Women In Innovation Forum 2018 ou comment conjuguer innovation et diversité

Devenu le rendez-vous annuel incontournable de New-York, le W.In Forum a su réinventer son approche pour sa troisième édition, ce 20 mai 2018. Cette fois, la pétillante et énergique Catherine Barba a ouvert le bal en nous promettant d’apporter des réponses à la difficile question de l’innovation et de la diversité. Après deux éditions, le champ d’examen s’ouvre donc et est étendu à la diversité en général, dépassant le seul cadre des femmes. Une problématique abordée sous une multiplicité d’angles, de la politique à la finance en passant par l’entreprenariat et la jeunesse.

Chaque année, le W.In. Forum NY accueille des visiteurs toujours plus nombreux : 700 personnes venues du monde des start-ups, de l’entreprise et du secteur public se sont, cette fois, réunies pour assister à des débats autour de l’innovation et de la diversité. Comment l’une entraine l’autre ? Comment concilier les deux ? Comment imposer la diversité au sein des organisations ? Comment innover en confrontant des personnalités diverses ? La diversité est-elle un levier pour l’innovation ? Des experts et des témoignages inspirants à foison, de quoi réfléchir à une nouvelle approche de l’entreprise et, plus largement, de la société : telle était la proposition de Catherine Barba, femme d’affaires et de communication toujours à la pointe sur ces sujets.

Il est toujours difficile de débattre de diversité et d’innovation sans tomber dans des lieux communs ou énoncer des platitudes. On le sait, la diversité favorise la croissance économique des entreprises. On sait également que c’est une condition sine-qua-non de la bonne santé d’une société dans son ensemble. Ce sujet, si souvent traité par les médias et pourtant en cruel manque de solutions concrètes, en était presque devenu lassant. Heureusement, le W.In Forum NY 2018 a su éviter cet écueil en faisant intervenir des profils peu connus, sortant de l’ordinaire et toujours d’une grande qualité. On compte ainsi, parmi les intervenants, un futur candidat à la présidentielle américaine, une athlète de haut niveau, des chercheurs, des cadres de tous secteurs, des auteurs, des fondateurs de start-ups de tous âges et venus de tous horizons. Réunir un tel éventail de profils était une gageure mais surtout la preuve que c’est lorsque l’on confronte des points de vue différents qu’émergent des idées toutes nouvelles.

Sur le plan politique tout d’abord. Car il fut souvent question, au sein des débats, d’innovation civique et de redéfinition des valeurs qui doivent guider le monde. Avec l’accroissement des échanges entre les populations, la montée en puissance des réseaux sociaux et la radicalisation des discours, le modelé économique actuel touche ses limites. Les Etats-Unis voient leur espérance de vie baisser avec une grande vague de suicides et d’accidents graves. Plus d’humanité, plus d’entraide, plus de dialogue, tels sont les points sur lesquels fonder la politique de demain. C’est ce que défend Andrew Yang, futur candidat démocrate a la présidentielle, désireux de sortir les Etats-Unis de l’ère Trump, qu’il juge clivante, conservatrice et consumériste. Son programme : rassembler les individus foncièrement différents pour faire émerger une nouvelle façon de faire de la politique, au service de tous. La société ne s’élèvera que si elle promeut cette diversité.

Concernant le monde de l’entreprise, le panel d’experts et d’intervenants couvrait un très large spectre : de l’entrepreneur individuel à la multinationale, on apprend que la diversité est au cœur de toute innovation. Diversité entre les générations tout d’abord, quand un architecte, patron de Woodoo, nous montre comment faire du neuf avec du vieux et explorer des matériaux traditionnels avec notre technologie actuelle. Diversité entre hommes et femmes : des femmes charismatiques prennent la parole pour prouver que leur parcours est tout aussi méritoire que ceux de leurs homologues masculins. Diversité physique : une mannequin nous parle de son combat contre les préjugés grossophobes de l’industrie de la mode. Diversité ethnique, handicap, dépassement par le sport… tous les cas ont été traités en cinq heures.

Enfin, on apprend qu’un sondage de Forbes a fait apparaitre que 58% des dirigeants pensaient que la diversité dans l’entreprise était cruciale pour sa réussite. De ce constat aux faits, il y a pourtant un grand pas que nous n’avons pas encore franchi. Il faut alors parfois employer la méthode forte et contrôler, par exemple, la visibilité des femmes. C’est ce que s’attache à faire Bloomberg News, notamment : « Nous prenons en compte qui écrit les articles, qui sont nos sources, qui sont les personnes citées dans les articles, qui apparait sur les photos », explique Laura Zelenko, senior executive director. Tous les managers sont incités à rendre les femmes aussi visibles que les hommes. Un outil informatique a même été mis en place en interne pour effectuer une veille par journaliste, par équipe et par type d’article. « Malgré tous ces efforts, cela reste une tâche très difficile à accomplir », avoue Laura Zelenko.

Au terme de cette intense journée, le défi proposé de prime abord par la maitresse de cérémonie est largement relevé. On ressort de ces sessions avec un espoir immense pour la suite et la conviction qu’il existe une communauté grandissante qui vise plus de brassage, plus de diversité et d’échanges pour faire émerger des idées nouvelles. Merci à Catherine Barba de réunir, chaque année, des intervenants de qualité portant un discours d’espoir aussi fort !

Le top 5 phrases entendues au Win Forum NYC 2018 :

« We need to prioritize humanity over the market », Andrew Yang, futur candidat democrate a la presidentielle americaine

« Nous avons une responsabilité collective : celle de réinventer le système dans son ensemble », Anne-Claire Legendre, Consul général de France a NY

« Chacun doit créer le mode de vie qui lui convient le mieux. Il faut créer sa propre normalité », Georgia Garinois Melenikiotou, executive VP chez Esthée Lauder

« Une équipe est beaucoup plus créative quand elle rassemble des gens de générations et d’horizons différents », Carlos Ghosn, PDG de Renault

« Je n’ai jamais pensé une seule seconde que j’étais différente parce que j’étais la seule femme assise à une table de réunion. La tolérance et la diversité commence par l’éducation que l’on a reçue à la maison », Mayar Gonzalez, Directrice générale de Nissan Mexique.

 

 

Communication et médias aux Etats-Unis : les sites incontournables

C’est après l’audition de Mark Zuckerberg au Sénat américain que j’ai souhaité comparer les différentes analyses faites par la blogosphère et les médias US. Si beaucoup se sont amusés de la pâleur du teint de Mark, de son coaching pour sembler plus humble ou du rehausseur dont il a bénéficié, peu d’observateurs ont réellement étayé l’analyse de ce qui était en train de se jouer sous nos yeux : la place des réseaux sociaux, leur définition, leur responsabilité politique et éthique.

A cette occasion, j’ai parcouru la blogosphère afin de sélectionner les meilleurs sites en ligne qui suivent au plus près l’actualité des médias et les évolutions dans le secteur de la communication aux Etats-Unis.

Voici ma short-list :

  1. Stratechery : Les années passent et il reste LE blog incontournable. Doté d’une énorme capacité d’analyse, parfaitement objectif et souvent intelligemment prospectif, l’auteur, Ben Thompson, pour ne pas le nommer, va au bout d’un travail de recherche très conséquent. Ce qu’il m’a appris ? Principalement à appréhender les écueils des médias classiques qui tentent de composer avec l’émergence des réseaux sociaux. Longue vie à ce blog souvent suivi par start-uppers et VC.
  2. Digiday: Crucial si l’on veut suivre en temps réel l’actu de la tech, de la communication, du marketing et des médias. Des articles à foison, des analyses originales et des propos d’insiders, tel est le pari que relève tous les jours Digiday.
  3. Nieman Journalism Lab : Hébergé au sein de la prestigieuse Nieman Foundation of Journalism de Harvard, cet organisme a pour vocation de dessiner les contours du journalisme de demain. On y trouve, pêle-mêle, les innovations des médias classiques pour contrer ou accompagner la montée des réseaux sociaux, le positionnement de ces derniers face aux polémiques récurrentes et les fameux rapports sur la profession de journaliste de la fondation éponyme. Le plus : ce centre de recherche est constructif et, surtout, optimiste pour le journalisme de demain !

