulignait néanmoins le manque de spontanéité de la candidate dont les réponses semblaient toutes avoir été rédigées et…. corrélées à des tweets qui semblaient programmés en amont. Autre nouveauté : Clinton a invité, en direct, les téléspectateurs à visiter son site dédié au fact-checking. Du côté de Clinton, la nouveauté consistait ainsi à créer un mouvement global sur les différentes plateformes (TV, web, réseaux sociaux) allant dans une même direction. Un débat riche en termes de stratégies de communication multicanal et qui pourrait bien inspirer la présidentielle en France. Le seul regret que l’on peut avoir : certains sujets ont été seulement survolés, d’autres complètement éludés, comme celui de l’immigration ou de la santé.

Pour terminer, voici quelques comptes Twitter à suivre pour voir de près la campagne présidentielle américaine :
Matt Viser ‪@mviser : journaliste informé du Boston Globe, il réagit souvent à chaud et détient souvent des scoops
Laurence Haim @lauhaim : LA journaliste française la plus renseignée sur la politique américaine. Elle alterne Tweets sérieux et notes d’humour (avec des photos récurrentes des chaussures de l’attachée de presse de Trump)
Marc Suster @msuster : VC américain passionné par la politique et friand de débat
Dan Diamond @ddiamond : journaliste politique à Politico qui fait une véritable veille sur les réseaux sociaux

Rencontre avec un pro des médias…. Julian Sancton du magazine Departures

Journaliste depuis plus de 10 ans pour les publications américaines les plus prestigieuses, Julian Sancton révèle l’envers du décor des médias américains. Ce passionné de culture est actuellement Senior Features Editor au sein de la rédaction de Departures, bimestriel de luxe consacré aux voyages. Ses derniers reportages ont porté sur des sujets aussi divers que le Musée du Louvre à Abu Dhabi ou l’île privée de Marlon Brando.
Anna : En guise d’entrée en matière, pourriez-vous nous raconter la façon dont vous êtes devenu journaliste et décrire votre parcours professionnel ?

Julian : Après un bac en France et des études d’histoire aux Etats-Unis, j’ai travaillé pour une maison de production de documentaires, puis, je suis rapidement entré à la rédaction de Vanity Fair comme stagiaire. J’y suis resté 7 ans, pendant lesquels j’ai gravi les différents échelons. Ensuite, j’ai intégré le magazine Esquire pour développer une appli sur Ipad. Ce projet était passionnant car, à l’époque, on pensait que le web sauverait l’industrie, voire remplacerait le papier. Je suis ensuite passé chez Bloomberg comme « editor » et ai travaillé en freelance en tant que « writer » pour différentes publications (Esquire, Playboy, The New Yorker…). Ici, les journalistes changent régulièrement de magazine mais souvent au sein d’un même secteur. Il n’est pas rare de revoir les mêmes têtes au fil des années d’une rédaction à l’autre, dans le domaine du luxe par exemple. Je suis aujourd’hui Senior Features Editor spécialiste de la culture, de la technologie et des voyages chez Departures, magazine de luxe du groupe Time Inc.

Les titres et fonctions ont des acceptions très différentes aux Etats-Unis. Quand on parle de « writer », qu’entend-on ici ?

Aux Etats-Unis, le concept de « writer » est très particulier et n’a pas de réel équivalent en France. Le « writer »  est quelqu’un qui vit de son écriture au sens large : il peut être rédacteur dans les médias mais aussi pour des entreprises, des associations et il peut travailler sur une large palette de sujet. C’est, globalement, un producteur de contenu. En France, le métier de journaliste recouvre un statut professionnel à part entière et est entièrement dédié aux médias.

L’organisation au sein des rédactions est-elle également très différente  aux Etats-Unis ?

L’organisation américaine est en effet très spécifique et extrêmement hiérarchisée. En dessous du rédacteur en chef (« Editor in chief») il y a une série d’ « Editors ». Ces derniers, au fil des années, obtiennent des promotions ou des grades, un peu comme à l’armée. L’ordre hiérarchique est, en général, le suivant : « editorial assistant < editorial associate < assistant editor < associate editor < senior editor < articles editor < senior features editor < deputy editor < editor in chief». Plus on grimpe dans cette hiérarchie, moins il y a de monde car, à chaque étape, il y a un gros écrémage. Tout en haut, le editor in chief est souvent très expérimenté : cette fonction est très prestigieuse ici… et peut parfois être rémunérée des millions de dollars. Chaque Editor, quel que soit son rang, dirige un pool de « writers », free-lances ou employés, que l’on nomme une « stable » (étable en français) mais qui ne sont pas rattachés à un seul editor. Le rôle de ces Editors est de réécrire, de relire et de corriger les articles de ses « writers », de trouver des idées nouvelles, d’indiquer des grandes lignes ou des angles à ces derniers.

Quelles répercussions concrètes a ce type d’organisation sur le produit final ?

Il faut savoir que chaque article qui est publié a été relu par le « writer », son « editor », le « copy editor » (qui corrige les fautes formelles), le « Editor in Chief» et, personnage clé, le « fact-checker ». Ce dernier n’a pas d’homologue en Europe. Il s’agit d’un correcteur qui est chargé de vérifier l’orthographe des patronymes mais surtout des sources des journalistes. Il y a un à deux « fact-checker » dans chaque rédaction pour investiguer la véracité de l’information.

Comment expliquez-vous cette obsession pour la vérification des articles ?

Aux Etats-Unis, les médias de premier plan sont extrêmement attachés à l’objectivité et à la véracité de l’information qu’ils publient. Leur image se joue fondamentalement sur ce critère qualitatif. Il y ainsi un grand nombre de règles tacites respectées de tous. En voici quelques-unes : on cite toujours sa source, c’est une obligation. A partir de trois sources concordantes et sans lien entre elles, on estime que l’information est vérifiée. Le « fact-checker » s’assure donc que les sources se recoupent en demandant des preuves aux journalistes (e-mail, enregistrement, vidéo…). Autre règle : lorsqu’un journal met en cause quelqu’un (CEO, homme politique, société), il accorde automatiquement un droit de réponse à ce dernier afin d’équilibrer le discours. Nous sommes dans la recherche permanente de neutralité et de « fairness » pour équilibrer les points de vue au sein de la partie reportage, toujours bien distincte de la partie « opinion ».

Quelle comparaison pouvez-vous faire à ce sujet avec la presse européenne ?

