Etats-Unis : quand les VC réinventent leur communication

Nourris à l’innovation et à la créativité des jeunes pousses qu’ils soutiennent, les fonds de capital innovation américains multiplient les façons de communiquer et usent de canaux inédits pour toucher leur audience. Dans un milieu où la compétition est féroce et les acteurs de plus en plus nombreux et puissants – 12,1 milliards investis dans des start-ups au seul premier trimestre 2016-, les Venture Capitalists n’hésitent plus à se réinventer pour se faire connaître et, surtout, pour faire vivre leur écosystème.

Twitter, l’incontournable

Dans cette bataille, Twitter est, sans surprise, le réseau privilégié des Business Angels et des VC.
A l’image de Jason Calacanis (@jason) avec 266.000 abonnés et pionnier en la matière, ces influenceurs d’un nouveau genre ne se contentent pas de promouvoir leurs investissements : ils distillent des conseils et des encouragements à destination des jeunes entrepreneurs. Sur Twitter, les investisseurs dévoilent souvent les dernières avancées en matière de technologie et, par dessus tout, leurs applications pratiques, souvent plus parlantes. Plus que telle ou telle start-up, ils aiment à souligner l’émergence d’une tendance de fond en laquelle ils croient… et/ou dans laquelle ils souhaiteraient investir. La méthode consiste principalement à retweeter des vidéos ou des articles d’experts.
Parmi ces twittos influenceurs venus du monde du Capital Innovation, on remarque notamment le travail de Mark Andreessen (voir notre top ci-dessous), fondateur de Netscape devenu VC en Californie. Avec plus de vingt tweets par jour, il a inventé avec son fonds a16z le concept de tweetstorm dédié à son industrie. En une dizaine (parfois plus) de tweets bien calibrés, il développe un argumentaire sur une sujet pointu. De la mort du PC au Cycle de l’innovation, les sujets évoqués font réagir toute la communauté du Capital Innovation outre-Atlantique. On retrouve sur le site du fonds la compilation de tous ses messages.

Snapchat, Periscope et podcasts : les nouvelles tendances

D’autres VC vont beaucoup, beaucoup plus loin pour faire vivre l’écosystème de l’innovation. Lier le fond et la forme est le leitmotiv de Mark Suster, LE VC américain qui communique le plus. A côté d’un fil Twitter qui rassemble plus de 246.000 abonnés, ce quadra est devenu le pape de Snapchat. Dans un récent article, le sérial entrepreneur devenu investisseur chez Upfront Venture va même jusqu’à expliquer comment et pourquoi cette plateforme peut être utile dans le secteur du Capital Innovation. Ses deux arguments ? Il ne faut pas se plaindre de ne pas être entendu par la communauté des 20-30 ans quand on ne s’adresse pas directement à elle. Par ailleurs, si on s’intéresse à la tech et à ses consommateurs, il n’y a pas de meilleur réseau. Sur son compte Snapchat, Mark Suster s’amuse à lancer régulièrement des « Snapstorms », séries de petites vidéos dans lesquelles il creuse un sujet, comme dernièrement celui des applis mobiles, et qui sont accessible pendant un temps limité. Chaque vidéo est courte, simple et facilement assimilable par l’internaute. En parallèle, le réseau social Periscope tire lui aussi son épingle du jeu en diffusant en live les grandes conférences ou démos technologiques. Toutefois, les VC se contentent de l’utiliser comme un complément de Twitter uniquement.

Mais l’autre grande nouveauté dans la communication des VC aux Etats-Unis est l’utilisation grandissante des podcasts. En 2014, le journaliste radio Alex Blumberg a souhaité lancer son propre groupe de média dédié aux podcasts. De l’invention du concept à la levée de 6 millions de dollars, cet entrepreneur a tout enregistré : ses discussions avec son associé, ses pitch devant les fonds, les interrogations et les moments de doutes quand il se confie à sa femme… mais également les discussions des investisseurs entre eux. De tous ces éléments, il a tiré une série sous forme de podcasts sous le nom de Start-upLe programme, qui en est aujourd’hui à sa troisième saison, est un carton d’audience, une référence dans le monde du Capital Innovation… et a inspiré un grand nombre de VC.  C’est ainsi que le fonds a16z, par exemple, a fondé sa propre série sous format audio (voir ici) pour aborder les dernières tendances de la tech, discuter du métier d’investisseur et évoquer les conseils utiles aux entrepreneurs. Le programme de podcast The Twenty Minute VC donne aussi la parole au monde du Capital Innovation sous forme d’interviews en évoquant leurs critères, leurs carrières et leurs problématiques financières.

Du fond, rien que du fond

Comme dans toutes les industries, il y a les faiseurs, les hâbleurs et ceux qui travaillent vraiment sur le fond. Une stratégie de communication ne va pas sans une étude approfondie des sujets. A ce titre, le géant Medium, réseau de partage éditorial, est largement plébiscité par les VC outre-Atlantique. Ces derniers y abordent en profondeur leur expertise via de longs éditoriaux ou textes techniques. Souvent de façon thématique, ils aiment y dévoiler leur savoir, quitte à tweeter un lien vers leur article. D’autres poursuivent l’écriture de leur blog, comme un véritable travail d’investigation qui dure souvent depuis des années. Voici quelques exemples intéressants : Mark Suster (toujours lui !), Tom Tunguz du fonds  Redpoint, Fred Wilson, légende vivante pour les start-uppeurs américains ou encore Andrew Chen.

Revenir à l’essentiel, c’est aussi ce que tentent de faire les fonds autour de dîners thématiques afin d’échanger IRL leur savoir avec une audience sélectionnée. A New-York, on ne compte plus le nombre d’événements de ce type qui réunissent investisseurs, start-uppeurs, journalistes et chercheurs. Un VC me confiait dernièrement : « nous ne voulons pas attendre que les médias s’emparent d’un sujet pour promouvoir nos expertises. Organiser un dîner ne coûte pas cher, c’est enrichissant pour tous les participants et cela fait découvrir une technologie ou une tendance de pointe à un public varié et hétérogène. Ce genre d’événement nous permet d’agir de façon proactive et de guider la curiosité du public ».

Finalement, c’est peut-être là que se cache le secret d’une communication réussie pour un VC : que ce soit par des moyens traditionnels, les réseaux sociaux ou des rencontres, il s’agit prendre le lead sur les sujets d’actualité et les imposer sur la place publique.

Qui est mieux placé qu’un fonds de capital innovation pour savoir ce qui est disruptif, connaître les tendances de demain et les nouvelles technologies ? Faire de son métier, de son savoir et de son positionnement naturel une force dans sa communication est certainement la clé.
Pour terminer, je remercie @Paul Strachman, investisseur chez ISAI (@ISAI_fr) qui connaît le milieu des VC américains comme sa poche et a su me guider dans cette recherche des nouvelles tendances !

Publié par

Anna Casal

I am an accomplished public relations professional with a strong background in finance, start-ups, law and crisis communications. I also spent over four years as a financial journalist in Paris. I believe I have a sound knowledge of French PR and its media market. I recently moved to the fascinating city of New-York. As I have a deep passion for news and communications, I started to write articles and op-eds focused on the new PR trends and innovations in the USA. On a free-lance basis, I am also helping start-ups to innovate in their communication approach both in France and in the USA. I received a Bachelor’s Degree in Philosophy from Nanterre University (Paris X) and an MBA from ESSEC, #3 European Business School according to the Financial Times 2014 ranking.

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