Mais aussi…

  • CREATIVITE Ancien journaliste chez Fast Company, Newsweek, Forbes et LifeHacker, Paul Jarvis mêle habilement créativité et business dans sa newsletter publiée tous les dimanches. Un bon moyen de se tenir au courant des dernières tendances en marketing, communication et start-ups.
  • VENTURE CAPITALISTS ET TECH Benedict Evans Depuis 2013, Benedict Evans diffuse une newsletter hebdomadaire à ses 65000 abonnés. Cet investisseur chez Andreessen Horowitz sélectionne dans l’actualité les sujets les plus marquants autour de la tech et du Capital Innovation. On salue toujours son recul et son sens de l’anticipation sur les sujets de demain.
  • REFLEXION Azheem Azar Ce journaliste anglais, ancien du FT, creuse chaque semaine deux ou trois grands sujets qui touchent à la fois à l’économie, à la société et à la technologie. De l’Intelligence Artificielle à la block-chain en passant par la politique américaine, l’angle est toujours très ouvert et cherche à susciter la réflexion et la discussion.

 

 

La vidéo dans les médias : piège ou planche de salut ?

Chaque minute, 400 heures de vidéos apparaissent sur la plateforme Youtube, soit 210 milliards d’heures par an. Un taux de croissance exponentiel, porté par une demande toujours plus vertigineuse de la part des internautes. Si l’attrait pour l’image en mouvement est bien palpable, quelles sont les implications de cette tendance de fond pour le secteur des médias ?

En décembre dernier, le Huffpost américain, mu par l’essor de la vidéo en ligne, a remplacé les images statiques par des GIF, en guise de produit d’appel pour ses vidéos. Ce changement en apparence anodin a pourtant incité les lecteurs à cliquer plus souvent sur les articles ainsi illustrés : en à peine trois mois, le nombre de vidéos visionnées par des utilisateurs uniques a augmenté de 27%. Mark Zuckerberg, lors de la conférence annuelle des développeurs, en avril dernier, a à son tour assumé la primauté à la vidéo : « [La vidéo] est devenue plus centrale que le texte : l’écran de visionnage doit donc prendre plus de place que l’espace dédié à l’écrit, et ce sur toutes nos applications ». Le corollaire est le lancement de Watch, espace dédié à des programmes vidéo exclusifs. Dans le sillage de cette idée, une nouvelle expression consacrée est apparue dans le secteur des médias, « Pivot to video ». Ce terme marketing, utilisé plus de 14 000 fois cet été sur les réseaux, désigne le passage du texte à l’image en mouvement, de l’écrit à la caméra. Une mode qui est même devenue un motif de plaisanterie, comme l’illustre le tweet de cette journaliste de Skynews, Molly Goodfellow. (« Comment avouer à mon meilleur ami que je souhaite que notre relation pivote vers la vidéo ? »)

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Aux Etats-Unis, le premier journal à avoir pris ce virage fut, l’an dernier, Mashable, qui décida de se séparer d’une partie de ses rédacteurs pour engager des spécialistes de la vidéo. Un mouvement qui fit, en quelques mois, un grand nombre d’émules pour atteindre un pic cet été : MTV News puis Sport Illustrated, Fox Sports, Vocative, Mic et, enfin, Vice, comptent désormais remplacer une partie de leurs « writers ». Objectif affiché : devenir les « leaders du vidéo-journalisme »…. en mettant au placard les journalistes de presse écrite. Au sein des rédactions, certaines voix (voir cet article, par exemple) se sont élevées contre ces pratiques, voyant derrière ce repositionnement une bonne raison de réduire des équipes de rédacteurs jugées trop nombreuses. Ce graphique, qui recense les licenciements liés directement aux nouvelles stratégies orientées vidéo, parle de lui-même.

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SOURCE : Digiday

Mais la stratégie du « Pivot video » constitue-t-elle réellement la planche de salut des médias à la recherche de business models pérennes et de plus en plus dépendants des réseaux sociaux ?

On serait tenté de répondre par l’affirmative car, de fait, certaines histoires font rêver. C’est le cas de « Brut », lancé en France en novembre 2016 par le producteur Renaud Le Van Kim et le co-créateur de Studio Bagel, Guillaume Lacroix. En moins d’un an, ce tout nouveau média dépasse les 100 millions de vues avec ses formats vidéos courtes, diffusées  sur Facebook et autres YouTube, et s’exporte aux Etats-Unis en embauchant sur place une équipe de 15 personnes. Dans la même mouvance, Keli Network s’est donné comme mission de créer une nouvelle génération de médias. L’idée centrale est de créer des médias thématiques 100% vidéo, diffusé exclusivement sur les réseaux sociaux. Pour l’instant quatre marques ont été lancés sur des sujets dont les internautes sont friands : jeux vidéo (Gamology), football (OhMyGoal), beauté (Beauty Studio) et innovation (Genius Club). Selon Michael Philippe, co-fondateur de cette société, cette démarche est au coeur d’une triple révolution : l’explosion du mobile comme support, la consommation sur les réseaux sociaux et l’explosion de la vidéo. Keli Network a d’ores et déjà levé 2 millions d’euros auprès de fonds comme Partech, OneRagTime, de business angels et de Broadway Vidéo Ventures (producteur connu de Jimmy Fallon). « Nous avons saisi l’opportunité dès qu’elle s’est présentée : dès qu’il y a une disruption, les premiers à prendre la place deviennent souvent des leaders. A l’époque du SEO, Aufeminin.com ou Doctissimo.fr avaient pris la balle au vol et n’ont, depuis, jamais perdu leur statut. C’est le même phénomène que l’on observe aujourd’hui avec la vidéo sur les plateformes sociales ». Keli Network a ainsi enregistre 1,9 milliard de vues sur le seul mois d’aout 2017.

A première vue, le marché de la vidéo est bien une vraie poule aux oeufs d’or pour médias et publicitaires : selon eMarketer, l’investissement dans la publicité vidéo a atteint 10 milliards de dollars l’an dernier aux Etats-Unis. Et les projections du même institut sont très favorables : ce marché devrait dépasser les 18 milliards en 2020, au point que les agences de publicité américaines consacrent aujourd’hui plus de la moitié de leur budget à ce type de format.

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Source: eMarketer

A cette croissance s’ajoute une dépendance toujours plus prégnante des médias aux plateformes sociales. Ces dernières, qui ne se cachent plus d’encourager les contenus vidéos en les promouvant sur le fil des internautes, ont une force de frappe telle qu’il s’agit, pour les médias, d’y être plus présents que jamais.

Mais attention : si tous ces indicateurs semblent converger, la réalité est pourtant beaucoup plus nuancée.

D’après ComScore, les médias qui ont « pivoté » à l’été 2017 ont vu leur audience chuter en moyenne de 60% au mois d’août par rapport à août 2016. Ainsi, Mic est-il passé de 17,5 millions de visiteurs à 6,6 millions (août 2016-août 2017) et l’interview exclusive d’Hillary Clinton revenant sur la dernière campagne présidentielle n’a enregistré que 26 000 vues sur Facebook. Comment expliquer un tel naufrage ?

Contrairement aux idées reçues, les jeunes générations sont plus friandes de textes que d’images animées quand il s’agit d’informations, comme le prouve cette étude récente  du Pew Research Center. Les 30-49 ans privilégient la lecture d’articles (40%) au visionnage (39%) tandis que les 18-29 sont lecteurs à 42% (contre 38%). Contrairement à l’hypothèse faite par certains médias, l’augmentation du nombre de vidéos publiées sur internet ne relève pas d’une demande nouvelle visant le secteur des médias, en tous cas pas pour le domaine de l’information pure et dure. L’étude de Reuters Institute, le Digital News Report, corrobore cette idée : « malgré l’exposition croissante aux vidéos d’information, les préférences des internautes ont peu changé ces dernières années. 71% d’entre eux lisent des articles et 14% aiment de façon indifférente le texte ou la vidéo ». Joshua Benson, directeur du Nieman Lab, résume bien la situation : « L’idée juste selon laquelle les gens aiment les vidéos ne signifie pas qu’ils aiment les vidéos d’information ».

pew research center

Quels contenus cherchent donc les internautes quand ils regardent des vidéos ? Une étude récente menée par Buzz Summo sur un échantillon de 100 millions de vidéos postées sur Facebook a démontré que les thèmes qui génèrent le plus d’engagement sur les réseaux sont : la cuisine, la mode et les animaux…. la politique arrivant, par exemple, dans la partie basse du classement.

buzsumoA cela s’ajoute, pour les médias faisant le choix de la vidéo, un problème d’équilibre financier profond. D’une part, la monétisation de la vidéo sur les plateformes sociales reste à ce stade très limitée : il ne faut pas oublier que Google et Facebook s’octroient aujourd’hui 99% des revenus publicitaires digitaux (rapport IAB). Il devient difficile pour les médias qui publient sur les réseaux sociaux de savoir ce que rapporte réellement leurs contenus à ces derniers en termes publicitaires… sachant que les statistiques des plateformes sociales restent très opaques pour tout le monde. Facebook dit, par exemple, toucher plus de jeunes Américains qu’il n’en existe réellement ! D’autre part, pivoter vers la vidéo n’est pas sans engendrer des coûts supplémentaires cachés pour les médias : quand on publie un contenu, il faut s’acquitter de sommes conséquentes pour qu’il soit diffusé largement. Certains médias, comme le Chicago Tribune, voient que les articles et vidéos sont de moins en moins regardés sur Facebook alors même que le nombre de followers du journal augmente. La faute à un algorithme particulier et à l’avalanche d’informations qui déferle sur les réseaux. Enfin, les médias doivent aussi investir dans du matériel adéquat et embaucher des spécialistes de la vidéo pour obtenir des produits de qualité… ce qui n’est pas moins onéreux qu’une solide rédaction de journalistes rédacteurs.