Je dirais que la presse française est une presse d’opinion, dans laquelle l’orientation politique prend parfois le pas sur les faits réels. Grand lecteur du journal Le Monde, je suis parfois étonné de trouver des fautes de fond et de forme (notamment dans les noms propres) malgré la qualité de ce quotidien. Certains articles ne passeraient pas aux Etats-Unis. Quant aux journalistes anglais, avec qui nous collaborons souvent, ils ont tendance à dire que nous, Américains, sommes trop rigides quant au « fact-checking ». Pour ma part, j’admire vraiment l’écriture des journalistes anglais… même si ils ont parfois tendance à être peu scrupuleux. Il m’est arrivé de travailler avec un grand journaliste anglais qui invente souvent ses sources. Enfin, autre grande différence d’approche médiatique : alors qu’en France la presse quotidienne suppose que les lecteurs sont au courant de tous les sujets—au point de faire allusion à des intrigues complexes avec les seuls mots « l’affaire x, »—la presse américaine, elle, a tendance à toujours tout remettre en contexte en préambule d’un article. Le résultat est que quelqu’un qui lit un journal américain après une longue absence n’a aucun mal à comprendre les articles, ce qui ne serait pas le cas en France.

On sait qu’à New-York, il y a 20 attachés de presse pour un journaliste. Les relations entre le monde des RP et celui des médias sont-elles complexes ?

Avec l’essor des agences de RP, on constate que, nous, journalistes, sommes extrêmement sollicités. Je reçois plusieurs centaines d’emails par jour, je suis donc obligé d’effectuer un tri rapide. Tout d’abord, je ne porte mon attention que sur les emails qui sont personnalisés et qui me sont vraiment destinés—sauf bien sûr si l’expéditeur est une institution que je connais déjà bien. Je mets de côté les messages envoyés à plusieurs journalistes en même temps et les emails trop « léchés » (type publicité avec photos). Un email peut parfois me donner une bonne idée d’article, c’est pourquoi j’ai l’habitude de conserver les messages dans ma boîte même si je ne les ouvre pas dans un premier temps. Un tour rapide dessus peut m’inspirer un sujet. Par ailleurs, je pense que les attachés de presse ne doivent pas hésiter à faire des relances personnelles par mail ou par téléphone (auquel je réponds rarement mais dont le répondeur peut écrire un message que je reçois dans ma boîte email). Je fais rarement des rencontres ou des déjeuners RP et lorsque cela arrive, il faut que la relation existe depuis longtemps et soit solide. Ou que je sois déjà passionné par le sujet.

Un dernier mot sur l’actualité du moment : que pensez-vous du traitement médiatique américain local de la campagne présidentielle ?

A chaque élection, les commentateurs se plaisent à dire que l’on assiste à une campagne très différente, inédite. Je dirais que, pour une fois, ce poncif est justifié. D’une part, avec Donald Trump, on se retrouve avec un candidat sans scrupules et sans respect pour les médias. Il a pris la main sur les réseaux sociaux via son compte Twitter personnel pour s’exprimer auprès du grand public. Aussi, il passe d’un sujet à l’autre sans transition pour prendre au dépourvu la presse. Cette dernière ne sait pas sur quel pied danser : dès qu’il lance un sujet polémique, les médias travaillent dessus pour contrer ses arguments mais il passe à une autre thématique. Comme je le disais, nous sommes ici très soucieux du fact-checking mais à cette vitesse, c’est peine perdu ! Nous sommes pris de court en permanence. De son côté Hillary Clinton, qui avait une méfiance viscérale de la presse voit aujourd’hui que les médias sont incontournables. On sent un changement opérer chez elle. La fin de la campagne sera très intéressante de ce point de vue.

Start-ups françaises : la prudence s’impose pour communiquer avec succès aux Etats-Unis

Les grandes success stories des frenchies aux US font rêver médias et entrepreneurs en France. Neolane, racheté à prix d’or par Adobe, ou, plus récemment, Sticky Ads, repris par le géant américain ComCast, nous font croire à un avenir prometteur pour les jeunes entreprises sur le Nouveau Continent.
Pourtant, un sondage auprès de start-uppers français présents aux Etats-Unis nous enseigne que le premier défi -et pas des moindres- est d’acquérir une notoriété locale.
Dans les faits, il s’agit sans doute de la tâche la plus complexe pour une entreprise étrangère. Différences culturelles fondamentales, pléthore de petites entreprises techs, myriade de médias dont les modèles déconcertent parfois : autant d’obstacles de taille à surmonter. Après m’être entretenue avec plusieurs entrepreneurs, j’ai dressé une liste pratique des DO et DON’T des RP outre-Atlantique, à destination de ceux qui veulent réussir à vivre leur rêve américain.

DON´T :

  • Se précipiter. L’écosystème des start-ups américaines est très différent de l’environnement français. Ici, aux Etats-Unis, les jeunes entreprises sont très nombreuses, hyperactives et très créatives dans leur communication. Comme le résumait un start-upper récemment débarqué : « le marché des start-ups est très bruyant aux US. Faire entendre sa voix est un vrai défi, il faut savoir prendre du recul sur cet écosystème ». Or, nombreux sont les entrepreneurs qui se jettent à corps perdu dans la communication et les RP avant même d’avoir fait un état des lieux de leur marché. En parallèle, les journalistes ont ici d’autres attentes, fondées sur des relations privilégiées de long terme. Prendre son temps permet de construire des liens avec les médias, de  tester ses messages et de bien identifier les canaux qui permettent de faire la différence.
  • Arriver en terrain conquis. « En France, quand on est un entrepreneur à succès, on est un superman. Quand on arrive aux US, on est au pays des supermen, on est comme tout le monde… certains égos en souffrent beaucoup », me confiait un start-uppeur installé à New-York depuis plusieurs années. Les entrepreneurs se comptent par centaines de milliers aux Etats-Unis. Un nom célèbre dans la tech ou des succès passés en France ne suffisent donc pas à se différencier de la masse des entrepreneurs locaux.  Un autre start-upper me confiait : « en arrivant ici, il faut considérer que l’on repart à zéro en termes de communication et de notoriété. Il faut être prêt à refaire le même chemin que dans l’Hexagone ».

 

  • Faire aveuglément confiance aux agences de RP. Nombreuses sont les mésaventures d’entrepreneurs français qui m’ont été rapportées. L’un d’entre eux affirmait même que le start-uppeur français est le « bon client » par excellence pour les agences locales. Elles sont, en général, nombreuses à vous appeler et savent afficher une image de spécialiste des RP dans la tech. Méfiance : avant de s’engager, mieux vaut se renseigner sur les résultats réels de ces agences et contacter leurs anciens clients. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les tarifs sont élevés, même pour les petites entreprises… et ne garantissent en aucun cas les résultats. Ainsi un entrepreneur m’a-t-il confié avoir dépensé plus de 12 000 euros par mois pendant un an… pour n’obtenir aucun article ! Le coût d’entrée est très élevé : réfléchissez à deux fois avant de signer.

