Tendance : les médias se réinventent pour les digital natives

Cet article a été publié dans le numéro 1 de la revue Les Confettis

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« Le mobile est devenu une extension de notre propre corps. » Derrière ce cliché, se cache toutefois une réalité sociologique et, plus largement, une vérité économique. Le secteur des medias est sans doute celui qui, le premier, a su tirer les conséquences de ce nouvel accès à l’information, devenu presque « naturel »…. Découvrons ensemble les nouvelles tendances.

Vous vous sentez désorienté au milieu de la multitude des nouvelles radios, TV, journaux online pointus et ultra spécialisés qui voient le jour au quotidien ? En soi, rien de plus normal: 8200 sites d’information en ligne et 39 000 journalistes cohabitent aujourd’hui sur le seul territoire américain – et presqu’autant en Europe ! A l’autre bout de la chaîne de l’information, notre mobile –ou notre tablette- nous offre l’embarras du choix, tant pour la consultation (sédentaire, nomade, en réalité augmentée ou virtuelle) que pour la forme (texte, audio ou vidéo) … Une offre pléthorique, qui peut générer une certaine tendance à la fainéantise. Selon les statistiques, nous ne passons jamais plus de 4 minutes à découvrir un article ! Tout l’intérêt de cette digitalisation à outrance est de pousser les médias traditionnels à toujours plus de créativité et d’innovation, pour le plus grand bonheur des digital natives.

Ces grands pionniers de l’info…

En 2014, aux Etats-Unis, le journaliste radio Alex Blumberg a pressenti le potentiel du nouvel usage du mobile, immodéré et polymorphe. En lançant son propre groupe de média dédié aux podcasts, Gimletmedia, il a fait d’une pierre deux coups. De l’invention du concept à la levée de 6 millions de dollars, cet entrepreneur a tout enregistré : ses discussions avec son associé, ses pitchs devant les fonds, les interrogations et… les moments de doutes qu’il confie à sa femme ! De ce contenu, il a tiré une série passionnante, éditée en podcasts sous le nom de Start-upUn carton d’audience aux US, qui a entraîné derrière lui toute une génération de journalistes. Aujourd’hui, le podcast se développe en effet à vitesse grand V outre-Atlantique. Sa vocation ? Devenir une source d’inspiration inépuisable, variée et nomade pour l’auditeur. De la popculture (www.thenerdist.com) à l’info économique éclectique (www.freakonomics.com), en passant par la compréhension de tout ce qui nous entoure (www.stuffyoushouldknow.com), le podcast marche sur les platebandes de la radio, au risque, à brève échéance, de lui faire réellement de l’ombre.

Mais l’ambition des médias ne s’arrête pas là. La digitalisation propose un nouveau segment au potentiel inouï : celui de la réalité virtuelle. Porté par le secteur des jeux vidéo, le marché du casque, qui transforme votre smartphone en « porte » vers un autre monde, atteint d’ores et déjà 700 millions de dollars. Certains y voient déjà le vecteur d’un nouveau type de journalisme prometteur, « en immersion ». Déjà, le Wall Street journal propose de se promener sur la courbe du Dow Jones, de voyager virtuellement à l’autre bout du monde pour y rencontrer des réfugiés ou de suivre en direct les JO de Rio cet été. 600 000 abonnés ont déjà téléchargé l’application du grand journal américain consacré à la réalité virtuelle. Le webdocumentaire prend aujourd’hui une importance inédite, au point que certains se demandent si cette tendance ne va pas être une véritable planche de salut pour journalisme et les médias.

 Quand l’information classique se réinvente…

 Néanmoins, la montée en puissance de ces nouveaux modes de consultation n’entame pas la puissance du journalisme écrit, loin de là. L’information brute, type dépêche de presse, étant accessible gratuitement, en temps réel, les médias écrits se doivent d’offrir de nouvelles plus-values. La première stratégie consiste à creuser les sujets et à développer des expertises. Une tendance que les blogs ont explorée au début des années 2010 et qui, aujourd’hui, a donné naissance à des plateformes dédiées aux tribunes et à l’investigation. Pionnier en la matière, le géant Medium, réseau de partage éditorial largement plébiscité aux Etats-Unis, véhicule une profusion d’expertises via de longs éditoriaux ou des textes techniques.

D’autres journalistes proposent, dans un format plus structuré, les newsletters comme antidote à l’infobésité. Ces formats courts, éditorialisés, s’affirment cette année comme la tendance de pointe. Leur objectif ? Sélectionner l’actu selon une ligne éditoriale propre pour offrir une « vision » incarnée et subjective du monde qui nous entoure. On peut ainsi s’abonner à des newsletters « cousues-mains » de grands journalistes américains (Ann Friedman du LA Times http://tinyletter.com/annfriedman ou Jamelle Bouie de Slate http://tinyletter.com/jbouie) ou de stars engagées, dans le sillage de Lena Dunham (http://www.lennyletter.com).