Pivoter vers la vidéo semble donc être un doux mirage auquel ont cru beaucoup de médias. Mais n’y a-t-il que des perdants dans cette bataille ? Loin de là : les purs players vidéos tirent aujourd’hui leur épingle du jeu. Démarrant à petite échelle, ils constituent progressivement leurs équipes avec des coûts fixes qui n’augmentent ensuite qu’en fonction de la demande et proposent des contenus qualitatifs pour toucher un public cible bien défini. C’est le cas de Brut, cité en début d’article, mais aussi de Konbini, qui ont bien su trouver leurs créneaux. Ce pur player de la vidéo dit « utiliser le levier de la pop-culture, c’est-à-dire traiter des sujets du quotidien pour susciter la discussion », selon les mots d’un de ses responsables. En publiant deux à trois vidéos par jour, Konbini s’est forgé une connaissance approfondie des 18-34 ans et de leurs attentes en termes d’information. Le groupe ne cherche pas la quantité de vues mais un réel engagement chez ses lecteurs.

Dans ce cadre, ces nouveaux médias s’appuient en général sur un business model simple : ils vendent du brand content sous forme de films aux marques et aux agences de communication pour financer, en parallèle, les vidéos plus « sérieuses » et indépendantes. Comme on le sait, avec Tasty, Buzzfeed a ouvert la voie à un nouveau type de médias qui créé lui-même son pôle publicitaire pour contourner la fuite des revenus publicitaires sur les réseaux sociaux. Aux confins de l’info et du loisir, l’infotainment a donc des ailes qui poussent…. ce qui peut, évidemment, susciter la critique : « Buzzfeed et Vice ont fait du mal à la profession de journaliste en faisant planer le doute sur l’impartialité de l’info et des messages véhiculés dans les vidéos. Il est pourtant aisé d’afficher clairement si le film est sponsorisé ou non. C’est notre choix depuis nos débuts et c’est ce qui fait aussi notre notoriété », explique un professionnel des medias.

« Il est aujourd’hui impossible de créer une boîte de médias qui se passerait des réseaux sociaux car toutes les audiences y sont présentes. Néanmoins, il ne faut pas oublier que ces plateformes ont besoin des éditeurs car elles vivent en partie de nos contenus », explique Michael Philippe. C’est bien sur ce constat que doivent s’appuyer les médias sans pour autant renier leur ADN au risque de s’effondrer. La vidéo peut sauver une partie des médias, ceux qui sont jeunes, agiles et dont le business model reste flexible. Pour les autres, le « pivot to video » n’est pas la meilleure idée qui soit.

Rencontre avec… Edward Roussel, Chief Innovation Officer du groupe Dow Jones

Edward Roussel est Chief Innovation Officer au sein du groupe de médias Dow Jones, un poste à forts enjeux dans une industrie toujours en pleine mutation face aux nouveaux usages. Entretien.

Anna : Qu’est ce qu’un Directeur de l’innovation dans le secteur des médias ?

Edward : Le rôle du Chief Innovation Officer au sein des médias varie d’un groupe à l’autre sa fonction est toujours de regarder vers le futur. Les médias se préoccupent en grande partie de faire vivre leur marque et  leur héritage, que ce soit un héritage papier mais aussi digital -cela fait maintenant 25 ans que le web existe-. Le Chief Innovation Officer, lui, est constamment en train d’adapter le média aux innovations dans le web mais, surtout aujourd’hui, sur le mobile qui bénéficie de l’explosion des applis, sur systèmes Android et IOS. Un nouveau risque est, en effet, apparu pour notre secteur : celui de ne plus faire partie des nouvelles technologies ou d’être dépassé par ces dernières. Dans les médias, l’innovation est un thème transversal crucial : il nous appartient de structurer des solutions pour le futur, de déterminer quels sont les risques majeurs de disruption mais aussi les opportunités technologiques. Par exemple, chez Dow Jones, au moment du développement de la Réalité Virtuelle, nous avons examiné en détail cette innovation et essayé de déterminer si elle était un changement majeur de paradigme pour l’information. Enfin, nous avons travaillé pour l’intégrer en adéquation avec notre marque. Etre un bon CIO, ce n’est pas seulement faire de la veille : il faut également proposer et mettre en oeuvre des solutions très concrètes.

Quelles sont les dernières évolutions connues par les médias ces dernières années ?

A mon avis, il y a eu deux grands changements de paradigme. Tout d’abord, le passage du Print au Digital. Ce dernier représente aujourd’hui plus de 50 % des revenus du groupe Dow Jones. En parallèle, un nouveau business model lié au mobile apparaît, fondé sur les abonnements digitaux et, de moins en moins, sur la publicité. Ces deux évolutions, qui marchent main dans la main nous demandent d’avoir une approche très pragmatique. Pour donner un exemple concret : le Wall Street Journal, qui fait partie de notre groupe, souhaite toucher et fidéliser les jeunes lecteurs, ceux qui sont actuellement au Collège (i.e. premier cycle universitaire). Aux Etats-Unis, ils sont 20 millions dont 4 millions étudiant dans le domaine de l’économie et du business. On développe ainsi des apps qui leur parlent, adaptés à leur génération et à leurs usages. Au WSJ par exemple, je me charge de trouver des accords avec des grandes entreprises technologiques. Mon rôle est de connecter le cœur de notre activité des médias, qui consiste à délivrer de l’information, aux nouvelles technologies. Cette année, l’arrivée du Samsung 8 et l’Iphone 8 vont avoir un impact et je dois nous y préparer.

Vous qui connaissez bien les médias français, quelles différences voyez-vous avec les médias américains en termes d’innovation ?

De mon point de vue, les médias français se concentrent encore trop sur la partie digitale dédiée à la consultation par ordinateur. Or, nous sommes déjà passés dans l’ère d’après : celle du mobile. Les médias français prennent un réel risque de rester derrière en termes d’innovation. Ici, aux Etats-Unis, les médias tentent de répondre à la question centrale en 2017: comment construire une expérience personnalisée et unique sur écran mobile ? On essaye de se focaliser sur le « comment ». L’avantage, c’est qu’ici, on n’a pas peur d’essayer ni de se tromper ou même d’échouer : c’est un terrain vierge qui s’offre à nous et nous devons obligatoirement prendre des risques en innovant.

Un autre frein est la peur française de ne pas avoir de business model préalable. Or, de nos jours, en matière d innovation, c’est en avançant que l’on construit un business model. L’innovation nous entraîne en territoire inconnu, on ne peut prévoir la technologie qui va émerger demain. Et innover n’est pas toujours une grande prise de risque financière : on sait que le marketing pour les nouveaux produits éditoriaux ne coûte pas cher si l’on utilise les réseaux sociaux. Il y a un seulement un investissement de départ puis on procède par test en demandant à l‘utilisateur de se prononcer. Les dirigeants des grands groupes de médias ne demandent plus d’avoir un revenu dès le lancement d’un nouveau format ou d’¡une nouvelle app mais se focalisent sur le retour des utilisateurs pour adapter le produit et offrir une expérience intéressante. Par exemple, au Wall Street journal, nous nous associons avec Google pour innover dans la réalité augmentée. C’est un chantier tout neuf, nous ne savons pas où il nous conduira précisément mais nous tentons l’expérience!

Quels seraient vos conseils aux médias français ?