 

DO :

  • Avant de communiquer, repenser son positionnement. Parmi les grandes légendes des RP outre-Atlantique, il y a l’appli Slack (logiciel de chat) dont les fondateurs ont très vite été soutenus par les médias. Dans un article de Business Insider, ils dévoilent leur stratégie de communication fondée sur le concept de « Big Idea ». Cette dernière est une vision du monde différente, novatrice et propre à une entreprise. La grande idée de Slack est de dire que cette appli universelle dote le client d’une organisation collaborative pourvoyeuse de croissance. En la déclinant en éléments de story-telling simples, clairs et novateurs (« Slack va tuer l’email »,  « Slack est le prochain Microsoft »), Slack a très rapidement suscité l’intérêt des médias.  A noter : cette start-up n’a pas eu de budget marketing jusqu’en 2015… mais une excellente couverture médiatique ! Cet exemple illustre la prise de recul nécessaire à des entreprises qui veulent communiquer de façon efficace et économique.  Pensez d’abord à formuler une « Big Idea » pour ensuite la décliner sur ce marché spécifique.
  • Retravailler ses messages  pour ce marché spécifique. « De par leur histoire et leur culture, les Américains ne reçoivent pas les messages de la même façon », indique Hervé Brunet, CEO de Sticky Ads. Si l’on ne peut pas dresser ici la liste exhaustive des différences de perception, voici néanmoins quelques idées pour adapter sa communication: « Ici, par exemple, il faut décrire le produit de façon très concrète, en soutenant chaque argument par des éléments factuels mesurables », explique Hervé Brunet. Le fact checking est, en effet, une habitude pour les médias mais également pour les journalistes. Afficher ce que votre entreprise apporte concrètement à ses clients est essentiel: il faut toujours chiffrer les gains, les bénéfices ou les économies que permettent votre produit. Un VC habitué à accompagner les start-ups françaises outre-Atlantique précisait : « ici, on est plus terre-à-terre qu’en France, on vend des produits dans ce qu’ils ont de plus matériel, on est loin du concept ».  Toujours sur la forme des messages, il faut être concis et avoir une catchline forte et différenciante.
  • Adopter une vision de long terme. Soignez vos relations avec les médias et envisagez-les sur le long terme. Aux Etats-Unis, il est aisé de contacter les journalistes directement par mail ou sur Twitter et d’engager la conversation. Cela vous permettra de préparer le terrain pour le jour où vous aurez une annonce à faire. Par ailleurs, ne ciblez pas tout de suite les grandes publications. Ici, tout le monde rêve d’un article dans Techcrunch, qui signe la consécration ultime de la jeune entreprise US. Cette idée reçue est à prendre avec des pincettes. Il est bien plus utile, pour multiplier les chances d’obtenir une couverture médiatique, de se constituer un réseau limité de journalistes au sein de multiples publications de moindre ampleur..

Vous l’aurez compris, l’aventure américaine est pleine de surprises. Il faut savoir s’y préparer en amont et apprendre de ses erreurs au fil du temps. Pour conclure, voici un verbatim qualitatif, tiré d’échanges avec des entrepreneurs français installés aux Etats-Unis :

  • Pour obtenir une couverture médiatique à coup sûr, il faut soit être soutenu par un VC connu, soit signer avec un grand client local soit, enfin, recruter une star US dans votre domaine 
  • Les Etats-Unis sont aussi le cimetière de start-ups françaises
  • Avant de se lancer, il faut savoir quelle histoire on veut raconter et si elle fait sens pour des Américains
  • Il n’y a pas de chemin idéal en RP ici mais beaucoup de chemins à éviter à tout prix
  • S’installer aux Etats-Unis, c’est ré-apprendre l’humilité pour un entrepreneur

Anna Casal – @ci_anna

Digitalisation des médias : la réalité virtuelle a-t-elle un avenir ?

Le New York Times distribue des casques de réalité virtuelle à ses abonnés, ABC propose des reportages à 360º sur des parades militaires nord-coréennes, le Los Angeles Times nous offre une visite plus vraie que nature d’un cratère sur Mars. Depuis quelques mois, les grands journaux américains affichent leur engouement pour ce nouveau type de journalisme qui propose au spectateur une expérience en immersion totale. Mode ou tendance durable ?

La réalité virtuelle, une tendance lourde de 2016

Qui n’a jamais eu envie d’essayer l’Oculus Rift, bientôt commercialisé en version finale, aux Etats-Unis, pour quelques centaines de dollars ? Porté par le secteur des jeux vidéo, le marché du casque, qui transforme votre smartphone en « sas » vers un autre monde, atteint d’ores et déjà 700 millions de dollars cumulés sur plusieurs années. Et cette tendance devrait s’affirmer et dépasser le cadre des jeunes gamers. Selon SuperData Research, 200 millions de familles seront équipées d’un casque en 2020 dont l’usage ne sera plus qu’à 75% récréatif.

Du côté des financeurs, les intérêts convergent, naturellement : les investissements dans les technologies liées à la réalité virtuelle ne se sont jamais aussi bien portés, augmentant de 27% en 2015 pour atteindre 620 millions de dollars. Ils devraient poursuivre cette croissance en 2016. La réalité virtuelle couvre un grand nombre de domaines. Le rapport de la Knight Foundation, qui fait référence en la matière, estime que 54,5% des investissements est utile, directement ou indirectement, au développement de ce nouveau type de reportages à 360º.

Le secteur des médias, outre-Atlantique, voit dans cet essor une opportunité à saisir et le vecteur d’un nouveau type de journalisme prometteur, celui des reportages en réalité virtuelle. En 2015, 12 groupes de médias ont produit 60 projets de journalisme « en immersion ». Le New York Times, toujours prompt à réinventer son modèle économique et très en phase avec l’innovation, s’est lancé dans la compétition en proposant à ses abonnés des casques gratuits et un portail dédié qui propose d’ores et déjà des reportages et annonce la couverture des JO de Rio 2016. Le Wall Street Journal, lui, nous embarque dans un grand huit où l’on parcourt la courbe du Nasdaq avec ses hauts et ses bas. D’autres médias spécialisés ont vu le jour pour proposer uniquement des reportages à 360º.  C’est le cas de NextVR qui se présente comme le futur Netflix de la réalité virtuelle. Sa force ? Pouvoir placer des caméras de VR de façon stratégique lors d’événements sportifs, avec la NBA notamment, pour que le spectateur puisse suivre l’action mais aussi se retourner de son propre gré pour voir les réactions de l’entraîneur et les joueurs hors-champ. Ce petit groupe de médias a déjà passé des accords de partenariat avec des chaînes de médias majeures, comme Fox Sports.