Reste un créneau que les médias écrits et les marques commencent à découvrir : celui de la conversation via des applis. Le succès de Slack, Whatsapp, Facebook Messenger, QQ Mobile ou We Chat inspire. En parallèle de l’émergence de cet univers conversationnel (chat, messageries et push-to-talk), certains groupes de presse imaginent un nouveau type de journalisme qui engage, en live, des conversations entre experts et lecteurs. De grands médias, comme le Wall Street journal ou le Huffington Post s’y sont déjà essayés…. avant l’apparition récente de pure players. Début février, l’appli Quartz a ainsi vu le jour en proposant d’envoyer des informations tout au long de la journée sous forme de courts textes, GIF ou courtes vidéos. La grande nouveauté est d’apporter davantage d’interactivité, en proposant au lecteur d’engager un dialogue et de recevoir plus de précisions sur tel ou tel événement… une appli qui inspire les grands médias désireux de se rapprocher encore du lecteur.

A travers la diversité de ces exemples, on perçoit que nous sommes aujourd’hui à l’aube d’une nouvelle ère de l’information. Plutôt que de déplorer la digitalisation et l’utilisation massive des mobiles ou tablettes, il faut désormais y voir, pour le secteur des médias, une opportunité unique de se réinventer, de créer, d’innover et de proposer au lecteur une nouvelle forme d’accès à la connaissance, toujours plus personnalisée.

Trois conseils des Confettis pour ne pas sombrer dans l’infobésité:

– Constituez votre propre fil d’actu médiatique sur les sujets qui vous passionnent (www.feedly.com)

– Sélectionnez tous les blogs d’experts et d’analyses qui traitent de vos sujets de prédilection (www.medium.com)

– Pour désencombrer votre boîte mail, sélectionnez une newsletter qui, chaque jour, condense l’actualité (http://timetosignoff.fr, http://nextdraft.com ou http://theskimm.com)

Stratégies de communication politique: le débat Clinton Trump riche d’enseignements

C’est avec une grande attention que les Américains ont regardé le débat télévisé opposant Hillary Clinton et Donald Trump, les deux candidats en lice pour la Maison Blanche. A moins de deux mois de l’élection, on parle, dans New-York, d’un duel qui dictera, pour les prochaines années, le cours de l’histoire américaine,  mondiale peut-être. Les Américains ne sont pas les seuls à s’y intéresser de près : tous les étrangers vivant aux Etats-Unis se sentent concernés par une campagne qui s’interroge sur l’immigration et le mythe d’une Amérique – terre d’accueil.

Certes, on attendait des coups bas dans cette campagne, la plus éprouvante de toute l’histoire. Mais, au fond, personne ne savait vraiment quelle tournure prendrait cette discussion entre la première femme candidate à la présidence souvent taxée de technocrate et un magnat de l’immobilier très médiatique qui, de fait, n’a aucune expérience dans le domaine politique. Enfin, grande nouveauté en 2016, le débat était accessible en direct gratuitement dans le monde entier via les médias, les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête.

En professionnel de la communication et des médias, le candidat républicain, porté par des sondages de plus en plus favorables lors des dernières semaines, a fait monter la pression d’un cran à quelques heures du débat. Habilement, il a laissé se répandre la rumeur qu’il allait inviter au débat la maîtresse présumée de Bill Clinton, Gennifer Flowers, avant de se raviser un jour avant le duel. Une façon de déstabiliser la préparation de la candidate démocrate qui s’est consacrée à cette éventualité pendant plusieurs heures. Quelques minutes avant le débat, l’équipe Trump a lancé un filtre Snapchat “Donald J. Trump vs. Crooked Hillary” pour décrédibiliser la candidate tandis que l’équipe d’Hillary bombardait les réseaux sociaux de messages et vidéos anti-Trump.

Fact checks en temps réel 

Plus largement, à l’heure du live et du streaming, les médias sont confrontés à un défi de taille : il faut aujourd’hui pouvoir décrypter la campagne et les arguments des uns et des autres et ce en temps réel, à la seconde près. Le NY Times, comme d’autres, a ainsi crée une cellule de fact-checkers, chacun spécialiste d’un domaine, pour rétablir la vérité et vérifier les informations. En direct, les discours sont confrontés à des preuves tangibles sur cet espace dédié. Précisément, une grande partie de la soirée a été consacrée notamment au soutien de Trump à la guerre en Irak, un fait que le candidat nie en bloc.

Si, dans un premier temps, Trump a largement mené la danse en imposant ses thèmes de campagne (dont notamment celui des traités commerciaux), Clinton a repris le dessus progressivement, sortant doucement de sa position de bonne élève appliquée qui lui vaut bon nombre de critiques. Sur les réseaux sociaux, un débat parallèle avait lieu. L’équipe de campagne démocrate suivait le duel et publiait en temps réel des documents, vidéos, voire photos pour soutenir le discours d’Hillary. Ainsi, quand elle est revenue sur ses origines, une photo de son père est apparue sur Twitter en quelques secondes à peine.