La France devrait, à mon avis, miser sur la force de ses grandes marques. Des groupes comme Libération, Le Figaro ou Le Monde portent des noms qui ont une résonance forte, historique : il suffirait de les rafraîchir, de les faire vivre et vibrer. Regardez tout ce que l’on observe sur le mobile : le niveau d’innovation est extrêmement élevé. Regardez, par exemple, Instagram : ce groupe a créé quelque chose de simple et néanmoins innovant en misant sur une pratique ancienne, la photographie. Les marques françaises doivent faire levier sur tous ces nouveaux usages permis par le mobile sans oublier leur histoire. Je suis convaincu que l’on peut être fidèle à une marque tout en la faisant évoluer.

Les plateformes, comme Facebook, sont aujourd’hui montrées du doigt car elles profitent des contenus des médias pour vendre des espaces de publicité. S’agit-il d’un problème réel pour vous ?

Je ne dirais pas que ces plateformes posent un problème central : elles sont à la fois un risque et une opportunité pour les médias traditionnels. Même si Facebook et Google ont un monopole sur les revenus publicitaires digitaux, ils conduisent aussi les utilisateurs et de nouvelles audiences sur nos sites. D’ailleurs, les plateformes, en diffusant des fake news, qui sont en soi un problème majeur, représentent une opportunité: les gens reviennent sur les sites d’infos pour avoir une garantie de qualité. Lors du premier trimestre 2017, nous avons gagne 300 000 abonnés digitaux en croissance nette au WSJ. Aujourd’hui, le WSJ se focalise sur les abonnements. Notre objectif principal est d’appréhender le mobile qui est une énorme opportunité pour nous de construire une expérience unique pour le lecteur.

La troisième vague du journalisme aux US : les médias à la recherche du business model idéal

« Facebook est plus qu’une entreprise technologique, c’est une plateforme d’information » : cette phrase de Mark Zuckerberg, prononcée fin 2016, sonne comme un aveu et modifie radicalement la position officielle que ce dirigeant avait soutenue jusque-là. Les réseaux sociaux ont, en un court laps de temps, remplacé les médias en publiant de l’information gratuite, à même de toucher un public infiniment plus vaste que celui des médias traditionnels.. Au fil du temps, Google, Twitter, Facebook et consorts sont devenus de vrais « publishers » qui compilent et diffusent des articles, remettant par là même en cause les Business Models des médias américains classiques. Face à ce constat définitif et irréversible, les journaux US se sont vus contraints d’entrer dans « la troisième vague du journalisme » et ont été mis en demeure de concevoir rapidement de nouvelles voies de monétisation.

Clap de fin pour les Business Models des années 2000

Le dernier rapport du TowCenter for Journalism de Columbia, publié en mars 2017, évoque pour la première fois l’expression « troisième vague du journalisme », une notion qui fait référence à l’évolution rapide des pratiques médiatiques. Comme cela a souvent été observé, d’un modèle traditionnel, les médias sont progressivement passés à la digitalisation dès 1994 et l’avènement du web, plus largement diffusé à la fin des années 1990. Lors de cette phase –dite « deuxième phase du journalisme »- la préoccupation majeure des journaux était de transposer leur activité historique matérielle sur internet, sans pour autant remettre en cause leur business model traditionnel.

En effet, les médias ont longtemps fonctionné de la façon suivante : contenu et publicité (rectangles jaune et vert dans le schéma ci-dessous) étaient intégrés à un support (journal, télévision, radio…) puis distribués au public. Les médias dominaient de bout en bout cette chaîne.

Source : Straterchery

Lors de cette phase de digitalisation, les médias ont été convaincus que seul le support de consultation serait modifié et que le web serait un nouveau vecteur d’information, au même titre que la télévision ou la radio l’avaient été à une autre époque. Lors de cette phase, de nouveaux médias entièrement digitaux ont émergé, du Huffington Post à Buzzfeed, bénéficiant d’un accès accru à l’internet haut débit et à la démocratisation rapide du web.

Cependant, après ce passage au digital, les trois principales sources de revenus des médias se sont progressivement taries. « La première d’entre elles sont les petites annonces, dont la consultation est plus aisée sur le web grâce aux filtres, qui ont progressivement été soustraites aux journaux par des sites spécialisés comme Craiglist (l’équivalent de notre Bon Coin). C’est l’exemple-type de l’effet internet sur un secteur classique de l’économie : le premier domino à s’effondrer sur une longue chaîne. Ce changement de paradigme a ôté aux médias des revenus mais surtouti une part de leur audience… après, ce fut au tour des rubriques spécialisées puis des tribunes (pillées par les blogs) », explique Paul Strachman, investisseur chez ISAI et spécialiste de la tech. En parallèle, Google a capté le marché de la publicité. Enfin, la troisième source de revenus, les abonnements, a rencontré de grandes difficultés à résister au tout-gratuit. Face à cette évolution rapide, les grands médias ont cherché, à tâtons au départ, un nouveau modèle de développement, sans parvenir à revenir au niveau de revenus antérieur l’apparition du web.

Source : Straterchery

Ben Thompson, analyste et auteur du blog Straterchery, parle de « unbundling » (dégroupage, ndlr) pour décrire le phénomène : les médias ne dominent plus que la partie « Contenu » de la chaîne dont on parlait plus tôt.

Ce manque à gagner des entreprises de médias explique notamment la dégradation des conditions de travail des journalistes et les coupes claires dans les effectifs des grandes rédactions. Depuis l’avènement du web, le nombre d’employés a commencé à décliner au sein, notamment, de la presse écrite américaine.

Pour le grand public, la remise en cause du modèle intégré des médias traditionnels revêt nombre d’aspects positifs : enfin, on a accès, sans débourser un centime, à des sources d’informations multiples et de qualité… avec certaines limites. « La démocratisation d’internet a mis les internautes et les journalistes au même niveau : les premiers pouvaient, commenter, répondre, questionner, interpeler les auteurs d’articles, voire les rédactions de grands médias. Encore plus important, ce phénomène a créée une croyance parmis ces internautes que « mon ignorance vaut autant que leur savoir », avec une dégradation de la considération portée aux medias en genéral et au rôle de journaliste en particulier », explique Pierre Putois, responsable du bureau new-yorkais de Fabernovel. D’un point de vue social, le citoyen retrouvait un rôle actif au sein du système de l’information, de la démocratie, il pouvait organiser des mouvements citoyens ou faire entendre sa voix… tout en portant atteinte au rôle traditionnel des journalistes.

Selon les chercheurs de Columbia, l’ère de l’open web a atteint ses limites au moment où les consultations d’information via les smartphones et le web mobile privé ont pris la place des ordinateurs, soit à la fin des années 2000. Cette modification des usages a accéléré la montée en puissance d’une poignée de géants qui dominent aujourd’hui internet. « Lors des deux dernières années, la fusion des contenus d’information et des plateformes comme Facebook, Twitter, Snapchat et Google s’est fortement accélérée », expliquent les chercheurs du Tow Center. Dans l’histoire, aucun média n’a jamais bénéficié de l’audience de ces quelques acteurs. En 2016, eux seuls, ils concentrent 65% des recettes de publicité sur la toile, laissant les sites des médias classiques très loin derrière eux. Une tendance qui tend à s’accélérer puisque Facebook et Google s’arrogent aujourd’hui 90% de la croissance des revenus publicitaires. « L’influence de ces grandes sociétés sur les échanges d’informations est souvent gérée par des systèmes socio-techniques cachés et sous-tendue par des intérêts privés et non publics », note le rapport du Tow Center.

Des pistes pour de nouveaux Business Models

Face à cette évolution, les médias cherchent une porte de sortie. Comme le souligne Shane Smith, dirigeant et fondateur de Vice, interrogé par les chercheurs de Columbia : « En publiant sur les plateformes, vous donnez les clés de votre destin à un inconnu. Mais si vous n’êtes pas présent sur ces réseaux sociaux, dans ce cas, vous êtes morts, mais si vous y êtes distribués, alors vous ne gagnez plus d’argent (…) voilà le plus grand défi à relever pour les médias ».

 Dans le monde, certains médias continuent à miser sur leur site web, mais sont confrontés à d’autres écueils : les frontières entre la publicité et le contenu éditorial s’estompent progressivement. Les publicités « native », (ces « faux » articles à sensation que l’on trouve souvent en fin de page), « polluent » les grandes pages des médias et peuvent décrédibilisr leur contenu.