Une innovation qui suscite le doute

Y aurait-il un avant et un après de la VR ? Pourquoi parle-t-on d’une révolution des médias ? Principalement parce que le journalisme d’immersion rompt avec les codes traditionnels du reportage, et cela à plusieurs niveaux. Le spectateur devenant l’acteur du documentaire, ou, du moins, ayant le choix de s’y promener à sa guise, en deviendrait-il aussi le narrateur ? Le regard du journaliste s’effacerait-il au profit de la réalité objective ? « Ce nouveau type de documentaire nous fait assister à une nouvelle façon de raconter les événements, explique Cécile Juan, réalisatrice de documentaires. Le journalisme en réalité virtuelle fait croire qu’on assiste à un spectacle objectif. Or, cela reste une illusion : comme dans un reportage classique, le choix du sujet et de la position de la caméra est, en soi, déjà une prise de parti».

Certains évoquent aussi des risques d’une telle technologie sur les spectateurs. Par ce nouveau type de journalisme, on dévoile une réalité parfois très brutale au spectateur… sans pour autant lui donner de vraies clés de compréhension via une voix off ou une narration linéaire qui introduirait le fond. De la rencontre de réfugiés syriens  aux attaques terroristes de Paris en passant par une vidéo sur Tchernobyl, on est plus « parachutés » qu’embarqués avec un journaliste… et ce, au sein d’environnements souvent violents. Des questions éthiques non encore résolues font surface au sein des milieux journalistiques : faut-il créer une charte d’avertissement pour les publics sensibles (enfants, vétérans de guerre, …) ? Comment préserver l’anonymat des passants, de sources journalistiques, de certains lieux ?

La réalité virtuelle et les communicants

Comme le note le rapport de la Knight Foundation, le marché de la publicité dans le domaine de la réalité virtuelle est encore en friches. Ceux qui s’y sont aventurés sont encore peu nombreux et n’avaient pour ambition que de réaliser des tests grandeur nature, sans stratégie de communication de fond. Jessica Yu, du Wall Street journal affirme : « La monétisation du secteur fait débat mais, en tant qu’entreprise, nous ne sommes encore qu’aux prémices de ce que pourrait être la publicité ou communication de marque dans le domaine de la réalité virtuelle ». Placements de produits astucieux, publicités filmées à 360º en guise d’ouverture ou insertion de liens vers les sites des marques, les possibilités restent encore très ouvertes… Mais les recettes publicitaires vont vite devenir indispensables pour financer des reportages très onéreux, évalués à 15 000 dollars pour 4 minutes !

Vecteur de nouvelles formes de journalismes –et de communication- innovants mais toujours en devenir, la réalité virtuelle cherche encore ses marques malgré l’enthousiasme qu’elle suscite. Avec les limites qui lui sont inhérentes, cette tendance ne peut prétendre être LA planche de salut du journalisme et des médias. Il faut surtout y voir une nouvelle approche de l’information, « brute » mais complémentaire des médias traditionnels, que sont le texte, la vidéo et l’image.

Pour se familiariser avec cette technologie, voici quelques liens utiles :

Anna Casal – @ci_anna

 

Le WIN forum New-York ou comment dépasser les clichés sur les femmes dans l’innovation

Extension new-yorkaise de la Journée de la femme digitale, le Women in Innovation Forum NY a tenu toutes ses promesses, pour sa première édition. L’évènement, conçu et organise par Catherine Barba (@cathbarba) -papesse du web que l’on ne présente plus dans le milieu de la tech- propose une approche très américaine et résolument moderne des problématiques féminines dans l’écosystème des start-ups outre-Atlantique.

Placée sous le signe de l’optimisme et tournée vers le futur, la conférence a réuni cinq panels de femmes de premier plan autour de questions savamment formulées et de thèmes audacieux qui évitent l’écueil des cliches sur les femmes : Quand est-ce qu’une femme créera le prochain Google ? Femmes, prenez place à la table de l’innovation ou encore Devez-vous dire aux investisseurs que vous êtes une femme ? Un public composé de 550 start-uppeurs, investisseurs et aspirants entrepreneurs, assistait à ce débat passionnant.

Débutant par quelques statistiques peu reluisantes sur la place accordée aux femmes dans ce domaine, on apprend néanmoins qu’une évolution -positive- est en cours. Aujourd’hui, seuls 7% des associes dans les 100 premiers fonds de VC sont des femmes, le double d’il y a trois ans. Du côté des entrepreneurs, 18% des start-ups sont fondées par des femmes contre 9% en 2009. De plus, au sein de cet écosystème, on apprend que les femmes ont une moindre propension à faire appel à l’aide des fonds. Les femmes lancent des entreprises avec, en moyenne, 50% d’argent en moins que les hommes. Seul 3,6% des entrepreneuses sont soutenues par des fonds de capital innovation contre 14% des entrepreneurs.

VC is a boys’ club

Pour celles qui envisagent une levée de fonds, les intervenantes, toutes actives dans le domaine de la tech outre-Atlantique, n’ont pas hésité à donner des conseils très pratiques. De fait, le monde des VC est principalement constitue d’hommes qui ont une inclination naturelle à aider des entrepreneurs de leur sexe, même si la tendance évolue positivement selon Techcrunch (voir graphique ci-dessus).

 

Présenter un pitch quand on est une femme est un défi et demande un effort d’adaptation à cet auditoire spécifique. Tout d’abord, il faut se sentir légitime. Les statistiques montrent ainsi que les femmes ont toujours tendance à s’excuser en début de réunion (la présentation ne fonctionne pas, on a deux minutes de retard, on met du temps à s’installer), ce qui nous place en position de faiblesse d’emblée. Il ne faut pas non plus hésiter à aller pitcher seule, ce que les investisseurs apprécient toujours, et à répondre soi-même aux questions des VC, même les plus compliquées, en reconnaissant toujours que ce sont de bonnes questions. Répondre directement et sans détours, aller droit au but. Avoir le cran de conduire la réunion de bout en bout et ne pas paniquer quand les choses ne prennent pas la direction que l’on avait espéré.

De par leur éducation, les femmes ont enfin tendance à vouloir effacer leur personnalité pour ne pas embarrasser leur interlocuteur. Une conception passéiste du comportement attendu des femmes que Kathryn Finney (voir bio ci-dessous) a élégamment balaye du revers de la main. Comme elle le dit si bien : « si vous ne vous mettez pas en avant dans toute votre singularité, la personne qui est en face de vous n’osera pas non plus se dévoiler… ce qui finira par être stérile et inconfortable pour tout le monde ».

On notera que le thème de la solidarité entre femmes est revenu à plusieurs reprises lors de cette journée dans le but de faire évoluer une industrie de Capital Innovation vers plus de diversité.

Comment entreprendre ?