Cette réactivité du staff de campagne soulignait néanmoins le manque de spontanéité de la candidate dont les réponses semblaient toutes avoir été rédigées et…. corrélées à des tweets qui semblaient programmés en amont. Autre nouveauté : Clinton a invité, en direct, les téléspectateurs à visiter son site dédié au fact-checking. Du côté de Clinton, la nouveauté consistait ainsi à créer un mouvement global sur les différentes plateformes (TV, web, réseaux sociaux) allant dans une même direction. Un débat riche en termes de stratégies de communication multicanal et qui pourrait bien inspirer la présidentielle en France. Le seul regret que l’on peut avoir : certains sujets ont été seulement survolés, d’autres complètement éludés, comme celui de l’immigration ou de la santé.

Pour terminer, voici quelques comptes Twitter à suivre pour voir de près la campagne présidentielle américaine :
Matt Viser ‪@mviser : journaliste informé du Boston Globe, il réagit souvent à chaud et détient souvent des scoops
Laurence Haim @lauhaim : LA journaliste française la plus renseignée sur la politique américaine. Elle alterne Tweets sérieux et notes d’humour (avec des photos récurrentes des chaussures de l’attachée de presse de Trump)
Marc Suster @msuster : VC américain passionné par la politique et friand de débat
Dan Diamond @ddiamond : journaliste politique à Politico qui fait une véritable veille sur les réseaux sociaux

RP: les sites & app indispensables, une petite sélection à destination des start-ups

Que vous soyez une start-up qui souhaite gérer ses propres relations presse en direct ou communicant en agence, Internet vous offre une large palette d’outils pour optimiser votre communication – et votre temps- à titre gratuit. Parmi les centaines de sites dédiés aux RP, voici une sélection des meilleurs outils trouvés sur la toile à destination des communicants.

· Construisez-vous un fil d’actu sur mesure: au-delà des Google Alerts, le fil d’actualité Feedly permet d’agréger les articles de votre secteur en temps réel. Rien de plus efficace pour effectuer une veille sur les tendances et angles adoptés par les médias sur vos sujets de prédilection.
· Illustrer vos communications sur les réseaux sociaux: avec un peu de pratique, le site Piktochart vous permet de construire de belles infographies ou posters. De leur côté, les sites Canva et Recite vous aident à construire des images pour mettre en valeur une citation ou un titre sur les réseaux sociaux.

· Affutez vos textes en anglais:  Hemingway App est LE correcteur en ligne le plus performant dans la langue de Shakespeare. Vous copiez-collez vos textes et l’appli signale les fautes d’orthographe, de grammaire mais également les termes confus, les phrases trop longues et les répétitions.

· Testez le titre de vos communiqués de presse (en anglais) Advanced Marketing Institute. En copiant un titre de CP sur le site, on vous en indique sa valeur marketing émotionnelle. Autrement dit, il vous donne en quelques secondes et gratuitement le pourcentage de chances que le lecteur lise le reste du texte.

· Organisez votre travail en vous focalisant sur une seule tâche: Self Control App est un petit logiciel gratuit qui bloque, pour une période définie par vos soins, l’accès à tous les sites qui pourraient altérer votre concentration. Ainsi, il écarte toute tentation d’aller consulter sa boîte email ou les réseaux sociaux.

· Simplifiez la relecture de communiqués en interne: Usez et abusez de Google Drive pour mettre en commun les documents de communication. Les communiqués de presse peuvent circuler jusqu’à 20 fois dans une même entreprise avant leur version définitive. La possibilité d’avoir un seul document qui enregistre les modifications de toutes les parties prenantes fait gagner un temps précieux… et permet de retracer facilement l’évolution du texte.

· Trouvez l’adresse email des journalistes facilement. Si vous ne disposez pas de base de donnée de journalistes à jour, vous pouvez (gratuitement!) obtenir l’adresse de votre destinataire. Grâce à SellHack, il suffit d’avoir son nom ainsi que le titre de sa publication : en moins d’une seconde, on vous donne son email pro.

· Accédez aux attentes des journalistes: aux Etats-Unis, plusieurs sites référencent quotidiennement les demandes d’interview des journalistes. Parmi les plus efficaces, HARO et Media Diplomat vous avertissent en temps réel et/ou plusieurs fois par jour des sujets en cours traités par les journalistes et les opportunités de prise de parole qui y sont associées. En France, on ne trouve hélas aucun équivalent gratuit.

· Evaluez et comparez votre impact sur le web: à partir d’un mot clé, le site Buzzsumo vous donne l’ensemble des articles parus sur un sujet donné et le nombre de partages sur chaque réseau social. Un outil précieux quand on souhaite comparer son écho médiatique avec celui de ses concurrents.

En espérant que cette petite sélection puisse adoucir et animer votre rentrée!