Aux Etats-Unis, dont les évolutions dans le domaine des médias et de la communication précèdent parfois celles du reste du monde, la remise en question de ce modèle est particulièrement profonde. Pierre Putois, qui dirige le bureau Fabernovel à New-York et aide les entreprises internationales à réussir leur transition vers le digital, en faisant interagir les médias français avec leurs homologues américains, note : « Après la perte d’une génération entière qui a cessé d’acheter les journaux de leurs parents, les médias américains ont compris qu’il fallait travailler cette audience en deux temps : séduire d’abord et fidéliser, voire faire payer ensuite.».

Ici, les médias essaient donc de trouver un Business Model idéal en lançant des projets qui durent quelques semaines, dans une perspective expérimentale très pragmatique pour toucher ces lecteurs potentiels. Les journaux produisent donc des contenus « natifs », c’est-à-dire dédiés aux réseaux sociaux et des contenus postés sur les réseaux, mais qui renvoient à leur page web (dit « networked content »). Ce « mix produit », comme on l’appellerait en marketing, varie selon les médias. Par exemple, quand le New York Times produit 16% de « native content » dédié uniquement aux plateformes (données de la semaine du 6 février 2017), Huffington Post en produit jusqu’à 66% sur la même période. Quel intérêt de délivrer du contenu sur les réseaux uniquement ? On assiste aujourd’hui au balbutiement de la monétisation. Ainsi, Facebook propose de partager avec les médias une partie des recettes publicitaires liées aux contenus des Facebook Instant Articles. De son côté, Snapchat négocie également avec les médias – même si cette pratique est très récente et se fait encore au cas par cas.

Toutefois, la dépendance aux médias sociaux n’est pas la panacée car elle comporte un certain nombre de risques. D’une part, les engagements financiers pour produire des contenus sur-mesure dédiés aux réseaux sociaux sont conséquents et engendrent des revenus directs et indirects difficiles à mesurer. A cela s’ajoute l’impossibilité de vérifier les données de trafic fournies par la plateforme et les revenus qui en découlent. Certains médias, comme Buzzfeed ou NowThis News, qui n’existent que grâce aux partenariats avec Facebook et consorts sont vulnérables, car ils dépendent entièrement de la stratégie des grands réseaux sociaux. Passer au digital, oui, mais pour les grands médias, on préfère conserver et préserver une marque forte, du New York Times au Washington Post, en cas de nouveau changement de paradigme.

« Pour l’instant, personne n’a trouvé la formule magique, conclut Pierre Putois. Certains, pourtant, se prennent à imaginer un modèle complètement nouveau, où les médias pourraient créer leur plateforme commune, à l’image de Spotify pour la musique : un portail payant qui donnerait accès à l’information et proposerait des articles complémentaires –provenant de médias divers- à l’internaute, avec une approche thématique transverse ».

 

Une autre option, que certains grands médias américains étudient déjà, serait de développer une offre liée au fact-checking de l’information disponible. Alors que le consommateur de médias tend vers un scepticisme toujours plus important à l’égard des médias classiques, parfois entretenu par un discours politique très critique à leur égard, proposer une « garantie de vérité » pourrait également s’avérer efficace et constituer une nouvelle source de revenus. En effet, derrière le renouvellement profond et contraint des business models médiatiques outre-Atlantique, se jouent des enjeux politiques fondamentaux, notamment autour de la place de l’information dans nos démocraties.

NDLR: Cet article est aussi paru sur le site de Kablé Communication: http://www.kable-communication.com/fr/2017/04/19/medias-reseaux-sociaux-le-nouveau-businessmodel/

 

 

 

 

 

S’informer : quels médias suivre en 2017 ?

L’élection américaine ainsi que le Brexit ont contribué à l’affaiblissement de la confiance des lecteurs envers les médias traditionnels et les sondages qu’ils diffusent. Face à ce désengagement progressif des audiences, l’année 2017 a vu s’accélérer l’émergence des médias et des prescripteurs d’opinion sur les réseaux sociaux et, plus largement, sur le web. Pour s’orienter dans cette profusion de sources d’informations, nous avons procédé à une sélection soigneuse des médias à suivre en 2017 pour les fonds, les start-uppers et leurs communicants… et pour tous ceux qui veulent voir l’actualité sous un autre angle.

Podcasts

  • APPRENTISSAGE Start-up Stories : Andrew Warner a interviewé 1300 fois des entrepreneurs à succès sur des sujets aussi divers et concrets que « Comment revendre sa société ? » ou « Comment établir des partenariats avec des grandes marques ? ». Destinés aux entrepreneurs qui se sentent souvent seuls dans leur aventure entrepreunariale, ces podcasts au ton enjoué vous donnent des astuces pour faire de votre entreprise une licorne.
  • INSPIRATION The Tim Ferris Show : Avec plus de 100 millions de téléchargements sur iTunes, il s’agit du podcast le plus en vogue outre-Atlantique. A chaque épisode, Tim Ferris, Business Angel et auteur à succès, rencontre une célébrité (sportive, politique, entreprenariale…) pour définir ce qui l’a conduite au succès. A la clé, des histoires uniques mais universelles.
  • ECONOMIE Planet Money fait de l’économie un thème passionnant et parfois même drôle. Chaque épisode explique les rouages de cette grande machine qui fait tourner le monde. De la déconstruction de la politique économique d’Obama au parallèle entre Wall Street et Las Vegas, on ne sait par quel épisode commencer.
  • VISUEL Tout les podcasts ne sont pas fait que de sons : The Foundation propose des cours gratuits pour entrepreneurs avec, à l’appui, des vidéos. Didactiques, ces émissions retracent des parcours hors-normes (Ex : L’histoire d’un employé de Tesla qui monte son entreprise et démissionne) et prodigue de précieux conseils (Quels sont les secrets des étudiants qui réussissent ?).
  • MEDIAS A l’heure du tout informatif, de la post-vérité et des « faits alternatifs », On the Media est un podcast intelligent qui s’interroge sur les médias, leurs objectifs et leur évolution. Via des thèmes aussi divers que « Comment Trump change-t-il les règles du jeu du journalisme ? » ou  « L’art de poser des questions », ces émissions donnent la parole à de grands spécialiste de la communication qui affichent des points de vue pointus et souvent hors des sentiers battus.

Newsletters

  • FRENCHIE La plateforme de financement SmartAngels produit une newsletter hebdomadaire qui compile les dernières actus des start-ups. La sélection d’articles issus de la presse tech française est intelligente et voit au-delà des frontières de notre Hexagone.
  • START UP Temps forts de l’année pour faire parler de vous, annonce d’une levée de fonds, cette deuxième newsletter française dispense des conseils à l’endroit des petites entreprises et start-ups qui désirent communiquer de façon efficace. Suivez vite Outjo!
  • CREATIVITE Ancien journaliste chez Fast Company, Newsweek, Forbes et LifeHacker, Paul Jarvis mêle habilement créativité et business dans sa newsletter publiée tous les dimanches. Un bon moyen de se tenir au courant des dernières tendances en marketing, communication et start-ups.
  • VENTURE CAPITALISTS ET TECH Benedict Evans Depuis 2013, Benedict Evans diffuse une newsletter hebdomadaire à ses 65000 abonnés. Cet investisseurs chez Andreessen Horowitz sélectionne dans l’actualité les sujets les plus marquants autour de la tech et du Capital Innovation. On salue toujours son recul et son sens de l’anticipation sur les sujets de demain.
  • REFLEXION Azheem Azar Ce journaliste anglais, ancien du FT, creuse chaque semaine deux ou trois grands sujets qui touchent à la fois à l’économie, à la société et à la technologie. De l’Intelligence Artificielle à la block-chain en passant par la politique américaine, l’angle est toujours très ouvert et cherche à susciter la réflexion et la discussion.
  • STRATEGIE Basé à Taiwan, Ben Thompson, ancien de Microsoft et Apple, s’intéresse à toutes les stratégies qui touchent à la tech via des articles très documentés sur les sujets du moment. Suivez sa newsletter sans hésiter si vous voulez approfondir votre réflexion sur les nouvelles technologies.