Toutes les role-models présentes à la conférence nous apprennent qu’il ne faut pas confondre arrogance et confiance en soi. S’affirmer et croire en son idée est la clé de la réussite pour convaincre, qu’on soit un homme ou une femme. La présentation de quelques success stories (de videdressing.com à Ruby Receptionnists) par des entrepreneuses en constitue la preuve concrète. Ce qui est frappant, dans l’ensemble de ces parcours, est toujours l’originalité des parcours et le démarrage a toute petite échelle de projets très personnels au départ.

L’auteur Kelly Hoey a su conclure sur une tonalité encourageante pour toutes celles qui envisagent l’aventure entrepreunariale. Parmi ses conseils, on retient particulièrement la formule suivante :

Build your expertise : sachez vous spécialiser et trouver en vous ce qui vous différencie. Cultivez cette expertise pour en faire une force.

Build your network : sachez vous entourer IRL et sur les réseaux sociaux par ceux qui pourront vous aider. L’entreprenariat peut démarrer par des échanges de services et l’écoute de conseils de la part de ceux qui ont réussi.

Build your bank account: l’argent est le nerf de la guerre, il ne faut pas l’oublier.

Bref, comment ne pas avoir envie d’entreprendre face à l’enthousiasme contagieux de Catherine Barba et de ses invites ? Le WIN forum NY a largement réussi son pari, celui de créer une communauté de start-uppeuses prêtes à croquer l’avenir à pleines dents. Et ensemble !

Le top 5 phrases entendues au Win Forum NYC 2016 :

  • « On ne rend service a personne quand on efface sa propre personnalité »
  • « Les femmes, en tant que consommatrices, ont un poids plus important que les hommes dans l’économie. Il faut qu’elles réalisent enfin qu’elles détiennent un vrai pouvoir »
  • « Les filles, ne commencez jamais une réunion en vous excusant »
  • « Tout repose sur l’intention qui est la vôtre, si vous n’insistez pas, les choses n’arriveront pas d’elles même »
  • « Rêvez beaucoup, rêvez en grand mais commencez par créer de petites victoires »

Le top 3 des intervenants à suivre sur Twitter :

Kathryn Finney (@kathrynfinney) : fondatrice de Digitalundivided, elle a reçu de nombreuses récompenses pour son soutien à la diversité dans le monde de la tech aux Etats-Unis. Son fil twitter est une source inépuisable de conseils aux femmes qui souhaitent entreprendre. Elle poste également de nombreuses études et statistiques sur la féminisation (naissante) de l’industrie.

Kelly Hoey (@jkhoey) : Ancienne avocate convertie à la tech, Kelly est aujourd’hui auteur, journaliste, investisseur, pod-casteuse (BroadMic). Ces multiples casquettes et sa longue expérience au sein de l’écosystème américain des start-ups lui permettent aujourd’hui de dispenser de bons conseils aux femmes qui veulent entreprendre. Si vous voulez connaitre tous les secret pour construire un réseau professionnel, il faut attendre la sortie de son prochain livre Build your dream network (prévu pour 2017)… ou la suivre sur Twitter !

Jenny Fielding (@jefielding) : Managing director de Techstars, fonds et accélérateur pour start-ups, Jenny conseille les entrepreneurs et les oriente vers les bons interlocuteurs (conseils, fonds, mentors). Sensible aux projets des femmes, elle poste des articles de fonds et des portraits de start-ups sur son fil. A suivre pour creuser des sujets très divers mais toujours très tech.

 

 

 

 

 

 

 

 

Etats-Unis : quand les VC réinventent leur communication

Nourris à l’innovation et à la créativité des jeunes pousses qu’ils soutiennent, les fonds de capital innovation américains multiplient les façons de communiquer et usent de canaux inédits pour toucher leur audience. Dans un milieu où la compétition est féroce et les acteurs de plus en plus nombreux et puissants – 12,1 milliards investis dans des start-ups au seul premier trimestre 2016-, les Venture Capitalists n’hésitent plus à se réinventer pour se faire connaître et, surtout, pour faire vivre leur écosystème.

Twitter, l’incontournable

Dans cette bataille, Twitter est, sans surprise, le réseau privilégié des Business Angels et des VC.
A l’image de Jason Calacanis (@jason) avec 266.000 abonnés et pionnier en la matière, ces influenceurs d’un nouveau genre ne se contentent pas de promouvoir leurs investissements : ils distillent des conseils et des encouragements à destination des jeunes entrepreneurs. Sur Twitter, les investisseurs dévoilent souvent les dernières avancées en matière de technologie et, par dessus tout, leurs applications pratiques, souvent plus parlantes. Plus que telle ou telle start-up, ils aiment à souligner l’émergence d’une tendance de fond en laquelle ils croient… et/ou dans laquelle ils souhaiteraient investir. La méthode consiste principalement à retweeter des vidéos ou des articles d’experts.
Parmi ces twittos influenceurs venus du monde du Capital Innovation, on remarque notamment le travail de Mark Andreessen (voir notre top ci-dessous), fondateur de Netscape devenu VC en Californie. Avec plus de vingt tweets par jour, il a inventé avec son fonds a16z le concept de tweetstorm dédié à son industrie. En une dizaine (parfois plus) de tweets bien calibrés, il développe un argumentaire sur une sujet pointu. De la mort du PC au Cycle de l’innovation, les sujets évoqués font réagir toute la communauté du Capital Innovation outre-Atlantique. On retrouve sur le site du fonds la compilation de tous ses messages.

Snapchat, Periscope et podcasts : les nouvelles tendances

D’autres VC vont beaucoup, beaucoup plus loin pour faire vivre l’écosystème de l’innovation. Lier le fond et la forme est le leitmotiv de Mark Suster, LE VC américain qui communique le plus. A côté d’un fil Twitter qui rassemble plus de 246.000 abonnés, ce quadra est devenu le pape de Snapchat. Dans un récent article, le sérial entrepreneur devenu investisseur chez Upfront Venture va même jusqu’à expliquer comment et pourquoi cette plateforme peut être utile dans le secteur du Capital Innovation. Ses deux arguments ? Il ne faut pas se plaindre de ne pas être entendu par la communauté des 20-30 ans quand on ne s’adresse pas directement à elle. Par ailleurs, si on s’intéresse à la tech et à ses consommateurs, il n’y a pas de meilleur réseau. Sur son compte Snapchat, Mark Suster s’amuse à lancer régulièrement des « Snapstorms », séries de petites vidéos dans lesquelles il creuse un sujet, comme dernièrement celui des applis mobiles, et qui sont accessible pendant un temps limité. Chaque vidéo est courte, simple et facilement assimilable par l’internaute. En parallèle, le réseau social Periscope tire lui aussi son épingle du jeu en diffusant en live les grandes conférences ou démos technologiques. Toutefois, les VC se contentent de l’utiliser comme un complément de Twitter uniquement.

Mais l’autre grande nouveauté dans la communication des VC aux Etats-Unis est l’utilisation grandissante des podcasts. En 2014, le journaliste radio Alex Blumberg a souhaité lancer son propre groupe de média dédié aux podcasts. De l’invention du concept à la levée de 6 millions de dollars, cet entrepreneur a tout enregistré : ses discussions avec son associé, ses pitch devant les fonds, les interrogations et les moments de doutes quand il se confie à sa femme… mais également les discussions des investisseurs entre eux. De tous ces éléments, il a tiré une série sous forme de podcasts sous le nom de Start-upLe programme, qui en est aujourd’hui à sa troisième saison, est un carton d’audience, une référence dans le monde du Capital Innovation… et a inspiré un grand nombre de VC.  C’est ainsi que le fonds a16z, par exemple, a fondé sa propre série sous format audio (voir ici) pour aborder les dernières tendances de la tech, discuter du métier d’investisseur et évoquer les conseils utiles aux entrepreneurs. Le programme de podcast The Twenty Minute VC donne aussi la parole au monde du Capital Innovation sous forme d’interviews en évoquant leurs critères, leurs carrières et leurs problématiques financières.

Du fond, rien que du fond

Comme dans toutes les industries, il y a les faiseurs, les hâbleurs et ceux qui travaillent vraiment sur le fond. Une stratégie de communication ne va pas sans une étude approfondie des sujets. A ce titre, le géant Medium, réseau de partage éditorial, est largement plébiscité par les VC outre-Atlantique. Ces derniers y abordent en profondeur leur expertise via de longs éditoriaux ou textes techniques. Souvent de façon thématique, ils aiment y dévoiler leur savoir, quitte à tweeter un lien vers leur article. D’autres poursuivent l’écriture de leur blog, comme un véritable travail d’investigation qui dure souvent depuis des années. Voici quelques exemples intéressants : Mark Suster (toujours lui !), Tom Tunguz du fonds  Redpoint, Fred Wilson, légende vivante pour les start-uppeurs américains ou encore Andrew Chen.

Revenir à l’essentiel, c’est aussi ce que tentent de faire les fonds autour de dîners thématiques afin d’échanger IRL leur savoir avec une audience sélectionnée. A New-York, on ne compte plus le nombre d’événements de ce type qui réunissent investisseurs, start-uppeurs, journalistes et chercheurs. Un VC me confiait dernièrement : « nous ne voulons pas attendre que les médias s’emparent d’un sujet pour promouvoir nos expertises. Organiser un dîner ne coûte pas cher, c’est enrichissant pour tous les participants et cela fait découvrir une technologie ou une tendance de pointe à un public varié et hétérogène. Ce genre d’événement nous permet d’agir de façon proactive et de guider la curiosité du public ».

Finalement, c’est peut-être là que se cache le secret d’une communication réussie pour un VC : que ce soit par des moyens traditionnels, les réseaux sociaux ou des rencontres, il s’agit prendre le lead sur les sujets d’actualité et les imposer sur la place publique.

Qui est mieux placé qu’un fonds de capital innovation pour savoir ce qui est disruptif, connaître les tendances de demain et les nouvelles technologies ? Faire de son métier, de son savoir et de son positionnement naturel une force dans sa communication est certainement la clé.
Pour terminer, je remercie @Paul Strachman, investisseur chez ISAI (@ISAI_fr) qui connaît le milieu des VC américains comme sa poche et a su me guider dans cette recherche des nouvelles tendances !

Qu’est ce que le Twitterstorm?

Phénomène propre au réseau social Twitter, un twitterstorm s’amorce lorsqu’un individu publie une information inédite ou controversée suivie d’un hashtag créé ad-hoc. Le sujet est alors repris et référencé de la même façon par les twittos. Quand le phénomène prend de l’ampleur et provoque une vague d’intérêt, le sujet apparaît dans les « Twitter trendings » ou Tendances (vous savez, en haut à gauche de l’écran).

Certains se sont même amusés à créer des catégories de twitterstorm. C’est le cas de Precise, une agence anglaise.

  • Le twitterstorm parfait: Commence sur Twitter, est repris dans les médias traditionnels et atteint ainsi une audience très large, au-delà du réseau social.
  • Le “Storm in a cup”: le sujet génère peu d’intérêt sur le réseau social mais est tout de même repris dans la presse. Un phénomène qui intervient quand les médias cherchent à anticiper une tendance avant son apparition véritable.
  • Le “Twitter-only storm”: c’est le buzz qui commence et s’achève sur Twitter sans jamais en sortir et qui touche un groupe spécifique d’internautes.

Politique américaine et média sociaux : 140 caractères suffisent-il à gagner une élection ?

Si Barack Obama avait ouvert la voie en 2008, puis en 2012, avec des campagnes très novatrices sur internet, jamais, par le passé, des candidats à une élection présidentielle n’ont fait un usage aussi intensif des réseaux sociaux. Cet engagement sur Twitter, Facebook, Snapchat, Intagram et consorts suffit-il à gagner, sinon une élection, du moins de nouvelles voix ? Rien n’est moins sûr. Par ailleurs, quelles leçons les marques peuvent-elles tirer de cette course digitale à la Maison Blanche ?

Un nouveau vecteur de communication incontournable
Les réseaux sociaux constituent un outil puissant, qui rivalise désormais avec les vecteurs de communication traditionnels comme les meetings, les émissions de télévision ou les conférences de presse. Leur avantage ? Celui de pouvoir adresser un message personnalisé à tous, de façon directe et instantanée. Les candidats américains à la Maison Blanche ont saisi cette opportunité de communication et se sont tous lancés dans une course effrénée au follower. A tel point que les chiffres en deviennent vertigineux, chez les démocrates comme chez les républicains, et ce, sur l’ensemble des réseaux sociaux.  A titre d’exemple, Hillary Clinton et Donald Trump, les deux candidats les plus « digitaux » de cette élection, comptabilisent à eux seuls plus de 14 millions de followers sur les réseaux sociaux, l’équivalent de la population des Pays-Bas. De nombreux médias ont compilé les chiffres, comme CNBC ou intermarkets.net ci-dessous :

Des stratégies adaptées à chaque type de campagne
Toutefois, si on les examine dans le détail, les stratégies des candidats sur les réseaux sociaux sont bien différenciées. Tout d’abord, les politiques ne privilégient pas tous les mêmes plateformes. Certes, Twitter reste un moyen incontournable, pour toucher la Génération Y notamment. Mais certains ont décidé d’élargir le spectre. C’est le cas, par exemple d’Hillary Clinton, qui possède depuis près d’un an et demi un compte Snapchat, le réseau des 18-25 ans, ou de Jeb Bush, qui a annoncé sa candidature sur ce même réseau, ce qui fut une première historique. De son côté, Bernie Sanders, la coqueluche des jeunes américains, a vu grandir de nouvelles communautés sur Instagram baptisées #babesforbernie et #feelthebern. A noter : ces deux hashtags ont été créés de toutes pièces par les internautes eux-mêmes, sont devenus viraux en quelques jours et persistent depuis des mois. Le dernier a été utilisé près de 500 000 fois sur Instagram !