 

Et encore…

  • INCONTOURNABLE On ne la présente plus, tellement son fil twitter est suivi : l’insider Emmanuelle Leneuf nous informe chaque matin de l’actu de la tech et des start-ups partout dans le monde. Une sélection intelligente et souvent percutante. Abonnez-vous vite au @FlashTweet!
  • BLOG Brad Feld, VC early stage et entrepreneur, partage ses réflexions d’après les expériences qu’il fait dans sa vie personnelle. On le suit dans ses voyages et on navigue au gré de ses rencontres: http://www.feld.com

Découverte du club French Founders version New York

Créé il y a deux ans à peine, le très sélectif club French Founders se définit comme « le club business, next-generation des dirigeants et fondateurs francophones – partout dans le monde ». Dans les faits, il se démarque par la qualité de son contenu et de son audience lors de ses événements. L’une des dernières conférences en date : la rencontre d’une douzaine de start-ups françaises triées sur le volet et de fonds d’horizons divers, lors d’une soirée spéciale à New-York.

Loin de se positionner comme les traditionnels clubs pour expatriés qui veulent simplement se constituer un réseau ou comme une association de promotion des start-ups aux US, French Founders rassemble, anime et fédère activement une communauté française issue de secteurs divers et d’entreprises de toutes tailles. Actuellement, ce club de cadres et dirigeants regroupe plus de 1700 membres sur 3 continents (Amérique, Europe et Asie) avec, comme objectif affiché d’apporter à chacun des membres une attention et un traitement personnalisé pour favoriser le développement des business français dans le monde.

Parmi les 200 événements organisés chaque année par French Founders, la soirée Start-up to VC participe pleinement de ce principe d’efficacité et de service sur-mesure. Deux fois par an, un jury -composé de fonds et de business angels accompagnés par French Founders sélectionnent ainsi une poignée de start-ups fondées par des entrepreneurs français exclusivement. Ces derniers peuvent, à cette occasion, rencontrer des investisseurs potentiels pour présenter leur projet, leurs business model et leurs ambitions. C’est l’occasion d’échanges et de prises de contacts dans la perspective, à plus long terme, de levées de fonds.

Le 15 novembre dernier, 14 jeunes entreprises françaises ont eu la chance non négligeable de discuter longtemps avec des investisseurs locaux – ce qui, comme vous le savez, n’est pas chose aisée car les fonds à New-York, sont très sollicités et les jeunes entreprises nombreuses. Quatre start-ups tirées de cette sélection étaient invitées à se présenter en public, devant l’assemblée des invités composée principalement de membres de l’écosystème new-yorkais, soit 20 investisseurs US et 10 fonds français des start-uppers en devenir ainsi qu’Anne-Claire Legendre, Consule Générale de France. Une visibilité inédite pour certains start-uppers ! Les quatre jeunes pousses mises en lumière ce jour-là devant l’audience provenaient d’horizons très divers, tant en termes de secteurs que de provenances géographiques (Boston, San Francisco, NYC, Shanghai…). Les fondateur de Cobalt (créateur d’avions privés du futur), Try the World (les fameuses box de produits gourmets), Allure Systems (concepteur de mannequins en VR pour les marques de vêtements) et  Biomodex (créateur d’organes 3D pour l’entraînement des chirurgiens) ont pu transmettre leurs visions et ambitions. La deuxième partie de la soirée était, elle, consacrée à des rencontres en tête-à tête et en privé entre les entreprises sélectionnées et le pool d’investisseurs.

J’étais aux premières loges, puisque French Founders m’avait proposé d’être Maître de Cérémonie pour cet événement, diffusé en direct sur Facebook. Je peux donc témoigner aujourd’hui de l’efficacité du club : start-uppers désireux de communiquer des deux côtés de l’Atlantique m’ont demandé de leur présenter mon activité de RP pour les fonds et les start-ups aux US.

Pour terminer, voici quelques pistes d’associations et d’institutions qui peuvent vous ouvrir de nouveaux réseaux lors de votre implantation aux Etats-Unis :

  • French Founders est un club qui sélectionne ses membres et leur propose un accueil sur-mesure en les mettant en relation et en attirant leur attention sur les événements pertinents pour eux. Les membres du réseau sont actifs et de haut niveau.
  • La French-American chamber of commerce propose des espaces de co-working, des forums thématiques et sectoriels et des soirées festives pour animer son réseau.
  • Le programme Impact USA  de Bpifrance permet à 18 start-ups sélectionnées de partir pour les US (San Francisco et NYC) avec, comme objectif, de « réaliser en 10 semaines ce qui leur aurait pris un an ». Les jeunes entrepreneurs sont coachés et accompagnés de très près par des experts dans tous les domaines.
  • Business France est souvent la première porte à laquelle frappent les start-uppers. C’est un bon moyen d’approcher le marché américain et d’en connaître les contours globaux avec une approche très institutionnelle.
  • Le Consulat de France à New-York a également lancé des soirées de pitch pour start-uppers français, sous l’impulsion de la nouvelle Consule Générale de France, Anne-Claire Legendre qui compte mettre l’innovation française au coeur de sa communication.

Le côté obscur d’une start-up: critique littéraire de Disrupted et ITW de l’auteur

Tirer à boulets rouges sur le monde des start-ups semble être un leitmotiv chez plusieurs auteurs américains en 2016. Après avoir glorifié le monde des jeunes pousses de la tech et de l’innovation, certains revoient aujourd’hui leur jugement, surtout quand leur expérience personnelle diffère l’image d’Epinal que la Valley s’efforce de nous vendre. C’est le cas du best-seller autobiographique de Dan Lyons, Disrupted

Sorti au printemps dernier et savoureusement sous-titré « ma mésaventure dans le bulle des start-ups », l’ouvrage retrace le parcours (réel) de son auteur. Quinquagénaire féru de nouvelles technologies, journaliste de longue date chez Newsweek et Forbes, Dan doit affronter un chômage inattendu et se reconvertir au plus vite pour faire vivre sa famille.

Rapidement embauché, en 2013, par deux trentenaires caricaturaux chez Hubspot, un créateur de logiciels marketing, le narrateur plonge du jour au lendemain dans l’univers cruel de cette start-up située à Boston. Dans un récit cocasse qui confine à l’absurde (on retrouve des dialogues dignes de Beckett), voire à la démence (Kafka n’est pas loin), on se rend compte que le goût pour l’innovation a pris le pas sur la voix de la raison au sein de cette jeune entreprise qui a levé 100 millions de dollars auprès de VC.

Avec une culture d’entreprise qui se veut innovante et qui pousse le jeunisme à l’extrême, la start-up Hubspot fait de ses employés de véritables adeptes qui mangent, vivent, dorment Hubspot et doivent vouer un véritable culte aux deux patrons fondateurs. Des chiens se baladent librement dans les couloirs et les collaborateurs, qui travaillent assis sur des ballons, tous vêtus en orange, la couleur officielle de la société, se pâment devant « le mur des bonbons » de l’open-space.

Cette satyre pointe les dérives du tout « marketing » et de ces CEO qui se prennent pour des gourous : de l’ours en peluche qui préside toutes les réunions en tant que représentant du consommateur au mantra « 1+1=3 », qui guide toutes les décisions marketing, l’entreprise semble marcher sur la tête. Ce récit savoureux fait aussi la part belle aux sociolectes de l’entreprenariat : si on est assez « disruptif », on peut par exemple « créer le buzz » (go viral) et « faire sauter l’internet » (blow up the Internet). L’auteur nous fait vivre de près sa descente progressive aux enfers, de sa mise au placard à l’écriture de ce livre cathartique.

– – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – INTERVIEW DE DAN LYONS – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –

Alors qu’en est-il réellement ? Est-ce là une critique globale de la Silicon Valley et de ses jeunes pousses ? Dan Lyons, l’auteur, étant par définition un homme connecté, désormais scénariste pour la série Silicon Valley de HBO, nous avons pris contact avec lui via Twitter. Car oui, aux Etats-Unis, les auteurs sont sur Twitter et ils y sont même très actifs. Dan a donc répondu à ces interrogations !

Anna Casal : Avec le recul, pensez-vous que votre expérience chez Hubspot ait été positive ?

Dan Lyons : Cette expérience était profondément désastreuse. J’étais si mal et si triste à l’époque où j’étais employé là-bas… De toute ma vie d’adulte, je n’ai jamais été aussi désespéré que lors de mon passage chez Hubspot. Ceci dit, j’y ai appris ce qui m’a permis d’écrire Disrupted !

A.C : Pensez-vous que toutes les start-ups ressemblent à Hubspot en termes de management ou de culture d’entreprise ?

D.L : Non, toutes les start-ups ne sont pas aussi dingues que l’est Hubspot. En réalité, les deux fondateurs de cette société essayaient de diriger une entreprise expérimentale. Ils ne voulaient pas seulement produire et développer un logiciel mais également réinventer la façon dont on dirige une entreprise. Hubspot était une sorte de laboratoire expérimental où ils pouvaient tester des théories de management sur des vrais êtres humains.