Une différentiation qui explique en grande partie les disparités d’engagement sur chacune des plateformes. Comme le montre le tableau suivant, qui s’efforce de noter la notoriété positive plutôt que le nombre absolu de followers, chaque candidat a su trouver une résonance sur un réseau social spécifique et ainsi créer son audience.

Source : Engagementlabs

Mais ce n’est pas tout : le type de contenu des messages lui-même diffère d’un candidat à l’autre. En y prêtant attention, les posts d’Hillary Clinton sont assez impersonnels et peuvent parfois manquer de spontanéité, donnant alors l’impression d’avoir été rédigés à l’avance dans le cadre d’une stratégie de campagne prédéfinie. Cet usage des réseaux sociaux lui est notamment reproché par les critiques qui soulignent le caractère « froid » et « éloigné de la population » de sa personnalité. Hillary Clinton tente toutefois régulièrement de s’adapter, notamment lorsqu’elle communique en espagnol pour toucher les communautés latinos. D’autres, comme Bernie Sanders, rebondissent souvent sur des polémiques ou sujets chauds abordés par les médias. Enfin, Donald Trump n’hésite pas à accroître encore sa visibilité médiatique via des tweets très subversifs, voire agressifs. Ses posts sont alors très souvent repris dans la presse américaine et internationale. Certains médias, comme le New York Times, s’amusent déjà cartographier les gens, lieux et sociétés qu’il a déjà insultés sur Twitter.

Voilà un extrait des critiques adressées à Barack Obama via Twitter :
“Weak & ineffective”“all talk & no action”“terrible”“I did much better on 60 Minutes last week than President Obama did tonight”“he is just so bad!”“has a horrible attitude”“Is our president insane?”“spends so much time speaking of the so-called Carbon footprint, and yet he flies all the way to Hawaii on a massive old 747”“perhaps the worst president in U.S. history!”“hollowing out our military” ; “incompetent leader”.

Il est enfin très significatif de noter que les candidats intéragissent rarement entre eux via les réseaux sociaux. Si Donald Trump a, par exemple, dernièrement interpelé Fox News ou le Pape via des messages sur Facebook, il twitte rarement pour obtenir une réponse de la part des principaux intéressés. Du côté des démocrates, Hillary Clinton et Bernie Sanders se répondent rarement de façon frontale mais se permettent d’évoquer les mêmes sujets, exposant chacun leur point de vue en parallèle.

Un exemple ici :

Les limites des réseaux sociaux : une audience limitée et un risque réel de dérapage 
Mais faire une campagne en 140 caractères sans sombrer dans le communautarisme, le manichéisme ou la caricature relève du défi.  Tout d’abord, il ne faut pas oublier que l’audience des réseaux sociaux reste limitée à un type de population. Les plus de 55 ans, nombreux aux Etats-Unis, constituent une population très difficile à toucher sur ces plateformes, comme le montre ci-dessous le graphique sur la démographie actuelle des utilisateurs des réseaux sociaux :

Source : Business Insider

Par ailleurs, on sait qu’internet exige des messages courts et forts pour interpeler les audiences quizappent rapidement d’un sujet à l’autre. Le mot d’ordre est donc de frapper juste et au bon moment. Un exercice périlleux qui a conduit à de nombreux dérapages. Un des derniers en date : un tweet de Jeb Bush, quelque jours à peine avant son éviction de la course à la Maison Blanche, avec une arme à feu gravée « Government Jeb Bush » et accompagné de la légende « America » a fait bondir les internautes.

Pendant cette course 2016 à la Maison Blanche, rares sont les politiques américains qui, à vouloir trop « forcer le trait » ne s’en sont pas mordus les doigts, comme l’explique la spécialiste des médias Nicole Larrauri. C’est le cas d’Hillary Clinton qui a essuyé une vague de critiques après avoir lancé un sondage sur Twitter sur un ton trop « jeune » au goût des internautes.

Un manque d’authenticité a également été reproché à Marco Rubio pour son Tweet sur le dernier film de rap Straight Outta Compton, faisant éclore un nombre incalculable de trolls.

Enfin, sur les réseaux sociaux, être suivi ou cité, ne signifie pas être apprécié. Voici, par exemple, un nuage des mots-clés associés le plus souvent à Donald Trump, candidat qui domine la campagne sur Internet, au sein de l’ensemble des réseaux sociaux :

Quelles sont les leçons les marques peuvent-elles tirer ?

Inscrire une campagne sur les réseaux sociaux c’est donc aussi la possibilité de se décrédibiliser à moyen terme… Le jeu en vaut-il réellement la chandelle ? La corrélation entre usage des réseaux sociaux et gains de nouveaux électeurs est un sujet qui passionne. Plus d’un millier d’études a été répertorié à ce jour. Dans le rapport « Social media use and participation: a meta-analysis of current research », deux statisticiens ont analysé 36 enquêtes pour en conclure qu’il n’y avait pas de corrélation entre la prise de parole sur les réseaux sociaux et l’engagement citoyen. Les messages à caractère politique tendent à encourager la participation pour les élections mais le font au même titre que les moyens traditionnels comme les pétitions, les appels au vote ou les manifestations. De plus, à ce jour, aucune étude n’a pu prouver que les médias sociaux pouvaient modifier la préférence d’un électeur pour tel ou tel candidat. Twitter, Facebook, Snapchat ou Instagram permettraient donc d’exister, de mobiliser une base électorale mais ne serviraient pas à s’en constituer une.

On peut considérer cette campagne présidentielle comme un essai de stratégie de marque à grande échelle. Cette expérience prouve, en premier lieu, que les internautes sont à la recherche d’une certaine authenticité de la part de ceux qui prennent la parole sur les réseaux sociaux. Avoir un contact direct et personnalisé avec les candidats, comme avec les marques, est un gage de réussite. Mais cette exposition au public est aussi un exercice risqué et difficile qui peut faire perdre autant qu’il peut faire gagner. Avant tout, ces réseaux permettent de consolider une communauté préexistante, de mettre en relations des électeurs, ou des consommateurs, géographiquement éloignés. Concevoir une stratégie de communication sur les réseaux sociaux est nécessaire mais loin d’être suffisant… les candidats malheureux à cette élection, quel que soit leur nombre de followers l’ont déjà compris.

Anna Casal – @ci_casal

Les médias aux Etats-Unis en 2016 ou l’émergence de nouveaux types de journalismes

Sous l’impulsion des réseaux sociaux, des blogs spécialisés et de la digitalisation de l’information, le secteur des médias a récemment connu une profonde mutation aux Etats-Unis qui remet en question l’ensemble du secteur et ses acteurs.

Le nombre de publications et de médias a connu une explosion sans précédent aux Etats-Unis au cours des dernières années. Radios, TV, journaux online pointus et ultra spécialisés voient le jour quotidiennement, cherchant à offrir à chaque individu-client une information sur-mesure toujours plus ciblée sur ses sujets de prédilection. En 2016, on compte plus de 1300 quotidiens, 8200 sites d’information en ligne et 39 000 journalistes employés sur le territoire américain. Si certains s’amusent de cette offre pléthorique, d’autres s’interrogent sérieusement sur un phénomène qui peut conduire à une véritable désinformation et à la diminution, par une forme de dilution, du pouvoir des grands médias « professionnels ».

Medias: la digitalisation change la donne

Le phénomène n’est pas entièrement une nouveauté : la digitalisation des médias s’accentue de jour en jour aux Etats-Unis comme en Europe. C’est depuis 2006 que la presse papier américaine voit ainsi son revenu et le  nombre de ses lecteurs décroître continuellement, ces derniers se tournant progressivement vers le web et les réseaux sociaux, comme le montre le graphique suivant :


Source : Oxford (Reuters Institute)
L’utilisation des téléphones portables et le développement des réseaux wi-fi gratuits partout sur le territoire américain, notamment dans les grandes métropoles, a entraîné un véritable plébiscite pour ce moyen de communication qui offre un accès facilité à l’information Selon le rapport du Pew Research Center sur les médias US en 2015,  les usages des lecteurs américains ont ainsi connu une révolution qui s’est largement accentuée cette dernière année : aujourd’hui 39 des 50 plus grands sites d’information online sont consultés en majorité à partir d’un téléphone mobile. Conséquence : au-delà des formats courts qui sont privilégiés, la lecture de l’information s’en trouve accélérée et excède rarement 4 minutes par article.

Aussi, au sein de ce nouvel environnement médiatique, observe-t-on désormais deux grandes tendances émergentes et diamétralement opposées, résumées par le graphique ci-dessous :

Source : Businesswire

En à peine un an, Buzzfeed, mélange d’entertainment et d’informations peu fouillées, a ainsi imposé son modèle en doublant sa part d’audience (voir rapport Tow Center for digital journalism). Paradigme d’un nouveau type de journalisme évalué au nombre de clics, il semblerait que son ascension soit  implacable. Doit-on alors considérer que les Américains privilégient désormais l’information superficielle dont les frontières avec le pur marketing restent floues ? Rien n’est moins vrai : à l’autre bout du scope, on voit désormais quelques grands médias traditionnels redresser la barre avec succès. En misant sur l’investigation journalistique, l’approfondissement de sujets d’actualité transverses, certains medias ont su tirer leur épingle du jeu. C’est par exemple le cas du Huffington Post ou du New York Times, dont les parts d’audience respectives ont augmenté d’un tiers en un an. Deux journalismes semblent donc se faire face actuellement, tout en continuant à chercher un modèle économique pérenne.

Des evolutions qui menacent journalistes et communicants?

Or, pour les communicants, l’avènement d’internet 2.0 va de pair avec une remise en question des pratiques traditionnelles des relations presse. Les journalistes sont toujours plus demandeurs de contenu prêt à l’emploi et interagissent directement avec les entreprises via les réseaux sociaux, reléguant parfois les communicants à un rôle annexe. Richard Anderson, fondateur de Thomson Financial’s Global Consulting Group explique pourquoi les conditions de travail se sont durcies : « La relation des communicants aux médias a connu une profonde évolution. Certes, il existe encore de grands médias (télévision, radio et hebdomadaires) incontournables pour un public large. Mais leur modèle s’est transformé : au fil des ans, et du fait de contraintes économiques, on a accordé davantage d’espace à la publicité, au détriment du pur contenu journalistique. A ce titre, la concurrence dans les relations presse s’est accrue à New-York pour remplir cet espace de plus en plus réduit. » Aujourd´hui à New-York, le ratio attaché de presse / journaliste est de 30 pour un, loin devant le ration parisien de 4/1. Dans une interview, ce communicant chevronné décrit également l’impact d’internet sur l’écosystème des médias outre-Atlantique: « Les communicants et les journalistes ont de moins ne moins de rapports humains, tout passe désormais par la technologie (e-mails et média sociaux). » Les journalistes disposent rarement d’un numéro de téléphone direct où on pourrait les joindre. De plus, avec l’essor des réseaux sociaux, notamment de Twitter, ces derniers accèdent directement à l’information et peuvent interagir en direct avec les entreprises. Les relations presse doivent donc redéfinir leur rôle, en misant sur leur capacité à construire des messages : « Les communicants ont toujours une utilité et un rôle à jouer auprès des médias. Nous savons raconter une histoire et écrire un pitch efficace. En tant que spécialistes des médias, nous pouvons adapter le discours d’une entreprise à l’angle recherché par un journaliste en fonction de la ligne éditoriale de sa publication. Dans des situations de communication de crise, en tant que tierce personne, nous avons également plus de légitimité à contacter la presse que l’entreprise elle-même ».

Si les perspectives du secteur des médias engendrent des remises en question pour les communicants, le phénomène est également vrai pour   les journalistes : tous voient dans ces évolutions un risque réel de confusion entre marketing et pur journalisme. Dans le rapport annuel Business Wire Media Survey, les journalistes expriment ainsi leur vision mais surtout leurs appréhensions face à la transformation rapide de leur écosystème. A la question « quel est votre sujet d’inquiétude principal autour du secteur des médias ? », ils répondent à 66,5% « le nombre de clics prend le pas sur la qualité des contenus journalistiques ». Autrement dit, les journalistes sont de plus en plus évalués en fonction de critères marketing, au détriment du fond, Buzzfeed en étant le meilleur exemple. En deuxième position, la robotisation du journalisme et la déshumanisation de la fonction inquiète les professionnels des médias. Du côté des communicants,  Richard Anderson partage le même constat : « Progressivement, la Muraille de Chine qui séparait traditionnellement le marketing et le journalisme est en train de s’effriter. La presse est de plus en plus prise en otage par les contraintes économiques et les groupes dont elle dépend. Je ne suis pas très optimiste car cette tendance est vouée à s’amplifier dans les prochaines années. Heureusement, nous sommes encore loin d’autres modèles anglo-saxons tels que le modèle britannique dans lequel les frontières entre journalisme et marketing sont depuis longtemps très floues ! » A en croire cette affirmation, le modèle médiatique américain possède toujours une marge…. et conserve avant tout cette capacité à s’interroger et à se réinventer !

Anna Casal