A.C : Est-ce que des fonds de capital risque (VC) ou des start-ups ont réagi à votre livre et comment ? 

D.L : 100% des emails que je reçois de mes lecteurs, VC et start-ups compris, sont positifs ! C’est assez étonnant, en fait. Même sept mois après la sortie du livre, je reçois encore des lettres de lecteurs qui me remercient car ils ont vécu eux-mêmes ce genre d’expériences traumatisantes !

Pour suivre Dan Lyons : abonnez-vous à son fil @realdanlyons et ou visitez son site (http://www.realdanlyons.com)

 – – – – – – – – – – – – – – LES PHRASES CULTES  – « Disrupted » de Dan Lyons – – – – – – – – – – – – – –

« J’aime beaucoup cette idée mais elle n’est pas assez 1+1=3 »
« Je suis la manager d’une équipe d’une personne. Et par une, elle entendait elle-même. Elle dirigeait donc le département des « relations influenceurs » (..). Un jour, pour Halloween, elle donna un discours lors d’une conférence, déguisée en sorcière, avec des chaussures brillantes, un balai à la main et un grand chapeau noir. Elle posta des photos d’elle-même ce jour-là sur Twitter »

« Le texte de la petite annonce pour un(e) responsable RP était édifiant : Vous pensez pouvoir nous faire faire la couverture de Time Magazine ? (…) La personne qui aurait pu postuler pour ce job (de RP) était, par définition, quelqu’un qui avait très peu d’expérience. Tout comme la personne qui avait écrit cette petite annonce »
« Vous êtes la première génération à accepter de travailler pour des bonbons gratuits. Ma génération n’aurait jamais cédé. Nous voulions être rémunérés en argent véritable.  Vous comprenez ? Non, ils ne comprenaient pas. »
« Je suis arrivé chez Hubspot avec des idées grandioses sur le journalisme d’entreprise. Au lieu de ça, à 52 ans, j’écris des articles idiots à longueur de journée, un cran en dessous des descriptifs de catalogues de vêtements »

Les fonds français aux US (1/3) : quelle(s) stratégie(s) pour s’implanter aux Etats-Unis ?

Ils sont 13 aujourd’hui (source AFIC). 13 fonds d’investissement français de Capital développement ou de Capital innovation qui ont choisi de placer leurs pions aux Etats-Unis.Difficile d’en dresser une typologie tant leurs profils sont hétéroclites : d’Ardian, le mastodonte généraliste, à Cathay Capital en passant par Creadev, ISAI ou Bpifrance, tous pionniers de leurs secteurs, ils ont tenté l’aventure américaine. Mode, pari risqué ou axe structurant de développement?

A première vue, difficile de comprendre quelle place les fonds d’investissement français pourraient prendre sur ce marché. Comme l’avoue un investisseur français sous couvert d’anonymat, «il ne faut pas le nier, le marché américain est très difficile d’accès avec des valorisations très importantes et une concurrence monstrueuse. Y aller sans avoir réfléchi à son positionnement et sans réels moyens, c’est prendre un risque réel».

Avec plus de 2000 fonds de private equity locaux présents sur le marché américain, les Frenchies et leur modeste potentiel d’investissement font pâle mine. Delphine Descamps, Managing Director de Creadev USA, note : « la puissance de feu des fonds d’investissement américains est réelle et le marché très codifié. Par exemple, quand ils investissent en seed, pour être plus réactifs, ils le font très souvent en notes convertibles (obligations) et reportent ainsi les problématiques de valorisation et de pactes d’actionnaires à la série A (1er tour) ».Delphine Descamps explique également que les fonds d’investissement américains sont les champions de l’accompagnement et ce dans tous les domaines. « Les fonds d’investissement américains ont de plus en plus des compétences multiples en interne : marketing, RH, CFO… ». Chaque fonds d’investissement américain est également très spécialisé, que ce soit dans un secteur particulier ou dans un stade d’investissement précis (seed, série A, B ou C). Il s’agit d’un marché très structuré, donc, avec des codes bien précis et un fonctionnement rôdé depuis plusieurs années, voire des décennies.

Enfin, autre spécificité, le marché américain du Private Equity est très hétérogène sur son territoire: « Sur la côte Ouest, les fonds de private equity constituent un cercle très fermé : seuls un tiers d’entre eux participent aux meilleurs deals », note Delphine Descamps. Si on souhaite entrer sur ce marché, il faut être sur place car cela exige beaucoup de réactivité et de gros moyens pour investir dans les start-ups les plus intéressantes. « On voit énormément de start-ups soutenues en seed avec des valorisations très élevées du côté de la Silicon Valley », explique un investisseur.
Sur la côte opposée, à l’Est, la typologie des entreprises est différente : si San Francisco reste la Mecque de la tech, New-York attire, elle, des entreprises de plus grande taille et de secteurs plus diversifiés.Par ailleurs, « la côte Est est plus proche de l’Europe géographiquement, elle permet aux entreprises françaises d’approcher le marché américain en gardant les bases de la R&D en France avec une distance plus facile à gérer », souligne Delphine Descamps. Autre élément déterminant: les valorisations à New-York sont plus abordables que dans la Valley. Conséquence pour les fonds d’investissement français : ils privilégient largement la Grosse Pomme, avec 13 bureaux de fonds qui s’y situent, contre 3 sur la côte Ouest.

Différents types d’approche pour les fonds d’investissement français
Face à ces défis multiples, inhérents à un marché mature et hétérogène, les fonds d’investissement français ne reculent pourtant pas. Globalement, deux grandes stratégies d’approche du marché se dégagent. D’une part, les grands fonds de private equity qui investissent directement dans des entreprises américaines, surtout dans le métier du Capital développement.
Ardian reste le meilleur exemple, avec actuellement 15 investissements dans des entreprises américaines et 11 entreprises US déjà cédées. Dans ce cas, la présence in situ du fonds se justifie pleinement, puisqu’il s’agit d’accompagner les entreprises au quotidien, ce qui suppose d’en connaître finement la culture propre. D’autre part, certains investisseurs misent, eux, sur la volonté grandissante des entreprises françaises d’aborder le marché américain. « Du point de vue de la valorisation de leur entreprise, il est très intéressant pour les entrepreneurs de se développer outre-Atlantique », explique Paul Strachman, venture partner chez ISAI à New-York.

Pour répondre à cette demande, des fonds de private equity de taille modeste font donc le grand pas : ouvrir une antenne aux Etats-Unis pour accompagner le développement des entreprises en portefeuille.
L’avantage ? Pouvoir effectuer une veille, mettre en relation les entrepreneurs avec des réseaux (banques, avocats, conseils) constitués par le fonds en amont. C’est, par exemple, le cas de Creadev : « Avoir un bureau à New York est une réelle valeur ajoutée qui correspond à notre volonté d’accompagnement long terme et à notre vision internationale », souligne Delphine Descamps. Cette vision de partenariat cross-border est partagée par ISAI : « Notre bureau est dédié à l’accompagnement des entreprises françaises de notre portefeuille et à l’investissement dans des entreprises françaises déjà présentes aux US», indique Paul Strachman.
BPIFrance n’est pas en reste. Les fonds d’investissement français multiplient les initiatives pour promouvoir les start-ups françaises aux Etats-Unis en développant des programmes comme le USA Impact, en collaboration avec Business France.
Les fonds d’investissement de moyenne taille sont donc prêts à investir outre-Atlantique, dès lors qu’une opportunité -française- intéressante se présente à eux.
Enfin, certains, comme Creadev, notamment, profitent de leur présence sur le sol américain pour examiner des dossiers de start-ups américaines qui voudraient s’internationaliser, en France ou ailleurs dans le monde.

Des stratégies de communication adaptées

Le choix d’une stratégie de communication est crucial et doit donc être adapté aux objectifs globaux des fonds de private equity. Certains fonds d’investissement français essaient de gommer leurs origines ou, du moins, de se positionner comme des concurrents directs de fonds américains, en embauchant notamment des investisseurs américains dotés de réseaux et d’un beau track-record aux Etats-Unis. Ces fonds d’investissement font alors de leur présence aux Etats-Unis un élément constitutif de leur ADN. D’autres encore, la majorité en réalité, décident de communiquer en direction des entreprises françaises via des blogs ou la participation à des événements de place afin de se constituer un dealflow de qualité de start-ups désireuses de s’internationaliser.
En termes de communication, la présence aux Etats-Unis permet enfin d’importer les Best Practices et de jouer la carte américaine comme un réel « plus ». C’est le cas d’ISAI qui tend à innover avec des opérations de communication « disruptives » sur le marché français, directement inspirées des pratiques et des problématiques de fond du marché américain (qui feront l’objet d’une prochaine chronique).
Pour n’en citer qu’une, Paul Strachman est à l’origine du grand événement organisé en septembre dernier à Paris autour de l’Intelligence Artificielle, un thème très en vogue aux US et sur lequel la France dispose d’un fort potentiel. En rassemblant tous les acteurs d’un secteur, (fonds, sociétés, chercheurs, conseils intéressés par ces questions) et en s’associant, pour l’événement, à des fonds d’investissement américains, ISAI fait vivre tout un mouvement tech. « Notre objectif, via cette conférence, est de créer un pont pour les start-ups entre la France et les US. Le sujet de l’Intelligence artificielle est particulièrement intéressant puisque la France est en pointe en la matière et l’écosystème est déjà vivant. Il nous est donc paru pertinent de créer un lieu d’échanges pour faire émerger des start-ups françaises et partager leur savoir », note Paul Strachman. Au total, ce sont 400 personnes qui se sont retrouvés au sein du Hub BpiFrance pour échanger sur les applications pratiques et l’avenir de l’AI.

Le pari de s’implanter aux Etats-Unis peut donc se révéler payant, à la condition de bien connaître ce marché, unique en son genre et que l’on ait défini une stratégie bien précise. Les fonds  d’investissement français ont beaucoup à y gagner, en proposant des passerelles aux entreprises françaises et en s’inspirant d’un pays qui est en avance dans de nombreux domaines. Une chose est sûre : le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter !

Tendance : les médias se réinventent pour les digital natives

Cet article a été publié dans le numéro 1 de la revue Les Confettis

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« Le mobile est devenu une extension de notre propre corps. » Derrière ce cliché, se cache toutefois une réalité sociologique et, plus largement, une vérité économique. Le secteur des medias est sans doute celui qui, le premier, a su tirer les conséquences de ce nouvel accès à l’information, devenu presque « naturel »…. Découvrons ensemble les nouvelles tendances.

Vous vous sentez désorienté au milieu de la multitude des nouvelles radios, TV, journaux online pointus et ultra spécialisés qui voient le jour au quotidien ? En soi, rien de plus normal: 8200 sites d’information en ligne et 39 000 journalistes cohabitent aujourd’hui sur le seul territoire américain – et presqu’autant en Europe ! A l’autre bout de la chaîne de l’information, notre mobile –ou notre tablette- nous offre l’embarras du choix, tant pour la consultation (sédentaire, nomade, en réalité augmentée ou virtuelle) que pour la forme (texte, audio ou vidéo) … Une offre pléthorique, qui peut générer une certaine tendance à la fainéantise. Selon les statistiques, nous ne passons jamais plus de 4 minutes à découvrir un article ! Tout l’intérêt de cette digitalisation à outrance est de pousser les médias traditionnels à toujours plus de créativité et d’innovation, pour le plus grand bonheur des digital natives.

Ces grands pionniers de l’info…

En 2014, aux Etats-Unis, le journaliste radio Alex Blumberg a pressenti le potentiel du nouvel usage du mobile, immodéré et polymorphe. En lançant son propre groupe de média dédié aux podcasts, Gimletmedia, il a fait d’une pierre deux coups. De l’invention du concept à la levée de 6 millions de dollars, cet entrepreneur a tout enregistré : ses discussions avec son associé, ses pitchs devant les fonds, les interrogations et… les moments de doutes qu’il confie à sa femme ! De ce contenu, il a tiré une série passionnante, éditée en podcasts sous le nom de Start-upUn carton d’audience aux US, qui a entraîné derrière lui toute une génération de journalistes. Aujourd’hui, le podcast se développe en effet à vitesse grand V outre-Atlantique. Sa vocation ? Devenir une source d’inspiration inépuisable, variée et nomade pour l’auditeur. De la popculture (www.thenerdist.com) à l’info économique éclectique (www.freakonomics.com), en passant par la compréhension de tout ce qui nous entoure (www.stuffyoushouldknow.com), le podcast marche sur les platebandes de la radio, au risque, à brève échéance, de lui faire réellement de l’ombre.

Mais l’ambition des médias ne s’arrête pas là. La digitalisation propose un nouveau segment au potentiel inouï : celui de la réalité virtuelle. Porté par le secteur des jeux vidéo, le marché du casque, qui transforme votre smartphone en « porte » vers un autre monde, atteint d’ores et déjà 700 millions de dollars. Certains y voient déjà le vecteur d’un nouveau type de journalisme prometteur, « en immersion ». Déjà, le Wall Street journal propose de se promener sur la courbe du Dow Jones, de voyager virtuellement à l’autre bout du monde pour y rencontrer des réfugiés ou de suivre en direct les JO de Rio cet été. 600 000 abonnés ont déjà téléchargé l’application du grand journal américain consacré à la réalité virtuelle. Le webdocumentaire prend aujourd’hui une importance inédite, au point que certains se demandent si cette tendance ne va pas être une véritable planche de salut pour journalisme et les médias.

 Quand l’information classique se réinvente…

 Néanmoins, la montée en puissance de ces nouveaux modes de consultation n’entame pas la puissance du journalisme écrit, loin de là. L’information brute, type dépêche de presse, étant accessible gratuitement, en temps réel, les médias écrits se doivent d’offrir de nouvelles plus-values. La première stratégie consiste à creuser les sujets et à développer des expertises. Une tendance que les blogs ont explorée au début des années 2010 et qui, aujourd’hui, a donné naissance à des plateformes dédiées aux tribunes et à l’investigation. Pionnier en la matière, le géant Medium, réseau de partage éditorial largement plébiscité aux Etats-Unis, véhicule une profusion d’expertises via de longs éditoriaux ou des textes techniques.

D’autres journalistes proposent, dans un format plus structuré, les newsletters comme antidote à l’infobésité. Ces formats courts, éditorialisés, s’affirment cette année comme la tendance de pointe. Leur objectif ? Sélectionner l’actu selon une ligne éditoriale propre pour offrir une « vision » incarnée et subjective du monde qui nous entoure. On peut ainsi s’abonner à des newsletters « cousues-mains » de grands journalistes américains (Ann Friedman du LA Times http://tinyletter.com/annfriedman ou Jamelle Bouie de Slate http://tinyletter.com/jbouie) ou de stars engagées, dans le sillage de Lena Dunham (http://www.lennyletter.com).

Reste un créneau que les médias écrits et les marques commencent à découvrir : celui de la conversation via des applis. Le succès de Slack, Whatsapp, Facebook Messenger, QQ Mobile ou We Chat inspire. En parallèle de l’émergence de cet univers conversationnel (chat, messageries et push-to-talk), certains groupes de presse imaginent un nouveau type de journalisme qui engage, en live, des conversations entre experts et lecteurs. De grands médias, comme le Wall Street journal ou le Huffington Post s’y sont déjà essayés…. avant l’apparition récente de pure players. Début février, l’appli Quartz a ainsi vu le jour en proposant d’envoyer des informations tout au long de la journée sous forme de courts textes, GIF ou courtes vidéos. La grande nouveauté est d’apporter davantage d’interactivité, en proposant au lecteur d’engager un dialogue et de recevoir plus de précisions sur tel ou tel événement… une appli qui inspire les grands médias désireux de se rapprocher encore du lecteur.

A travers la diversité de ces exemples, on perçoit que nous sommes aujourd’hui à l’aube d’une nouvelle ère de l’information. Plutôt que de déplorer la digitalisation et l’utilisation massive des mobiles ou tablettes, il faut désormais y voir, pour le secteur des médias, une opportunité unique de se réinventer, de créer, d’innover et de proposer au lecteur une nouvelle forme d’accès à la connaissance, toujours plus personnalisée.

Trois conseils des Confettis pour ne pas sombrer dans l’infobésité:

– Constituez votre propre fil d’actu médiatique sur les sujets qui vous passionnent (www.feedly.com)

– Sélectionnez tous les blogs d’experts et d’analyses qui traitent de vos sujets de prédilection (www.medium.com)

– Pour désencombrer votre boîte mail, sélectionnez une newsletter qui, chaque jour, condense l’actualité (http://timetosignoff.fr, http://nextdraft.com ou http://theskimm.com)